Alvyn Sanches prend le soleil, au coeur de la Forêt Noire, ce mardi matin. Le Lausannois de 23 ans vient de sortir d'un exercice qu'il n'affectionne guère, celui de la conférence de presse, préférant de loin les discussions intimes, et respire un grand coup. A dire vrai, le jeune homme est de plus en plus à l'aise dans cet exercice particulier des questions-réponses avec les journalistes et devra de toute façon s'y habituer s'il entend franchir encore des paliers dans sa carrière. Le timide Alvyn prend de plus en plus d'assurance, même s'il est conscient d'avoir encore une marge de progression dans ce domaine.
Encore une marge d'amélioration
«Mais dans mon jeu aussi. Je peux m'améliorer en tout», admet-il, en citant en premier le jeu sans ballon. «Je peux en faire plus», appuie-t-il, lui qui est pourtant l'un des joueurs offensifs qui se bat le plus pour récupérer des ballons. Les efforts pour l'équipe, il les fait, mais sait que pour jouer dans un championnat du top 4, il devra en faire encore plus. «Et puis, je peux aussi perfectionner ce que je fais déjà très bien», sourit-il, en faisant référence à sa technique soyeuse, celle qui enchante la Super League depuis son retour de blessure.
Car oui, voilà pile un an que le Lausannois s'est rompu le ligament croisé antérieur du genou lors de ce même rassemblement de mars, stoppant son ascension fulgurante avec le LS. Murat Yakin lui a offert quelques minutes en Irlande du Nord et son genou a cédé en toute fin de match, ce qui avait provoqué un certain émoi dans la Suisse du football. «C'était compliqué bien sûr, surtout mentalement. J'ai accusé le coup, mais je me suis dit assez vite que j'allais revenir plus fort. J'ai beaucoup travaillé, d'abord à Lausanne, puis à YB.»
Est-il plus fort qu'avant? «Oui»
Et alors, se sent-il plus fort qu'avant la blessure? Un large sourire illumine son visage, la réponse fuse. «Oui.» A-t-il une petite appréhension à l'heure de retrouver la Nati? Là aussi, la réplique est fulgurante comme une accélération après un crochet. «Non. Ce moment-là est derrière moi. Je n'y pense plus.»
Le fait est que son explosivité est la même, son sens du dribble aussi et il semble même avoir apporté une maturité nouvelle à son jeu. Surtout, il arrive désormais à enchaîner les bonnes performances, ce qui n'était pas le cas lors de ses débuts au Lausanne-Sport. Le talent a toujours été là, mais il a fallu attendre l'année 2024 pour qu'il s'exprime chaque week-end. Et à YB, un palier a encore été franchi dans la régularité, ce dont a pu se rendre compte le LS voilà dix jours. «Je me suis fait pas mal chambrer par mes potes après ce match», sourit-il, en prenant la pose avec le photographe de Blick.
A-t-il des regrets d'être parti pendant sa blessure, sans même avoir pu jouer la Conference League avec le LS? Il a largement contribué à la qualification jusqu'à sa blessure en mars, mais n'a pas pu en profiter. «Oui, peut-être que j'aurais aimé que mon départ se fasse autrement, mais je n'ai aucun regret. C'était la meilleure décision et ce que je vis en ce moment le prouve», assure-t-il.
Ses récentes performances en Super League (9 buts et 5 assists sur les 18 derniers matches, 4 buts lors des 3 derniers) ont confirmé sa progression, qui n'échappe pas aux clubs étrangers qui le suivent depuis son éclosion au Lausanne-Sport. S'il ne s'était pas blessé voilà douze mois, il jouerait d'ailleurs déjà certainement ailleurs qu'en Suisse, mais il assure ne pas être pressé. «J'ai un contrat avec YB jusqu'en 2029. Je suis calme, tranquille. Je sais que ça parle un peu autour de moi, mais je suis un joueur d'YB et c'est tout ce qu'il y a à dire à ce sujet.»
L'étranger dès cet été? Pas sûr
Tout est ouvert: si la bonne offre arrive, et que le club bernois s'y retrouve financièrement, le talentueux gamin de Praz-Séchaud pourrait partir cet été. Sinon, il effectuera une nouvelle année à Berne en espérant briller en Europe (si YB se qualifie bien sûr), ce qui n'a pas été le cas cette année. Alvyn Sanches entend franchir des paliers, c'est clair, et il le sait: pour l'heure, il n'a été performant qu'en Super League, pas en coupes d'Europe ni en équipe de Suisse. Chaque chose en son temps.
Aura-t-il sa chance d'entrée vendredi ou mardi?
Qu'attend-il d'ailleurs de ce rassemblement de mars? Que faudrait-il pour qu'il soit satisfait mercredi matin à l'heure de reprendre l'avion depuis Oslo pour rentrer à Berne? «J'ai envie de faire bonne impression en me donnant à 100% à l'entraînement. Et si je devais entrer dans l'un des deux matches, donner satisfaction.» Et pourquoi pas commencer l'un des deux? «On verra...», sourit-il. Que ce soit face à l'Allemagne vendredi ou la Norvège mardi, il se pourrait bien que Murat Yakin lui offre de nombreuses minutes de jeu, surtout au vu du manque de rythme de Ruben Vargas et de Dan Ndoye en club. Alvyn Sanches devrait avoir l'occasion de montrer ses qualités et pas seulement à l'entraînement, afin de prendre encore une autre dimension. Et se préparer à de nouvelles conférences de presse.
