La chronique d'Ilias Panchard
Initiative UDC: quand les masques tombent

Ilias Panchard accuse l’UDC de se servir de l’écologie et des problèmes de logement, de mobilité ou de santé pour défendre une initiative qu'il juge xénophobe. Selon lui, un «OUI» ouvrirait la voie à plus de précarité, moins de protections sociales et salariales.
Ilias Panchard accuse l’UDC de se servir de l’écologie pour défendre une initiative qu'il juge xénophobe.
Photo: DR
Ilias Panchard, conseiller communal vert à Lausanne

L’UDC a un sacré culot. Rien de nouveau, me direz-vous. Mais la campagne sur l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!» atteint des sommets. Vendre une initiative xénophobe comme une réponse écologique à la bétonisation, aux bouchons sur les routes ou à la crise du logement, il fallait oser.

La durabilité n’est bien sûr qu’un prétexte dans cette initiative. Vous ne faites pas confiance aux affirmations des écologistes? Alors penchons-nous sur ce qui compte vraiment, le programme et les votes au Parlement. C’est là où les masques tombent.

Depuis des années, l’UDC combat en effet toutes les mesures sérieuses pour protéger le climat et l’environnement: refus de la loi climat et de l’initiative contre le mitage du territoire, opposition aux énergies renouvelables et à la protection de la biodiversité, soutien total aux énergies fossiles, défense des méga-autoroutes, coupes dans les transports publics régionaux, référendums contre l’assainissement énergétique des bâtiments, privatisation de la santé, refus des mesures pour limiter l’explosion des loyers. La liste complète est trop longue pour cette (brève) chronique.

Alors non, l’UDC ne s’est pas découvert une passion soudaine pour l’écologie et la politique sociale. Cette initiative profite des défis actuels pour désigner «les étrangers» comme bouc émissaire. Et ne surtout résoudre aucun problème pour pouvoir continuer de surfer dessus.

Un dangereux saut dans l'inconnu

Les loyers augmentent? Les grands propriétaires et les spéculateurs amis de l’UDC n'y sont évidemment pour rien. Les trains sont pleins aux heures de pointe? Le manque d’investissements (notamment en Suisse romande) et la priorité au tout-voiture voulus par l’UDC n’en sont bien sûr pas la cause. On fait la queue trop longtemps aux urgences? La médecine à deux vitesses défendue par l’UDC ne joue bien sûr aucun rôle. 

Mais le plus révélateur reste les «solutions» politiques prônées par l’UDC en cas de Oui à leur initiative. Là aussi, les masques tombent. Ses représentant-e-s évoquent déjà ouvertement une augmentation de l’âge de la retraite, la possibilité de travailler jusqu’à la fin de sa vie, le retour du statut précaire de saisonniers (des travailleurs corvéables à merci vivant loin de leurs familles), la suppression de toutes les protections salariales et la fin de la libre circulation des personnes. 

En somme, plus de précarité pour les travailleurs-ses, moins de protection sociale et moins d’échanges avec les pays voisins. Tout cela au bénéfice des plus riches. Les défis sont connus: logement, mobilité, climat, pouvoir d’achat. Tout comme les solutions qui fonctionnent: construire des logements abordables, investir dans les transports publics, accélérer la transition énergétique, protéger les salaires et mieux répartir les richesses. Tout ce à quoi l’UDC et une majorité de la droite bourgeoise s’opposent en permanence. Le 14 juin, refusons ce dangereux saut dans l’inconnu. Non à une Suisse de la xénophobie et du repli.

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