La chronique de Quentin Mouron
Cassis instrumentaliste-t-il l’antisémitisme?

Dénoncé auprès de la Cour pénale internationale pour complicité de crimes de guerre à Gaza, le chef du DFAE a récemment pris la parole sur la résurgence de l’antisémitisme en Suisse. Pour l’écrivain Quentin Mouron, cette séquence fait penser à une diversion politique.
Quentin Mouron
Quentin MouronEcrivain

Le timing est malheureux. La semaine dernière, Ignazio Cassis est dénoncé par 25 avocats suisses auprès de la Cour pénale internationale (CPI) pour complicité dans les crimes commis à Gaza. Quelques jours plus tard, il se fend d’une tribune dans «Le Temps», qui rappelle les persécutions historiques commises contre les Juifs d’Europe, les attaques du 7 octobre 2023, la «guerre» qui a suivi. Il annonce un cycle de conférences contre la résurgence – bien réelle – de l’antisémitisme.

Certes, ces conférences ont été organisées de longue date, et sa tribune avait probablement été écrite avant la dénonciation des avocats. Pourtant, cela renvoie à une stratégie bien rôdée du ministre, qui est de se taire jusqu’à l’obstination, et de ne rompre le silence que pour faire diversion. En juin 2025, Gaza subissait alors une famine planifiée, qui devait même pousser certains de ses alliés historiques à durcir le ton. Pressé de toutes parts, y compris par d’anciens conseillers fédéraux, Cassis s’était contenté d’annoncer... un voyage en Israël.

Graves accusations à son encontre

En automne 2025, certains pays occidentaux, dont la France et le Canada, s’apprêtaient à reconnaître un Etat de Palestine (Otan). De nombreux diplomates demandaient au ministre des affaires étrangères de joindre la Suisse au concert des nations. Le 21 septembre, la presse annonçait que le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) avait commandé un rapport sur le sujet. Cinq jours plus tard, Cassis noyait encore une fois le poisson, en déclarant que la position du gouvernement était la solution à deux Etats... mais pas tout de suite!

Aujourd’hui, l’antisémitisme semble être le nouveau prétexte du ministre pour éviter de se confronter aux graves accusations portées non seulement contre lui, mais plus généralement contre la politique menée par la Suisse durant plus de deux ans. Et le procédé est d’autant plus odieux qu’il repose sur l’instrumentalisation de la mémoire de la Shoah, comme si un génocide devait servir à en cacher un autre – à le légitimer.

Ce jeu dangereux est certes joué sans vergogne à travers le monde par nombre de mouvements d’extrême-droite pro-israéliens. Mais on est en droit d’attendre mieux d’un conseiller fédéral en exercice. «Nous avions clamé plus jamais ça» écrit Ignazio Cassis dans sa tribune. Oui. Et c’est précisément pour cela que 25 avocats suisses l’ont dénoncé à la CPI.

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