«L'objectif d'une vie»
Sandro Schärer, premier arbitre suisse au Mondial depuis 2010

Sandro Schärer est le meilleur arbitre suisse et le premier à avoir l'honneur d'arbitrer une Coupe du monde depuis Massimo Busacca. Un rêve de toute une vie qui se réalise pour lui. Interview.
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Sandro Schärer va vivre son rêve au Mondial 2026.
Photo: TOTO MARTI
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Christian Finkbeiner

Sandro Schärer est le premier arbitre suisse à participer à une Coupe du monde depuis 2010. Après avoir officié comme quatrième arbitre lors des rencontres entre le Brésil et l’Écosse, puis entre Haïti et le Brésil, il attend désormais son premier match en tant qu’arbitre principal.

Dans un entretien accordé à Blick avant son départ pour les États-Unis, le Schwytzois évoque l’aboutissement de ce rêve de toute une vie, le match le plus difficile de sa carrière et les cauchemars qui hantent les arbitres.

Sandro Schärer, vous êtes sur le point de faire vos débuts en Coupe du monde. Que ressentez-vous?
Le moment où j’ai appris ma sélection a été très émouvant. C’est l’aboutissement d’un objectif de vie, avec tout ce que le parcours d’un arbitre comporte comme obstacles. J’ai aussi ressenti un certain soulagement, car cela fait des années que nous travaillons en vue de cet objectif. Et il était temps qu’un Suisse retrouve la scène mondiale.

Vous êtes le premier arbitre suisse depuis Massimo Busacca en 2010. Pourquoi une si longue attente?
Nous avons une grande tradition dans l’arbitrage. Pendant longtemps, la Suisse était représentée à presque chaque grand tournoi, et plusieurs finales ont même été dirigées par des arbitres suisses. Mais nous sommes restés trop longtemps sur nos acquis et avons manqué le moment opportun pour investir davantage dans la professionnalisation. Celle-ci n’a réellement commencé qu’il y a environ huit ans. Nous en avons payé le prix.

Quel est votre objectif dans ce tournoi?
Dire que l’on vise la finale de la Coupe du monde serait perdre le sens de la réalité. Trop de facteurs entrent en ligne de compte, notamment les matches qui nous sont attribués. Je connais ma place au sein du groupe des arbitres et je sais qu’elle n’est pas tout en haut de la hiérarchie.

Comment les arbitres se préparent-ils à une telle compétition?
Comme les joueurs, nous sommes entourés d’une équipe chargée de nous permettre d’être dans les meilleures conditions le jour J. Les vols et les hôtels sont organisés, les repas et les soins également, et nous recevons une multitude d’informations sur les équipes.

Quels sont les principaux défis au Mondial 2026?
Il ne faut pas sous-estimer les conditions climatiques ni le décalage horaire, notamment en ce qui concerne l’équilibre électrolytique. Et nous ne savons souvent qu’au dernier moment quand nous allons officier. Nous sommes comme des chevaux dans un box, prêts à partir, mais parfois contraints d’attendre plusieurs jours. Il faut apprendre à gérer cette situation.

Vous pourriez arbitrer des équipes issues de différentes confédérations. Adaptez-vous votre approche?
Oui, nous réfléchissons à l’avance à ce qui nous attend. Cela implique aussi de prendre en compte différents styles de jeu, cultures et comportements. Certaines attitudes qui fonctionnent chez nous peuvent produire l’effet inverse ailleurs. Pointer quelqu’un du doigt est mal perçu dans certaines cultures, tout comme le fait de hausser la voix. Heureusement, nous connaissons déjà beaucoup de joueurs puisqu’ils évoluent en Europe.

Une Coupe du monde est-elle plus compliquée à arbitrer, puisqu’on ne dirige pas toujours des équipes que l’on connaît?
Non, car sur le terrain, nous utilisons de toute façon des mots-clés. Je veux entendre «jaune», «rouge», «faute», «avantage», pas des phrases longues. Dans un stade plein, on entend déjà très peu de choses.

Cela ressemble presque à une tour de contrôle.
Nous avons déjà accueilli des pilotes lors de séminaires. Eux non plus n’ont pas le temps de formuler de longues explications.

Comment gérez-vous les grandes stars ?
Ma philosophie est simple: il n’y a pas de traitement de faveur. Que j’aie en face de moi un vétéran du FC Trübbach ou une star mondiale, cela ne change rien. J’essaie de traiter chacun avec le même respect. L’essentiel est de prendre une décision en une seconde, de fixer clairement les limites et de ne pas se laisser influencer. Ni les joueurs ni les entraîneurs ne souhaitent un arbitre qui hésite. Le problème commence lorsqu’on se demande qui l’on a en face de soi. D’ailleurs, dans l’intensité du match, je ne m’en rends souvent même pas compte.

