N’a-t-on jamais autant parlé du taux de remplissage des trains que dans les dernières semaines? Mais il y a bien pire qu’un train bondé: un train en retard, un train qui n’arrive jamais ou un train qui tombe systématiquement en panne. Il suffit de jeter en œil en Allemagne ou en Angleterre pour se faire une idée.
Pas de cela chez nous: 94% des trains étaient à l’heure l’an dernier, car notre système ferroviaire fonctionne comme du papier à musique. On a la garantie de voyager non seulement de façon écologique, mais aussi détendue et fiable. C’est pour ça que certains trains sont pleins. Parce qu’en Suisse, on aime le train! Même s’il faut parfois se serrer ou, une fois ou l’autre, s’asseoir sur un escalier, comme Doris Leuthard elle-même en a fait l’expérience alors qu’elle était Conseillère fédérale.
Certes, il faut des investissements supplémentaires dans le ferroviaire – surtout en Suisse romande – et des adaptations pour les heures de pointe. Mais l’initiative xénophobe de l’UDC n’apporte rien de tout cela.
La durabilité n'est pas l'objectif de l'UDC
C’est d’ailleurs le cas de tous les sujets que l’UDC instrumentalise pour son initiative. Qu’il s’agisse des loyers abusifs, du mitage du territoire ou des violences faites aux femmes; l’UDC s’oppose systématiquement aux solutions. Elle veut plus de spéculation immobilière, de résidences secondaires et refuse les budgets pour lutter efficacement contre la violence envers les femmes. L’objectif de l’UDC est autre: isoler la Suisse de l’Union européenne.
Rien à voir non plus avec la durabilité. Intuitivement, on pourrait certes penser qu’il y a un lien direct entre impact sur la nature et population. C’est faux: le bétonnage a par exemple avancé deux fois plus vite que l’augmentation de la population.
Quand la politique a décidé de prendre ce problème à bras le corps, l’UDC s’y est virulemment opposée. Elle avait tort: dix ans après l’adoption de la loi sur l’aménagement du territoire, la surface de la zone à bâtir par habitant-e a diminué. Aujourd’hui, nous préservons donc le territoire malgré l’augmentation de la population. Ce qui n’empêche pas l’UDC de redoubler d’inventivité pour permettre des bâtiments d’habitation dans les zones agricoles.
L'UDC, alliée du mal logement, du trafic et du bruit
Ce qui est sûr, c’est que les personnes qui ont fui leur pays en guerre ou la violence pour trouver protection en Suisse n’ont rien à voir avec le mitage. Elles ne représentent que 2,5% de la population et vivent souvent dans des chambres collectives, dans des conditions très précaires.
Il en va en revanche tout autrement de Christoph Blocher. Ce dernier occupe sept fois plus d’espace que la moyenne avec sa résidence de luxe sur la côte dorée zurichoise. Sans parler de son château aux Grisons. D’ailleurs, le président de l’UDC Marcel Dettling n’habite pas non plus en ville, mais dans un village qui craint plutôt un dépeuplement, en conséquence du vieillissement de la population.
Pas étonnant que la qualité de vie dans les villes ne pèse pas lourd pour lui et que l’UDC démantèle la protection contre le bruit, soutenant des blocs de logements mal conçus, sous les avions ou au bord de routes à fort trafic. Pas étonnant non plus que les gens contraints de vivre là soient insatisfaits. C’est tout bénéfice pour la politique du bouc émissaire de l’UDC.
Un texte inhumain et dangereux
Le 14 juin, on ne donne pas un signal, mais on vote sur une initiative forte de conséquences.
La première, c’est l’attaque directe contre le regroupement familial et, en arrière-plan, un chapitre sombre de notre histoire: le statut de saisonnier, qui a déchiré des familles et contraint des enfants à se cacher dans le placard, sans pouvoir aller à l’école. La deuxième, c’est la résiliation prévue des accords bilatéraux avec l’Union européenne, dans un moment d’instabilité où un isolement de notre partenaire le plus proche serait fatal. La troisième, c’est le démantèlement des droits universels, réunis sous l’égide du droit international: protection des réfugié-e-s, des enfants ou des femmes contre les violences.
Cette initiative est inhumaine et dangereuse. La seule chose qu’elle a de durable, ce sont les problèmes qu’elle cause.