La chronique de Quentin Mouron
Quand il vaut mieux être raciste que noir

Aux HUG, une cadre, victime de propos racistes, a été sanctionnée après avoir dénoncé les faits. Une affaire qui pose une question inquiétante sur le traitement réservé aux soignants comme aux patients racisés, selon l’écrivain Quentin Mouron.
Quentin Mouron revient sur l'affaire de racisme au sein des HUG.
Quentin Mouron
Quentin MouronEcrivain

En ces temps douloureux pour notre pays, nous puisons du réconfort dans la détermination des professionnels de la santé. C’était déjà le cas en 2020, pendant la pandémie. Aujourd’hui, ils devraient être au centre de notre attention – et recevoir nos hommages. Or, ils sont souvent maltraités. Par les patients, mais encore par leur hiérarchie. Et cela est encore pire quand ils sont racisés ou immigrés.

Fin décembre, la «Tribune de Genève» nous apprenait qu’une cadre des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) a été victime de propos racistes sur son lieu de travail. Sur la porte de son bureau, un collaborateur a inscrit «n*gresse dégage», tandis qu’à l’occasion d’un désaccord, ses responsables hiérarchiques lui ont précisé qu’elle n’était pas «dans un village en Afrique».

Pas un cas isolé

Ces faits n’ont pourtant pas suscité d’émoi particulier au sein de l’institution hospitalière. Comme dans un mauvais vaudeville, c’est la victime qui a été sanctionnée! Contre sa volonté, elle a été transférée dans un autre service. C’est, probablement, ce que la direction des HUG nomme, sur son site internet, engager «des mesures concrètes». Pire encore, cette cadre, jugée encore excellente par sa hiérarchie en mars 2025, se voit désormais reprocher des «fautes de management». Sa plainte, déposée en août, semble avoir rétroactivement disqualifié son travail.

Ce scandale n’est pas un cas isolé. Dans le sillage de cette affaire, un syndicat a été créé, qui regroupe le personnel soignant racisé (APSR). Ce dernier relève le caractère systématique dans les institutions hospitalières romandes. Sur leur page Instagram, sont recensés un certain nombre de témoignages. Ce qui frappe n’est pas tant la violence de certains propos rapportés que la facilité avec laquelle les institutions s’en accommodent

Et les patients?

Un patient ne veut pas être pris en charge par une personne noire? Qu’à cela ne tienne, on lui assignera un collègue blanc. On estime que les patientes préféreront une sage-femme blanche lors de leur accouchement, on ne mobilisera pas de sage-femme noire. Pourtant si souvent bousculé, le patient semble devenir roi dès lors qu’il est question d’exprimer son racisme. A cela s’ajoute un luxe de sous-entendus, de brimades, de duretés dirigées spécifiquement contre le personnel noir ou arabe.

Le cas de la cadre insultée puis sanctionnée est un cas particulièrement visible, grossier. Il est probablement la pointe immergée de l’iceberg. Si une cadre peut être traitée de cette manière après avoir subi – et dénoncé – des propos racistes, une question demeure, inquiétante: comment sont traités, dans ces mêmes murs, les patientes et patients racisés? Ou, pour le dire plus directement: quel sort attend nos compatriotes noirs, ou d’origine arabe, quand ils entrent à l’hôpital?

Articles les plus lus