À Lausanne, se loger dans le privé est devenu un parcours du combattant. Loyers qui grimpent, taux de vacance et de rotation très faibles, spéculation immobilière sans vergogne. Pour de nombreuses personnes, trouver un logement abordable est devenue une hantise. Or, le logement n’est pas une marchandise. C’est un droit fondamental. Et face au marché qui échoue les pouvoirs publics doivent intervenir fortement.
C’est ce que fait la Ville de Lausanne. En développant de nouveaux quartiers aux loyers abordables, en garantissant des loyers stables et en faisant usage de son droit de préemption pour éviter que des locataires ne croulent face à des hausses massives de loyers.
Il faut accélérer cette politique volontariste. En visant au minimum 30% de logements d’utilité publique dans tous les quartiers. Et en doublant le budget consacré au droit de préemption pour que la Ville achète davantage de logements. Pour garantir la mixité sociale et des loyers abordables dans tous les quartiers. Cela implique aussi de construire autrement. À ce titre, les coopératives doivent être soutenues par la mise à disposition de davantage de terrains et des soutiens financiers pour doubler le nombre de logements en coopérative.
Assumer une confrontation avec certains milieux immobiliers
En parallèle, les locataires doivent être mieux protégés. Trop souvent, ils subissent des loyers abusifs sans forcément savoir comment se défendre. Alors que très souvent les locataires obtiennent gain de cause, notamment grâce à l’ASLOCA. Informer, accompagner, geler les loyers et poursuivre les propriétaires qui abusent: cela doit devenir des priorités publiques.
Évidemment, tout cela implique aussi d’assumer une confrontation avec certains milieux immobiliers. Y compris des figures bien connues comme le très médiatisé Bernard Nicod. Lorsqu’il proposait de confier la gestion de logements en mains publiques au privé, à sa propre gérance, je m’y suis opposé frontalement. Leur but est clair: plus de pouvoir pour les propriétaires, moins de droits pour les locataires. Je l’ai invité à débattre publiquement de la politique du logement. Il a décliné.
Ce clash n’avait rien de personnel. Il illustre un débat politique fondamental. D’un côté, laisser faire le marché. De l’autre, assumer une politique publique volontariste, qui contrôle les loyers, défend les locataires et fait bloc face aux abus du privé.
Une question climatique et de santé
À Lausanne, l’urgence est aussi humaine. Garantir un toit à celles et ceux qui n’en ont plus est une priorité absolue. L’hébergement d’urgence sauve des vies. Les logements de transition permettent de se remettre sur les rails. Chaque expulsion, perte d’emploi ou rupture de vie nous rappellent à quel point en Suisse chaque personne peut basculer dans la précarité.
Enfin, le logement est une question climatique et de santé. Des appartements mal isolés deviennent invivables en été comme en hiver. Rénover, changer le mode de chauffage, développer l’énergie solaire, surélever intelligemment: une politique du logement ambitieuse est forcément écologique.
À Lausanne, la crise du logement n’est pas une fatalité. C’est un défi politique. Nous le relèverons collectivement avec une bonne dose de volontarisme. À nous de choisir le droit au logement plutôt que les profits des géants de l’immobilier. Car le logement est un droit, pas une marchandise.