Vous préparez vos matches de manière très approfondie. Pourquoi?
Le pire, c’est d’être pris au dépourvu et de réagir sous le coup de l’émotion. Si je connais les joueurs et leur situation, cela m’aide à anticiper et à prendre les bonnes décisions. Il ne s’agit pas de coller des étiquettes aux gens, mais lorsqu’on sait qu’un joueur joue pour obtenir un nouveau contrat ou qu’il traverse une période difficile, on comprend mieux certaines réactions et on gère plus efficacement les situations délicates.

De plus en plus d’anciens arbitres deviennent consultants ou experts. Cela vous dérange-t-il?
Non. Le football est un spectacle. Chacun y a son rôle, et les experts font partie du paysage. Chacun est libre de s’exprimer. Après, chacun doit aussi assumer la manière dont ses propos sont perçus. Le public comprend généralement assez vite les intentions qui se cachent derrière certaines déclarations et juge lui-même leur crédibilité.

De qui acceptez-vous les critiques?
De personnes compétentes, neutres et indépendantes, capables de me dire les choses franchement. Elles sont peu nombreuses. Fedi San en fait partie, tout comme mon ancien assistant et actuel supérieur Bekim Zogaj. Ils ne me ménagent pas. J’ai même déjà demandé son avis à ma compagne, qui ne connaît pourtant pas grand-chose au football. Elle m’a demandé pourquoi j’avais toujours l’air si sévère. Mais c’est simplement mon expression naturelle quand j’arbitre (rires).

Certains vous trouvent arrogant.
Je ne me considère pas du tout comme arrogant. Au contraire, je pense être quelqu’un de chaleureux, ouvert et empathique. Mais chacun joue un rôle. Celui d’arbitre est distinct de la personne que je suis dans la vie privée. Et même dans ce rôle, je ne pense pas être arrogant. On peut me parler, et je suis capable de reconnaître que je n’ai pas vu quelque chose. En revanche, un arbitre ne peut pas chercher à plaire à tout le monde. À partir du moment où l’on essaie constamment de s’adapter ou de se cacher, on perd son identité.

Pourquoi êtes-vous devenu arbitre?
Comme joueur, j’avais un caractère difficile. Je supportais mal la défaite et j’avais souvent l’impression que certaines décisions devaient être corrigées. Cela provoquait forcément des tensions. C’est aussi pour cela que je comprends encore très bien aujourd’hui les joueurs passionnés.

Quand avez-vous compris que vous aviez du potentiel ?
Dès mon premier match, à Oberrieden. J’étais observé et, même si je ne pouvais pas encore vraiment juger ma prestation, j’ai senti que les réactions des joueurs étaient positives. Physiquement, je suivais sans problème et j’ai rapidement eu le sentiment d’avoir trouvé quelque chose qui me correspondait vraiment.

Avez-vous dû faire beaucoup de sacrifices?
Je sortais quand même avec mes amis, mais sans doute seulement deux fois par mois, le jeudi. Les anniversaires, mariages ou vacances auxquels j’ai renoncé me manquent parfois aujourd’hui. Mais lorsqu’on poursuit un objectif professionnel de ce niveau, il faut accepter cette disponibilité permanente.

Quel a été le moment le plus difficile de votre carrière?
Ma blessure avant l’Euro 2024 est arrivée au pire moment. Je me suis posé beaucoup de questions: Allais-je être prêt? Aurais-je suffisamment de temps? Retrouverais-je mon niveau? J’y suis finalement parvenu, mais je me suis imposé une pression excessive. Avec le recul, j’aurais dû couper complètement pendant deux semaines et partir aux Maldives. Au lieu de cela, je suis resté plongé dans le football, et c’était une erreur.

Quel a été le match le plus difficile de votre carrière?
Une rencontre des moins de 19 ans, lors de laquelle j’arbitrais pour la première fois une équipe sud-américaine. Rien de ce que j’essayais ne fonctionnait. Que je hausse la voix ou non, que je sois plus sévère ou plus calme, rien ne passait. J’ai senti que le match m’échappait et je n’ai jamais réussi à reprendre le contrôle. À la fin, j’avais distribué 13 ou 14 cartons jaunes et deux rouges. Un chaos total.

Photo: Pascal Muller/freshfocus

Qu’en avez-vous retenu?
Depuis ce jour, je suis beaucoup plus présent, aussi bien physiquement que verbalement. Ces joueurs doivent sentir l’arbitre. À l’époque, j’étais trop passif, trop distant, et le match m’a échappé.

Comment vivez-vous les critiques?
Sur le terrain, je les gère bien. Les désaccords font partie du football. Les médias et les spectateurs nous critiquent parfois à juste titre, parfois non. Il faut accepter cette réalité. Le football est un univers très émotionnel. Une fois que l’on en prend conscience, on vit beaucoup plus sereinement avec les critiques. Mais cela demande du temps et de l’expérience.

Qu’est-ce qui fait un bon arbitre?
La condition physique, la connaissance des règles et la capacité à reconnaître une faute sont importantes. Mais l’essentiel réside dans la gestion humaine: comprendre les situations, savoir comment parler à un joueur pour obtenir l’effet recherché. L’empathie, la communication et le sang-froid sont fondamentaux. Je ne dois pas me laisser influencer par le statut des joueurs ni par l’enjeu d’une décision.

