«Mes deux pays»
Suisse - Bosnie, ou le match qui raconte la famille Omeragic

Jeudi, Suisse et Bosnie s'affrontent au Mondial 2026. Une rencontre à la saveur toute particulière pour la famille Omeragic, incontournable du football genevois. Pour Blick, Nihad et Edin se racontent.
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Nihad Omeragic, le papa, et sa famille vont vivre un match particulier à l'occasion de Suisse - Bosnie.
Photo: DR
Thomas Freiburghaus
Thomas FreiburghausJournaliste

Dans la famille Omeragic, je demande les frères jumeaux Nihad, «Ni» et Nedzaz, «Ne». Deux jumeaux débarqués en Suisse de Bosnie pendant la guerre, en décembre 1993. Deux frères liés, entre autres, par un amour inconditionnel pour le ballon rond, qui les amènera à devenir des figures incontournables du football genevois.

Dans la famille Omeragic, je demande les cousins Edin et Becir. Deux cousins, fils des jumeaux présentés ci-dessus, qui sont devenus ce que leurs pères n'ont pu devenir: joueurs de football professionnel. Le premier nommé est le gardien titulaire de Neuchâtel Xamax. Le deuxième est défenseur au FC Bâle et sept fois international suisse.

Dans la famille Omeragic, je pourrais encore demander Nedim et Alen, qui ont fait leurs classes chez les jeunes du Servette FC. Ou la petite dernière, Mellina, qui se développe au sein du Servette Chênois et qui vient de fêter sa première sélection avec les M19 de la Bosnie (nous y reviendrons).

Vous l’aurez compris, la famille Omeragic, c’est une famille de footeux. Pour Blick et avant un Suisse - Bosnie bien particulier pour eux, Nihad et Edin parlent football, famille, double nationalité et bien plus encore.

À 14 ans avec les adultes

«Quand c’est pour du foot, je suis toujours disponible! Tu me réveilles à 3h du matin, je viens», lance Nihad, dans un café du centre-ville de Genève. L’homme de 52 ans continue d'ailleurs de fouler les pelouses genevoises avec les vétérans du FC Rapid Jonction Bosna, club communautaire bosnien duquel il est aussi le coach de la première équipe.

Mais pour Nihad et son frère jumeau Nedzad (malheureusement décédé en 2024), le foot, c’était d’abord au pays, à Derventa, ville du nord de la Bosnie, pas loin de la frontière croate. «On était surclassés dès le plus jeune âge. À 14 ans, on jouait déjà avec les adultes. Juste avant la guerre, on a signé un contrat pro, mais c’est tombé à l’eau», raconte Nihad, avec un brin de nostalgie dans le regard.

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Son enfance au pays, avant la guerre, il s'en rappelle avec le sourire: «C’était magnifique. Je ne pensais jamais qu’il allait arriver une chose pareille, qu’on allait devoir partir.» Car en avril 1992, le guerre de Bosnie éclate. La famille Omeragic doit tout quitter, sa maison, ses amis, «le terrain de foot juste à côté». S’ensuit «un voyage difficile, douloureux», qui prendra fin en décembre 1993, avec une arrivée à Genève. Pendant le périple, 18 mois passés en tant que prisonnier de guerre. «Ça revient souvent dans mes pensées, encore aujourd’hui», souffle Nihad, pudique, les yeux embués.

L'école du football

Arrivés en Suisse à même pas 20 ans en tant que réfugiés de guerre, les frères jumeaux ne parlent pas la langue et ne connaissent personne. «Ni» et «Ne» se tournent alors vers ce qu’ils aiment le plus et ce qu’ils connaissent le mieux. «Notre intégration est beaucoup passée par le football, c’est ce qu’on savait faire», avance Nihad.

Ce savoir-faire leur apprend la langue, leur fait rencontrer du monde, leur trouve même un travail. «Le football nous a ouvert la porte de tout!» Une intégration accélérée pour les jumeaux, malgré la guerre qui trotte dans la tête. Celle-ci aura peut-être empêché les deux frères de faire carrière chez les professionnels. Mais leur destin les aura amené à marquer les pelouses du canton de Genève.

Une affaire de famille

Aujourd’hui, si les pères n’ont jamais été professionnels, deux de leurs fils ont épousé cette trajectoire: Becir et Edin, donc. Pour autant, jamais les papas n'ont mis la pression à leurs rejetons. «On ne peut pas comparer. Eux ont vécu la guerre, n’ont pas pu jouer pendant plus d’un an», recontextualise le deuxième nommé, aujourd’hui portier de Xamax en Challenge League. «Nos parents n’ont jamais dit qu’ils voulaient qu’on finisse pro. Le plus important, c’était qu’on soit heureux, en bonne santé.»

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Formé au Servette FC...
Photo: freshfocus

Le parcours s’est fait, presque naturellement, tant la passion des papas a déteint sur les fils. Les cousins adorent le foot, peut-être autant que leurs pères, et ont grandi un ballon dans les pieds. «On était tout le temps autour du stade. On attendait que ça, de jouer à côté du terrain, aux entraînements, aux matches», se remémore Edin.

Une passion débordante, qui ne s’arrête pas aux deux enfants passés professionnels. Comme écrit en introduction, tous ou presque sont passés par le foot, «sauf la première», s'amuse Nihad. La dernière, elle, vient d’être convoquée avec les M19 de la Bosnie. «On ne l’oblige pas à jouer. On a même voulu qu’elle arrête, mais c’était impossible tellement elle est attirée par ça», s’amuse le papa. Le frère, Edin, lui, a profité de ses vacances pour aller la soutenir. «Voir sa sœur jouer pour l’équipe nationale, c’est magnifique», sourit-il.

