Il aura fallu quinze ans. Quinze ans pour que la Suisse se dote enfin d’un numéro d’urgence unique pour les victimes de violences physiques, psychiques ou sexuelles. Le 142 est désormais accessible. Enfin!
Oui, il faut le dire clairement : c’est une avancée. Une vraie. Mieux orienter, mieux accompagner, mieux répondre — c’est indispensable. Et cela n’arrive pas par hasard. Il a fallu des années de mobilisation pour que la réalité des violences soit enfin prise au sérieux. Rien qu’en 2025, plus de 22'000 infractions liées aux violences sexistes et sexuelles ont été enregistrées. Ce n’est pas un détail statistique, c’est une réalité massive.
Mais voilà. Une fois la satisfaction passée, une question s’impose: et maintenant, on fait quoi?
Parce qu’un numéro d’urgence, aussi utile soit-il, ne protège personne à lui seul. Il ne met pas une victime à l’abri pour la nuit. Il n’éloigne pas un agresseur. Il ne forme pas un procureur, un policier ou un médecin à reconnaître et traiter ces situations. Il ne finance ni les foyers d’accueil, ni les dispositifs de surveillance électronique, ni l’accompagnement des enfants exposés à la violence.
Et surtout, il ne règle pas le problème central: qui paie pour sauver la vie des femmes?
Comme trop souvent, la Confédération annonce, impulse, communique… puis passe la facture aux cantons. Résultat : une politique essentielle repose sur des financements inégaux, parfois précaires, et dépendants des priorités locales. Autrement dit, la protection des victimes varie selon le code postal.
Une injustice profonde et une absurdité politique
En Suisse, aujourd’hui, être victime de violences ne donne pas accès aux mêmes droits partout. Dans certains cantons, les dispositifs sont solides, développés, coordonnés. Dans d’autres, ils restent insuffisants, sous-financés, fragiles. Et lorsque les budgets se resserrent, ce sont souvent ces structures qui trinquent en premier.
C’est une injustice profonde. Et une absurdité politique.
Car la lutte contre les violences domestiques et sexuelles ne peut pas être une loterie territoriale. On ne devrait pas être mieux protégée parce qu’on est Vaudoise plutôt qu’Appenzelloise. On ne devrait pas dépendre des marges budgétaires d’un canton pour être mise en sécurité.
La Confédération le sait. Elle connaît les besoins. Elle a adopté des feuilles de route, signé des conventions internationales, affiché des ambitions. Mais elle refuse encore de franchir une étape pourtant évidente : mettre de l’argent là où elle met des mots. Après tout, elle fait bien pour l’armée et l’agriculture. Non?
Ce n’est qu’un début
Un véritable engagement fédéral, cela veut dire deux choses simples. D’abord, un financement durable, à la hauteur des enjeux. Ensuite, des standards minimaux contraignants pour garantir à chaque victime, partout en Suisse, un accès effectif à une protection, un hébergement d’urgence et un accompagnement spécialisé.
Le numéro 142 est un début. Mais ce n’est qu’un début.
Si la Suisse veut vraiment lutter contre les violences faites aux femmes, il va falloir faire plus que décrocher le téléphone. Il va falloir du courage politique.
C’est pour cette raison que nous présenterons bientôt, avec les Femmes socialistes suisses, une initiative populaire fédérale.