Quand êtes-vous satisfait après un match?
Cela arrive rarement. Mais lorsque personne ne parle de l’arbitre, c’est généralement bon signe. Si le match reste calme, que je le maîtrise et que les décisions importantes sont correctes, alors je suis satisfait.

Et si la VAR vous rappelle plusieurs fois?
L’essentiel est qu’au final, la bonne décision soit prise. Nous entretenons un rapport compliqué avec l’erreur. Pourtant, le football est un sport où l’erreur existe. Il faut l’accepter, y compris comme arbitre. Reconnaître une erreur est une qualité.

Photo: FIFA via Getty Images

Quelle place occupe la santé mentale dans votre métier?
Une place importante. Il faut savoir déconnecter pour ensuite retrouver toute son énergie. Si l’on pense au football 365 jours par an, sans jamais relâcher la pression, on finit par s’épuiser.

Êtes-vous accompagné sur ce plan?
Depuis des années, je parle régulièrement avec un coach mental. C’est aussi un ami et une personne de confiance. Ces échanges sont avant tout une réflexion sur soi: Qui suis-je? De quoi ai-je besoin? Qu’est-ce qui me fait du bien? Quand j’étais enfant, j’adorais aller à la pêche. J’ai repris cette activité. Et puis il y a le golf: pour moi, c’est le sport idéal pour faire le vide. Je mets mon téléphone en mode avion, et il ne reste plus que la balle, la nature et moi. À ce moment-là, je ne pense plus aux actions marquantes du dernier match.

Les échanges avec les autres arbitres sont-ils importants?
Oui. Dès qu’on partage quelque chose, cela paraît moins lourd. Quand on garde tout pour soi, les problèmes prennent parfois des proportions démesurées. Nous vivons tous les mêmes choses: les mêmes peurs, les mêmes préoccupations. Et même les mêmes cauchemars.

À quoi ressemblent ces cauchemars?
Tous les joueurs sont prêts, mais vous êtes incapable de donner le coup d’envoi. Ou alors vous êtes encore chez vous avant le match et vous n’arrivez pas à préparer votre sac.

Coupe du monde 2026 – Groupe A
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Mexique
Mexique
3
6
9
2
Afrique du Sud
Afrique du Sud
3
-1
4
3
République de Corée
République de Corée
3
-1
3
4
République Tchèque
République Tchèque
3
-4
1
Playoffs
Groupe B
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Suisse
Suisse
3
4
7
2
Canada
Canada
3
5
4
3
Bosnie-Herzégovine
Bosnie-Herzégovine
3
-1
4
4
Qatar
Qatar
3
-8
1
Playoffs
Groupe C
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Brésil
Brésil
3
6
7
2
Maroc
Maroc
3
3
7
3
Écosse
Écosse
3
-3
3
4
Haïti
Haïti
3
-6
0
Playoffs
Groupe D
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Etats-Unis
Etats-Unis
3
4
6
2
Australie
Australie
3
0
4
3
Paraguay
Paraguay
3
-2
4
4
Turquie
Turquie
3
-2
3
Playoffs
Groupe E
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Allemagne
Allemagne
3
6
6
2
Côte d´Ivoire
Côte d´Ivoire
3
2
6
3
Equateur
Equateur
3
0
4
4
Curaçao
Curaçao
3
-8
1
Playoffs
Groupe F
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Pays-Bas
Pays-Bas
3
6
7
2
Japon
Japon
3
4
5
3
Suède
Suède
3
0
4
4
Tunisie
Tunisie
3
-10
0
Playoffs
Groupe G
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Egypte
Egypte
2
2
4
2
Iran
Iran
2
0
2
3
Belgique
Belgique
2
0
2
4
Nouvelle-Zélande
Nouvelle-Zélande
2
-2
1
Playoffs
Groupe H
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Espagne
Espagne
2
4
4
2
Uruguay
Uruguay
2
0
2
3
Cap Vert
Cap Vert
2
0
2
4
Arabie Saoudite
Arabie Saoudite
2
-4
1
Playoffs
Groupe I
Équipe
J.
DB.
PT.
1
France
France
2
5
6
2
Norvège
Norvège
2
4
6
3
Sénégal
Sénégal
2
-3
0
4
Irak
Irak
2
-6
0
Playoffs
Groupe J
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Argentine
Argentine
2
5
6
2
Autriche
Autriche
2
0
3
3
Algérie
Algérie
2
-2
3
4
Jordanie
Jordanie
2
-3
0
Playoffs
Groupe K
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Colombie
Colombie
2
3
6
2
Portugal
Portugal
2
5
4
3
République Démocratique du Congo
République Démocratique du Congo
2
-1
1
4
Ouzbékistan
Ouzbékistan
2
-7
0
Playoffs
Groupe L
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Angleterre
Angleterre
2
2
4
2
Ghana
Ghana
2
1
4
3
Croatie
Croatie
2
-1
3
4
Panama
Panama
2
-2
0
Playoffs
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