Le 14 juin, les Vaudoises et les Vaudois voteront sur le salaire minimum cantonal. Et comme à chaque fois qu’on propose d’améliorer concrètement la vie des gens, la droite et les milieux économiques agitent les mêmes épouvantails: catastrophe économique, destruction d’emplois, menace pour les PME.
Mais cette votation raconte en réalité autre chose. Elle raconte qui, dans notre société, fait tourner le pays pour des salaires qui ne permettent parfois même plus de vivre dignement. Et ces personnes sont très souvent des femmes. Parmi les plus de 20'000 salarié-e-s qui gagneraient immédiatement avec l’introduction d’un salaire minimum cantonal, près de 70% sont des femmes. Ce chiffre devrait suffire à lui seul à comprendre l’enjeu du vote.
Car derrière les statistiques, il y a des métiers que tout le monde connaît. La caissière qui vous encaisse vos courses. La serveuse qui court toute la journée entre les tables. L’aide en EMS qui s’occupe de nos parents et de nos grands-parents. La femme de ménage qui nettoie les bureaux tôt le matin pendant que la ville dort encore. La coiffeuse qui travaille debout toute la journée.
Une lubie idéologique?
Des métiers essentiels. Des métiers utiles. Des métiers fatigants. Mais des métiers systématiquement sous–payés. Et il faut avoir l’honnêteté de le dire: ce n’est pas un hasard si ces professions sont mal rémunérées. C’est parce qu’elles sont exercées majoritairement par des femmes. En Suisse, les inégalités salariales entre femmes et hommes existent partout. Chez les cadres. Dans les professions qualifiées. Dans les métiers académiques. Mais elles frappent encore plus durement les bas salaires.
Résultat? Une femme pauvre est souvent plus pauvre qu’un homme pauvre.
Alors quand certains nous expliquent que le salaire minimum serait une lubie idéologique, j’ai envie de leur demander: qu’y a–t–il d’idéologique à considérer qu’une personne qui travaille à plein temps doit pouvoir payer ses courses, son loyer et ses primes maladies? Parce qu’aujourd’hui, ce n’est même plus garanti.
Un choix de société qui se joue
Pendant que les salaires stagnent, tout augmente. Les primes maladies explosent. Les loyers prennent l’ascenseur. Les transports coûtent toujours plus cher. L’alimentation aussi. Et ce sont évidemment les petits revenus – donc très souvent les femmes – qui encaissent le choc de plein fouet. Le salaire minimum pose donc une question simple: veut-on continuer à considérer que certains métiers – souvent féminins – méritent la précarité?
Car derrière les discours techniques, c’est bien un choix de société qui se joue le 14 juin. Un choix entre un modèle où celles qui tiennent les caisses, nettoient les chambres, servent les repas ou prennent soin des personnes âgées restent invisibles et sous–payées. Ou un modèle où l’on considère enfin que leur travail a une valeur.
Et cette valeur mérite un salaire digne.