Une diaspora en colère
«Les mollahs ont détruit mon magnifique pays, mais nous reviendrons»

L'Iran a affronté la Nouvelle-Zélande lundi à Los Angeles et ce match avait forcément une grande portée politique et sociale. Blick était sur place pour recueillir les sentiments de la diaspora iranienne, très critique contre le régime des mollahs.
Le drapeau datant d'avant la révolution de 1979 était officiellement banni du stade de Los Angeles lundi. Mais ils sont des centaines à en avoir fait entrer un.
Photo: ISI Photos via Getty Images
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Tim GuilleminResponsable du pôle Sport

Ebrahim voit bien qu'on a un doute. «Vous ne me croyez pas, c'est ça! Regardez ma carte. Prenez-la dans vos mains. Touchez-là. Lisez ce qui est écrit dessus.» L'Iranien de 51 ans ouvre son porte-monnaie et sort ce rectangle de quelques centimètres, du format d'un permis de conduire. «US Army Veteran», est-il écrit en haut du document, juste sur la photo et le nom d'Ebrahim. «C'est moi. Je suis né en Iran, je suis parti en 1991. J'ai vécu à Amsterdam et en Autriche», enchaîne-t-il, prouvant ses dires de quelques phrases en allemand.

Ce lundi, juste devant le stade de Los Angeles, Ebrahim est très excité et a envie de parler à qui veut l'entendre. «Quand il y a eu le tirage au sort et que j'ai vu que l'Iran allait jouer deux matches ici, je l'ai pris comme un signe du destin. Nous sommes des centaines de milliers d'Iraniens en exil ici, presqu'un million», indique-t-il, en faisant référence à l'un des surnoms de la ville californienne: Teherangeles. Mais si Ebrahim est venu au stade ce lundi, très en avance, ce n'est pas parce qu'il est un fanatique de football. Mais parce qu'il veut protester contre le gouvernement de son pays.

«L'islam radical est un cancer qui a détruit mon pays»

«L'Iran est un pays magnifique. Mon pays. Les mollahs l'ont détruit. Après le 11 septembre 2001, j'ai décidé de m'impliquer concrètement contre l'islam radical. Je suis allé combattre en Afghanistan, en Irak. Ce que font les mollahs est une honte. L'islam radical est un cancer qui a détruit mon pays et qui est en train de s'attaquer à l'Europe», s'enflamme-t-il, en montrant fièrement son t-shirt aux couleurs iraniennes, avec un drapeau sensiblement différent de l'officiel.

«Regardez ce que je porte, c'est le vrai drapeau de l'Iran, celui d'avant la révolution. Prenez-le en photo, diffusez-le», exhorte-t-il Blick. Le lion et le soleil représentés sur ce drapeau sont bannis par le régime des mollahs, qui ne veut voir aucun autre emblème que l'officiel, celui comportant l'inscription «Allah Akbar» en écriture koufique. «Je sais que je ne pourrai pas entrer ainsi dans le stade, mais je m'en fous. Qu'ils m'en empêchent», gronde Ebrahim, avant d'aller rejoindre des milliers de ses compatriotes en exil pour aller protester contre le régime avant le match, autour du stade.

Plusieurs centaines de drapeaux bannis

La diaspora iranienne s'est en effet donnée rendez-vous ce lundi et ils sont des milliers, voire des dizaines de milliers, à brandir le drapeau orné du lion et du soleil, même si, officiellement, ils n'ont pas le droit de le faire entrer dans le stade. La sécurité a été très conciliante et plusieurs centaines de ces drapeaux ont été aperçus, au grand dam des représentants du régime iranien. La diaspora n'a plus peur du régime, qui ne peut rien face à elle sur le territoire américain.

Le drapeau «banni».
Photo: ISI Photos via Getty Images

Quelques minutes plus tard, toujours bien avant le match, Blick rencontre une famille iranienne. Le papa, la maman et les deux enfants, toutes et tous sont venus de New York spécialement pour cette rencontre et reviendront dans quatre jours pour celle face à la Belgique. «Nous sommes contre le régime, mais aujourd'hui, nous ne sommes pas là pour ça. Nous n'allons pas participer aux manifestations, mais nous allons soutenir l'équipe», glisse le père de famille. A-t-il un drapeau avec lui? «Non. Nous ne voulons pas porter l'actuel. Mais ça ne va pas plus loin.» Alors qu'Ebrahim a annoncé que lors de l'hymne, il se mettrait à siffler et à tourner le dos au terrain, le New-Yorkais ne va pas aussi loin. «Nous allons applaudir les joueurs et espérer que l'Iran gagne. Nous sommes là pour le football.»

