Le pull est encore tout chaud. Il a été livré à Naples mardi soir, la veille de la conférence de presse qui a lancé la 38e édition de la Coupe de l’America. Ouf. Tudor Team Alinghi est engagé dans une course contre la montre, après s’être mis en retrait après l’édition de Barcelone, le double vainqueur du plus vieux trophée sportif du monde est revenu dans le jeu en décembre après avoir activement participé à une redistribution des cartes qui assure un bel avenir à un évènement qui commençait à décliner dangereusement.
Cinq équipes ont acté leur volonté de modernité dans un document, l’America’s Cup Partnership, qui fait enfin entrer la Cup dans une nouvelle ère. Parmi tout ce beau monde qui s’est présenté à Naples, Nicolas Rolaz faisait presque figure d’OVNI. A 25 ans, le jeune Vaudois est le premier membre de l’équipe sportive du défi suisse qui a été officiellement engagé.
Après une cérémonie haute en émotions et en couleurs, nous avons retrouvé le champion du monde d’Optimist dans une salle du Palazzo Reale de Naples, l’un des fleurons de la cité parthénope. Les couleurs de Tudor Team Alinghi lui vont parfaitement.
Nicolas Rolaz, vous avez à peine eu le temps de couper l’étiquette de votre costume avant de grimper sur scène?
C’est vrai que tout va très vite en ce moment. D’abord, ma signature pour intégrer l’équipe, puis cette conférence de presse. J’arrive en droite ligne d’Australie où j’étais engagé en Sail GP avec le Canada. On m’a appelé et me voilà. C’est une immense fierté d’être ici en ce tout début de campagne au sein d’une équipe que je connais puisque j’étais déjà dans le coup à Barcelone. Mais tout est différent. Nous repartons de zéro tout en ayant avec nous l’expérience engrangée en Espagne.
Que représente pour vous cette deuxième sélection?
J’ai rêvé de la Coupe depuis que j’ai assisté, enfant, au triomphe d’Alinghi à Valence. Je me suis dis qu’un jour je serais peut-être sur l’un de ces bateaux de la Coupe. Le fait d’^tre choisi en premier est une vraie reconnaissance. Je suis quelqu’un de travailleur et de loyal et je pense que ce sont des valeurs qui ont été appréciées à leur juste valeur.
Vous êtes également un marin moderne. A la fois une bête physique et un fin navigateur car on ne devient pas champion du monde d’Optimist sans une sensibilité marine au-dessus de la moyenne?
On m’appelle le couteau suisse, c’est vrai. A Barcelone, on m’avait d’abord intégré au groupe des gros bras, avec les cyclistes et les rameurs. Puis je suis aussi passé dans le groupe des navigateurs. Cette polyvalence est un véritable atout dans la voile moderne.
Pourtant, c’est bien pour vos qualités de navigateur que vous avez été choisi cette fois puisque les gros bras seront remplacés par des batteries embarquées, dès la prochaine édition…
C’est vrai, la composition des équipes va passablement changer puisque dans le protocole qui a été présenté et validé par tout le monde, il a été décidé que le nombre de marins sera de cinq, dont une femme au moins. Nous aurons deux duos barreur-régleur, un sur chaque amure, et un poste qui sera celui de stratégiste. A cela s'ajoute encore une place pour un invité qui sera plongé au coeur de l’action. Le bateau sera le même qu’à Barcelone mais il va subir quelques modifications au niveau du pont pour s’adapter justement à la nouvelle configuration.
Quelle marge de manœuvre aurez-vous pour améliorer les performances d’un bateau qui n’ont pas été forcément à la hauteur lors de la dernière campagne?
La structure de la coque reste identique et elle était plutôt aboutie. Donc ce ne sera pas un problème. Nous avons eu moins de réussite avec les foils et c’est quelque chose sur lequel nous allons pouvoir travailler justement. Avec tout le plan de voilure, les appendices qui nous permettent de voler sont le domaine dans lequel nos ingénieurs vont améliorer les performances et trouver des solutions qui nous permettront de remonter la pente. La plupart des équipes ont déjà commencé à travailler et nous partons d’un peu plus loin puisque l’équipe a été mise en stand-by pendant les négociations qui ont abouti en décembre. Mais nous allons redoubler d’effort pour être prêt dans un peu plus d’un an.
La possibilité d’engager deux marins étrangers a également été réintroduite dans le nouveau règlement?
Oui, c’est une très bonne chose et un sacré facteur d’amélioration pour nous tous. Cela va amener une saine concurrence et une émulation au sein de l’équipe. Naviguer avec les meilleurs rend meilleur. Pour un jeune navigateur comme moi, je le prend comme une immense chance.