Les casseurs? Qu’on les arrête. Qu’on les poursuive dans les rues, les parcs ou jusque dans leur lit s’il le faut. Ceux qui détruisent, incendient ou agressent ne peuvent pas se réfugier derrière la liberté de manifester.
Mais depuis quand la lutte contre les émeutiers autorise-t-elle à piétiner les principes fondamentaux de l’Etat de droit? A Genève, dans la nuit de dimanche à lundi, près de 500 personnes ont été retenues pendant des heures dans une nasse policière, dans la foulée de la manifestation contre le G7. Parmi elles: des mineurs, des passants, et la députée vaudoise d’Ensemble à Gauche Mathilde Marendaz.
Résultat? Trois arrestations. Trois. Le contraste est brutal. Et il dit tout. Des centaines de personnes ont été privées de liberté sans être accusées du moindre acte violent. Le modus operandi est glaçant: on encercle, on immobilise, on fait mariner dans l’angoisse, on humilie en contraignant à faire ses besoins sous le regard de tous, puis on trie après coup. Comme s’il s’agissait de têtes de bétail. Une logique de masse, pas de précision.
Or, dans un Etat de droit, la privation de liberté est individuelle. Elle repose sur des faits, jamais sur une simple présence au mauvais endroit au mauvais moment.
Jornot a-t-il perdu le nord?
La police doit pouvoir attraper les casseurs. Personne d’équilibré ne dit l’inverse. Mais elle ne peut pas, au passage, neutraliser indistinctement ceux qui se trouvent là, sous les gaz lacrymogènes.
Car la liberté n’est pas un dommage collatéral acceptable. Et si trois arrestations justifient 500 personnes retenues pendant des heures, alors c’est peut-être la méthode, validée en amont par le procureur général libéral-radical (PLR) Olivier Jornot, qu’il faut interroger.