La chronique d'Ilias Panchard
40 ans après Tchernobyl, le Parlement joue avec le feu

La Suisse ne semble pas avoir appris les leçons de la catastrophe de Tchernobyl. Le possible «retour» au nucléaire est risqué, extrêmement coûteux et sert surtout de prétexte pour générer des profits, estime Ilias Panchard, président de Sortir du Nucléaire.
Ilias Panchard critique le retour au nucléaire.
Photo: Blick

Des centaines de milliers de personnes déplacées, des dizaines de milliers de décès prématurés, des zones immenses inhabitables et des coûts incalculables. C’est le bilan désastreux de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl du 26 avril 1986.

Quarante ans après, la centrale n’est toujours pas sécurisée. Des centaines d’employés sont chargés de la surveillance du site, dans une zone menacée par les bombardements russes. Le danger nucléaire ne s’éteint jamais.

Pendant ce temps, en Suisse, certains veulent relancer cette technologie du passé. Le Parlement s’apprête en effet à lever l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires. Disons-le clairement, c’est un déni de réalité.

Un gouffre financier et un danger

Car personne ne construit aujourd’hui de centrales nucléaires sans subventions massives de l’Etat. Les fiascos étrangers sont édifiants: retards à répétition, coûts de construction et d’entretien qui explosent, échecs industriels. Le nucléaire n’est pas une solution d’avenir, c’est un gouffre financier.

C’est aussi une illusion de durabilité. Une centrale nucléaire, c’est 20 à 25 ans d’attente avant de bénéficier du moindre kilowattheure. Et c’est une dépendance totale à l’extraction d’uranium à l’étranger. Le climat n’attend pas. Investir dans le nucléaire, c’est priver la transition énergétique de moyens financiers indispensables et se rendre dépendants d’Etats peu démocratiques.

Le nucléaire reste aussi un danger existentiel. Three Mile Island et Tchernobyl avant-hier, Fukushima hier et des accidents évités de peu très régulièrement. A quand la prochaine catastrophe nucléaire?

Le risque zéro n’existe pas. En Suisse, au cœur du plateau densément peuplé, un accident rendrait la majorité du territoire inhabitable, incultivable et causerait la banqueroute du pays.

Gagner du temps pour le profit

Alors pourquoi cet entêtement irresponsable? Parce que les pro-nucléaires sont au pied du mur et jouent leur dernière carte. Relancer le débat pour garantir la prolongation des centrales vieillissantes très souvent à l’arrêt. Faire croire à un «retour» pour ralentir les soutiens à la transition énergétique et maintenir les subventions aux énergies fossiles. Bref, gagner du temps pour mieux préserver leurs profits.

La bonne nouvelle c’est que de nombreux acteurs économiques ne misent plus sur le nucléaire. Et que la population suisse ne s’y trompe pas. A plusieurs reprises, elle a soutenu la sortie du nucléaire et le soutien aux renouvelables. Si le Parlement persiste dans les prochaines semaines, référendum il y aura et nous voterons.

Quarante ans après Tchernobyl, défendons une politique énergétique tournée vers l’avenir et disons un grand «non» au retour du nucléaire.

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