Le drapeau de l'Empire achéménide également brandi

Le match va débuter dans deux heures et voilà qu'un homme d'une vingtaine d'années, très costaud, se fait prendre en photo dans les tribunes avec un drapeau rouge et jaune orné d'un oiseau de proie ressemblant à un aigle. On s'approche. S'agit-il d'un autre drapeau révolutionnaire? «Non, brate (ndlr mon pote). Ceci est le drapeau de l'Empire achéménide, le premier empire perse», nous glisse Aleksandar, venu de Serbie. Que fait donc un costaud venu de Belgrade avec un drapeau impérial perse? «Je soutiens l'identité profonde de la Perse, loin des symboles religieux», tente-t-il de nous expliquer, avant de retourner à ses photos.

Le drapeau officiel de la République islamique d'iran était officiellement le seul autorisé dans le stade.
Photo: imago/ZUMA Press

Au loin, des cris se font entendre. Ebrahim et ses milliers de compatriotes chantent à la gloire de l'Iran d'avant la révolution islamique et profitent de ce match pour faire entendre leur voix. Arash, un quadragénaire établi au Texas, s'approche de nous et entame la conversation, voyant notre intérêt pour cette histoire complexe et difficile à appréhender pour qui ne connaît pas la situation dans le détail. «Vous, les Européens, vous faites toujours la même erreur. Vous pensez que les blocs sont uniformes. Les Iraniens sont comme ça. Les Turcs sont comme ça. Les Arabes sont comme ça. La réalité, ce que vous devez arriver à comprendre, c'est que le peuple iranien n'est pas un bloc qui pense la même chose. Ce qui est vrai pour sa diaspora aussi.»

«La réalité est toujours plus complexe»

On lui parle d'Ebrahim et de son rejet de l'islam radical. «Je ne veux pas le juger, je ne le connais pas. Sans doute sa famille a-t-elle vécu des atrocités, je n'en sais rien. Moi aussi, j'ai fui l'Iran. Je pense aussi que l'Iran était un meilleur endroit avant 1979. Mais ne croyez pas que tout le monde pense la même chose que moi, ou au même degré. La réalité est toujours plus complexe. Si le régime des mollahs n'est pas tombé depuis presque cinquante ans, c'est parce que des gens y trouvent leur compte», prévient-il.

On repense à ces paroles alors que l'hymne de la République Islamique d'Iran est joué. Une grande partie des dizaines de milliers d'Iraniens présents (ils forment plus de la moitié du stade, qui comporte 70'000 spectateurs) siffle et hue. Ebrahim et ses amis se sont tournés. Les drapeaux au lion et au soleil sont agités, mais plusieurs personnes chantent l'hymne autour de nous, sans retenue. Lors de la présentation des joueurs sur l'écran géantissime du stade, aucun d'eux n'est sifflé, bien au contraire. Autour de nous, plusieurs personnes regrettent l'absence de la superstar Sardar Azmoun, le meilleur joueur de l'équipe, écarté pour raisons politiques. Mais le consensus est au soutien de l'équipe alignée sur le terrain, une fois l'hymne passé.

Le drapeau officiel, mais «légèrement retouché».
Photo: keystone-sda.ch

L'Iran domine le début de match et l'ambiance devient électrique en tribunes. Les «Iran, Iran» chantés avec ferveur résonnent sous le toit de l'exceptionnel SoFi Stadium, mais voilà que la Nouvelle-Zélande ouvre la marque. Et là, surprise, des supporters iraniens crient leur joie. Mais lorsque l'Iran égalise quelques minutes plus tard, ils célèbrent de la même manière. À la pause, on se lève et on les aborde. Pourquoi cette attitude ambivalente? «Mais mon ami, parce que nous-mêmes, on ne sait pas ce qu'on veut. D'un côté, on veut que cette équipe perde, parce que c'est l'équipe du régime des mollahs. Mais de l'autre, on veut que l'Iran gagne, parce qu'on adore notre pays et qu'on est fous de football.»

«Gardez les mollahs à Genève»

Notre interlocuteur demande d'où l'on vient. La réponse lui donne l'occasion d'un trait d'esprit. «Votre pays est petit, mais il sait compter sur la scène internationale. C'est là que le traité de paix va être signé, non? Gardez les mollahs chez vous, merci», grince notre interlocuteur, qui possède lui aussi le passeport américain et n'a pas peur de parler.

