En bref
- Le vote vaudois sur la baisse d’impôts marque un nouveau revers pour le Conseil d’Etat et une victoire pour la droite économique. L’argument du pouvoir d’achat et de la classe moyenne a pesé dans la campagne.
- Mais entre fiscalité, subsides, tarifs sociaux et effets de seuil, tous les ménages ne sont pas concernés de la même manière.
On dit volontiers que les Vaudois votent à gauche et élisent à droite. Cette fois, ils ont surtout désavoué la position défendue par la majorité du Conseil d’Etat, de gauche comme de droite.
A l’exception, peut-être, de celles qui avaient pris leurs distances avec la ligne gouvernementale, par leur silence ou leur discrétion durant la campagne. Valérie Dittli et Isabelle Moret pourront donc, chacune à leur manière, savourer ou non le résultat.
La méfiance envers le Conseil d'Etat
Au-delà de cet épisode, un signal mérite toutefois d’être relevé: les électeurs vaudois semblent récemment prendre plus souvent leurs distances avec leur gouvernement.
Sur les vingt dernières années, dix objets cantonaux ont ainsi abouti à un résultat contraire à la position du Conseil d’Etat. Or, cinq de ces désaccords se sont produits depuis le début de la législature 2022–2027: sur les droits politiques communaux des étrangers, à deux reprises sur le salaire minimum et, désormais, sur la baisse fiscale.
Le chiffre ne suffit pas, à lui seul, à démontrer une rupture entre le gouvernement et la population. Le nombre, la nature et l’importance des objets soumis au vote varient trop fortement d’une législature à l’autre pour tirer une conclusion aussi définitive. Mais cette concentration récente est suffisamment marquée pour poser une hypothèse politique.
La droite économique a gagné
Une chose est en revanche certaine: la droite économique a remporté une victoire importante. Et le Centre patronal aussi. Après la campagne fédérale sur la réforme de la LPP du 22 septembre 2024, il signe un nouveau succès politique dans le canton.
Cette fois, un argument a manifestement porté: celui de la classe moyenne et de son pouvoir d’achat. Encore faudrait-il savoir de quelle classe moyenne on parle. L’expression est devenue incontournable. Tout le monde prétend la défendre, sans nécessairement désigner les mêmes ménages.
Aller plus loin que l'impôt
La pression sur le pouvoir d’achat est largement ressentie dans le canton. Mais une baisse proportionnelle de l’impôt procure, en francs, un allégement plus important à ceux qui acquittent déjà les montants les plus élevés.
Le débat ne s’arrête pourtant pas là. Pour soulager réellement cette classe moyenne dite «intermédiaire», il faudra aussi regarder ce qui se passe au-delà de l’impôt: dans l’ensemble des aides et des tarifs calculés en fonction du revenu.
C’est là qu'apparaissent des effets de seuil, ou plus largement des situations paradoxales. Une hausse de salaire peut être en partie absorbée par la diminution d’un subside ou par l’augmentation d’une prestation facturée selon le revenu. Le ménage gagne davantage sur le papier, mais beaucoup moins dans son revenu disponible.
Le diable fiscal est dans le détail
C’est cette zone grise qui mérite désormais l’attention: celle des ménages qui gagnent trop pour bénéficier pleinement de certaines aides, mais pas toujours assez pour absorber sans difficulté l’ensemble des charges qui pèsent sur eux. La question n’est donc pas seulement de savoir combien on paie d’impôts. Elle est de savoir ce qu’il reste réellement à la fin du mois, dans une vision globale.
L’enjeu sera dès lors de mieux articuler fiscalité, subsides et tarifs sociaux, afin d’éviter que leurs mécanismes cumulés n’atténuent trop fortement le bénéfice d’un revenu supplémentaire.
L’imposition individuelle, acceptée par le peuple suisse et appelée à entrer en vigueur en 2032, modifiera elle aussi une partie de l’équation, notamment pour les couples à deux revenus. Mais là encore, les détails compteront. C’est probablement là que devrait commencer le prochain grand débat vaudois.
Car si le scrutin de dimanche a consacré une expression, c’est bien celle de «classe moyenne». Tout le monde veut la défendre. Reste à savoir laquelle.