Deux cadres suspendus pour des motifs distincts. Des accusations sur fond de sexisme, de violences sexuelles, de management toxique, de relation inappropriée ou encore de consommation de drogue. Un baiser imposé, des attouchements et cette phrase qu’un cadre aurait lancée à une jeune collaboratrice: «J’ai envie de violer.»
Voilà ce qui secoue «24 heures». En l’état, impossible de savoir ce que l’enquête en cours retiendra. Mais quelque chose a déjà changé: la parole a été entendue. Tamedia a suspendu deux cadres tout en respectant leur présomption d’innocence et a mandaté des avocats externes pour essayer d’éclaircir la situation. Ce qui aurait peut-être été minimisé ou balayé hier est aujourd’hui pris au sérieux.
Pendant ce temps, Alexis Favre, présentateur vedette d’«Infrarouge» et figure de la RTS, se marre. Sur Instagram, en réaction à l’affaire, il poste un emoji qui pleure de rire. Une internaute lui demande ce qu’il trouve drôle. Bonne question! Les accusations de violences sexuelles? Les témoignages? Le fait que des femmes aient parlé?
C’était l’occasion de s’expliquer. Alexis Favre préfère répondre par un second emoji qui pleure de rire. Au moins, c’est clair. Face à la gravité du sujet et aux réactions suscitées par son commentaire, il choisit de redoubler de dérision.
Le monde d’avant ricane encore
Ce petit échange en dit finalement davantage que bien des discours sur les vieux réflexes qui persistent dans certaines rédactions. Car #MeToo, ce n’est pas seulement révéler des faits. C’est aussi en finir avec les sarcasmes, la banalisation et cette vieille habitude d'aborder les comportements problématiques comme matière à ricaner entre collègues.
La RTS a elle-même connu des affaires qui auraient pu inviter à un peu d’introspection. Manifestement, tout le monde n’a pas reçu le mémo.
Le vrai basculement est là. Progressivement, la gêne change de camp. Ce ne sont plus seulement les victimes présumées qui doivent justifier leur parole. Ceux qui s’en amusent doivent désormais assumer. N’en déplaise à Alexis Favre, les choses évoluent et le temps passe. Tic, tac. Tic, tac. Tic, tac.