La chronique d'Ilias Panchard
Protégeons les Kurdes du Rojava!

Ce qui se passe en ce moment au Rojava (Kurdistan syrien) n’est ni une surprise ni un accident de l’histoire, estime Ilias Panchard. Le conseiller communal vert lausannois le voit comme une nouvelle trahison de la communauté internationale.
Ilias Panchard
Ilias PanchardChroniqueur et Conseiller communal Vert à Lausanne et président de Sortir du Nucléaire

Depuis des années, les Kurdes alertent. Ils et elles savent et ont toujours su ce qui risquait d’arriver. Lorsque l’ancien djihadiste Abou Mohammad al-Jolani a pris le pouvoir en Syrie. Lorsque les proxys de la Turquie sont apparus au grand jour et ont commis des exactions. Lorsque les partisans du nouveau régime syrien s’en sont pris aux minorités. 

Tout était déjà écrit. Nous avions manifesté et nous avions alerté, y compris dans ces colonnes. Féru d’histoire et habitué à la lâcheté des puissances internationales, le peuple kurde, lui, n’avait aucune illusion.

Aujourd’hui, la communauté internationale a choisi son camp et détourne le regard. Car le Rojava, ce n’est pas seulement un territoire attaqué. C’est un projet politique unique au Moyen-Orient. Un projet démocratique, fondé sur une forme de confédération qui n’est pas sans rappeler la Suisse. Un projet écologiste, féministe, pluraliste. Un projet qui vise à protéger les minorités, garantit la place des femmes et tente de se bâtir sur autre chose que le fanatisme et la violence. Un projet qui ressemble, fondamentalement, aux valeurs que nous défendons ou prétendons défendre, en Europe.

Valoriser la lutte kurde contre Daech

Et n’ayons pas la mémoire courte. Ne l’oublions jamais: lorsque Daech semait la terreur, ce sont les Kurdes qui ont résisté. Souvent seuls. Avec peu de moyens. Ils ont défendu les Yézidis, protégé les minorités, combattu le terrorisme djihadiste pour l’humanité entière. Ils ont payé ce combat au prix fort. Et aujourd’hui, ils sont abandonnés par ceux-là mêmes qui les applaudissaient hier et étaient bien contents de leur déléguer le sale boulot.

Kobané est aujourd’hui assiégée. L’électricité, l’eau et internet sont coupés. Des enfants meurent de froid. Des femmes capturées deviennent des esclaves sexuelles, des dépouilles sont jetées du haut des immeubles, leurs tresses sont coupées et utilisées comme trophée. Ces images nous rappellent la proximité idéologique entre les djihadistes de Daech et les groupes supplétifs de la Turquie. Jin, Jîyan, Azadî. 

Et si cela ne vous suffit pas. Notez que les Kurdes gèrent depuis des années, pour le compte de la communauté internationale, des prisons dans lesquelles sont enfermés des milliers de combattants de Daech. Ces prisons sont des cibles. L’une d’elles a d’ores et déjà été prise. Leur chute est une menace directe pour la région, mais aussi pour l’Europe. 

Retournement de veste

Il y a une centaine d’années, au Palais de Rumine à Lausanne, les grandes puissances piétinaient leurs promesses historiques faites au peuple kurde. En 1923, le Traité de Lausanne enterrait l’espoir d’un Kurdistan libre et indépendant. Un siècle plus tard, la communauté internationale bégaie à nouveau. Pire, elle semble avoir choisi son camp. Celui d’un ancien djihadiste. 

Même des pays qui se disaient amis retournent leur veste. La France, par exemple, dont le président Macron soutient le projet américain pour la Syrie, sans un mot pour les Kurdes du Rojava et les minorités. Les grandes puissances n’ont jamais été fiables. Elles ne le seront jamais.

Alors que nous reste-t-il? La solidarité internationale. La solidarité des peuples. Interpeller l’ensemble des organisations et personnes sensibles aux droits humains et à la justice. Informer pour refuser un silence assourdissant.

Les Kurdes construisent un véritable projet de société et ont combattu pour nos valeurs. Ils méritent mieux que notre lâcheté. Protégeons les Kurdes du Rojava! Biji Kurdistan!

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