Edin et sa petite sœur Mellina, qui défend les couleurs de la sélection bosnienne M19.

Le foot, une histoire de famille chez les Omeragic, qui ne connaît presque que le haut niveau. «Je ne sais pas si c’est dans les gènes. Mais c’est l’amour du foot. On le parle, on le vit», résume «Ni».

Les vacances d'été en Bosnie

Becir et Edin, eux aussi, ont connu les équipes nationales juniors. Mais ils ont fait le choix de la Suisse, contrairement à Mellina, la petite dernière. «Si j’avais choisi pour eux, je les aurais envoyés en Bosnie, se marre Nihad. Mais ce sont leurs objectifs, leur approche. Ils ont senti où ils étaient le mieux.»

Edin a représenté la Suisse en M15, en M20 et en M21. «Je suis ultra reconnaissant envers la Suisse, ils m'ont donné ma chance. Pour le futur, il pourrait s’imaginer représenter la Bosnie, lui parle «d’un amour indescriptible pour mon pays d’origine». À force d’y aller «chaque été pendant un mois», l’amour s’est développé. «Ce sont des souvenirs incroyables. Retrouver toute la famille, éparpillée dans le monde, dans la même rue, en Bosnie», se souvient-il.

Suisse - Bosnie au Mondial 2026

Une double identité mise sur le devant de la scène en juin. Pour le Mondial 2026, le hasard du tirage au sort a fait tomber Suisse et Bosnie dans le même groupe. Un match forcément particulier pour les Omeragic, famille Suisso-bosnienne férue de football. «Ce sont mes deux pays, c’est des émotions. Mais mon cœur balance plus pour la Bosnie. Je reste très attaché à ce pays, même si ça fait 33 ans que je suis en Suisee», se mouille Nihad, qui lâche à demi-mot qu’il soutiendra la Bosnie, avant de pronostiquer un match nul. «La Bosnie a bien progressé sur sa dernière année. Et la Suisse un peu régressé», analyse-t-il.

Son fils, Edin, pencherait aussi pour son pays d’origine, même s’il admet ressentir «un sentiment particulier» au moment de voir s’affronter «[ses] deux pays en Coupe du monde». Pour lui, la Suisse s’imposera, afin de rebondir après la prestation du Qatar. «Mais j’espère que la Bosnie va montrer un très beau visage», tempère le gardien de but.

Tous deux espèrent surtout que leurs deux équipes franchiront la phase de groupe. Ce afin de revivre des émotions semblables à celle du barrage contre l’Italie. «Il y avait tous les enfants à la maison. C’était minuit, ils sont sortis sur le balcon et ont réveillé les voisins», rigole Nihad. Jeudi, pour Suisse-Bosnie, les Omeragic ont à nouveau prévu de visionner le match en famille. Avec une pensée inévitable pour Nedzad: «J’aurais aimé vivre ce match avec mon frère jumeau», conclut «Ni».

Coupe du monde 2026 – Groupe A
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Mexique
Mexique
1
2
3
2
République de Corée
République de Corée
1
1
3
3
République Tchèque
République Tchèque
2
-1
1
4
Afrique du Sud
Afrique du Sud
2
-2
1
Playoffs
Groupe B
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Suisse
Suisse
2
3
4
2
Canada
Canada
1
0
1
3
Bosnie-Herzégovine
Bosnie-Herzégovine
2
-3
1
4
Qatar
Qatar
1
0
1
Playoffs
Groupe C
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Écosse
Écosse
1
1
3
2
Maroc
Maroc
1
0
1
3
Brésil
Brésil
1
0
1
4
Haïti
Haïti
1
-1
0
Playoffs
Groupe D
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Etats-Unis
Etats-Unis
1
3
3
2
Australie
Australie
1
2
3
3
Turquie
Turquie
1
-2
0
4
Paraguay
Paraguay
1
-3
0
Playoffs
Groupe E
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Allemagne
Allemagne
1
6
3
2
Côte d´Ivoire
Côte d´Ivoire
1
1
3
3
Equateur
Equateur
1
-1
0
4
Curaçao
Curaçao
1
-6
0
Playoffs
Groupe F
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Suède
Suède
1
4
3
2
Japon
Japon
1
0
1
3
Pays-Bas
Pays-Bas
1
0
1
4
Tunisie
Tunisie
1
-4
0
Playoffs
Groupe G
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Nouvelle-Zélande
Nouvelle-Zélande
1
0
1
2
Iran
Iran
1
0
1
3
Belgique
Belgique
1
0
1
4
Egypte
Egypte
1
0
1
Playoffs
Groupe H
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Uruguay
Uruguay
1
0
1
2
Arabie Saoudite
Arabie Saoudite
1
0
1
3
Espagne
Espagne
1
0
1
4
Cap Vert
Cap Vert
1
0
1
Playoffs
Groupe I
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Norvège
Norvège
1
3
3
2
France
France
1
2
3
3
Sénégal
Sénégal
1
-2
0
4
Irak
Irak
1
-3
0
Playoffs
Groupe J
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Argentine
Argentine
1
3
3
2
Autriche
Autriche
1
2
3
3
Jordanie
Jordanie
1
-2
0
4
Algérie
Algérie
1
-3
0
Playoffs
Groupe K
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Colombie
Colombie
1
2
3
2
République Démocratique du Congo
République Démocratique du Congo
1
0
1
3
Portugal
Portugal
1
0
1
4
Ouzbékistan
Ouzbékistan
1
-2
0
Playoffs
Groupe L
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Angleterre
Angleterre
1
2
3
2
Ghana
Ghana
1
1
3
3
Panama
Panama
1
-1
0
4
Croatie
Croatie
1
-2
0
Playoffs
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