De très nombreuses femmes étaient présentes au stade ce lundi.
Photo: keystone-sda.ch

«Regardez autour de vous: il y a beaucoup de femmes iraniennes, non? Elles sont voilées? Non. Elles pourraient l'être si elles le voulaient, mais c'est une manière de montrer qu'elles sont libres et que l'Iran est un pays qui pourrait être une puissance formidable et une terre d'accueil, comme elle l'était avant 1979, lorsque nous sommes partis», enchaîne-t-il. Le fait est que de nombreuses femmes sont présentes dans le stade, elles dont la présence est plus que réduite lors des manifestations publiques en Iran, malgré les efforts du président de la FIFA Gianni Infantino sur ce sujet spécifique.

L'intervention américaine? Un non-sujet

Le match se poursuit dans une magnifique ambiance, mise en énorme partie par les supporters iraniens en exil, et se termine sur le score de 2-2. La célébration du buteur Mohammad Mohebi sur la deuxième égalisation iranienne n'a pas été bien vue des tribunes, mais a suscité de vives polémiques après le match. À qui était destiné son coup de pistolet fictif? À l'Amérique? Aux opposants au régime? Lui seul à la réponse.

Ce match nul représente une déception pour l'Iran sur le plan sportif. Mais la journée a été très riche en enseignements en tribunes, et il a également été intéressant de constater à quel point la question de l'intervention militaire américaine en Iran est un non-sujet pour les représentants de la diaspora. Blick a abordé ce sujet avec chaque interlocuteur, du plus virulent comme Ebrahim aux plus modérés comme cette famille new-yorkaise, et la réponse a à chaque fois été la même, à quelques variations près: «Cela ne changera rien. Que Trump bombarde ou non, la seule question qui compte, c'est celle de savoir si les mollahs vont partir. Et là, il n'y peut rien.» La révolte, si elle vient un jour, doit venir de l'intérieur. «J'y crois. Faites passer le message. Nous reviendrons», clame Ebrahim, cœur de lion.

Coupe du monde 2026 – Groupe A
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Mexique
Mexique
1
2
3
2
République de Corée
République de Corée
1
1
3
3
République Tchèque
République Tchèque
1
-1
0
4
Afrique du Sud
Afrique du Sud
1
-2
0
Playoffs
Groupe B
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Suisse
Suisse
1
0
1
2
Canada
Canada
1
0
1
3
Qatar
Qatar
1
0
1
4
Bosnie-Herzégovine
Bosnie-Herzégovine
1
0
1
Playoffs
Groupe C
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Écosse
Écosse
1
1
3
2
Maroc
Maroc
1
0
1
3
Brésil
Brésil
1
0
1
4
Haïti
Haïti
1
-1
0
Playoffs
Groupe D
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Etats-Unis
Etats-Unis
1
3
3
2
Australie
Australie
1
2
3
3
Turquie
Turquie
1
-2
0
4
Paraguay
Paraguay
1
-3
0
Playoffs
Groupe E
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Allemagne
Allemagne
1
6
3
2
Côte d´Ivoire
Côte d´Ivoire
1
1
3
3
Equateur
Equateur
1
-1
0
4
Curaçao
Curaçao
1
-6
0
Playoffs
Groupe F
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Suède
Suède
1
4
3
2
Japon
Japon
1
0
1
3
Pays-Bas
Pays-Bas
1
0
1
4
Tunisie
Tunisie
1
-4
0
Playoffs
Groupe G
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Nouvelle-Zélande
Nouvelle-Zélande
1
0
1
2
Iran
Iran
1
0
1
3
Belgique
Belgique
1
0
1
4
Egypte
Egypte
1
0
1
Playoffs
Groupe H
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Uruguay
Uruguay
1
0
1
2
Arabie Saoudite
Arabie Saoudite
1
0
1
3
Espagne
Espagne
1
0
1
4
Cap Vert
Cap Vert
1
0
1
Playoffs
Groupe I
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Norvège
Norvège
1
3
3
2
France
France
1
2
3
3
Sénégal
Sénégal
1
-2
0
4
Irak
Irak
1
-3
0
Playoffs
Groupe J
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Argentine
Argentine
1
3
3
2
Autriche
Autriche
1
2
3
3
Jordanie
Jordanie
1
-2
0
4
Algérie
Algérie
1
-3
0
Playoffs
Groupe K
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Portugal
Portugal
0
0
0
2
République Démocratique du Congo
République Démocratique du Congo
0
0
0
3
Ouzbékistan
Ouzbékistan
0
0
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4
Colombie
Colombie
0
0
0
Playoffs
Groupe L
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Angleterre
Angleterre
0
0
0
2
Croatie
Croatie
0
0
0
3
Ghana
Ghana
0
0
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4
Panama
Panama
0
0
0
Playoffs
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