Une vraie expérience de «Hire and fire»
Une employée de 55 ans est licenciée trois jours avant son entrée en fonction

Une école zurichoise a ouvert un nouveau poste et s'est rendu compte après coup qu'elle n'avait pas assez d'argent pour le faire. Regina Bühler 55 ans, en fait aujourd'hui les frais. Licenciée sur le champ, elle ne recevra que sept jours de salaire de compensation.
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«C'est incroyable de voir comment on traite les gens», se désole la pauvre Regina Bühler.
Photo: Roger Hofstetter
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Daniel Benz

Tout allait bien pour Regina Bühler* – du moins, en apparence. Cette Suissesse de 55 ans voulait prendre un nouveau départ dans le monde professionnel. Elle cherchait un poste dans lequel elle pourrait mettre à profit ses connaissances en pédagogie sociale. C'est ainsi qu'elle est tombée sur une offre de l'école primaire d'Oberembrach, dans le canton de Zurich. L'établissement avait besoin d'une nouvelle directrice pour l'école à journée continue. 

La candidature de la Thurgovienne a été convaincante et, en octobre 2023, elle avait un contrat pour un poste à 70% en poche. Convaincue de la véracité de cette opportunité, elle a quitté son ancien emploi.

Un apéro suivi d'un licenciement

La future enseignante devait encore patienter quelques semaines pour que son nom figure sur le site Internet de l'école sous la nouvelle fonction qu'elle devait assumer début décembre. L'impatience est montée d'un cran lorsque, trois jours avant le jour-j, un e-mail de bienvenue de l'administratrice de l'école est arrivé. Le courriel contenait une invitation à l'apéritif de Noël qui devait avoir lieu le premier jour de travail de Regina: «A cette occasion, nous aimerions vous présenter à l'équipe».

Mais cette rencontre n'a jamais eu lieu. Le 1er décembre, l'administratrice de l'école contacte Regina. La joie se transforme alors en frustration: le nouveau poste a été supprimé pour des raisons d'économie. Une mise à pied immédiate et le versement de sept jours de salaire sont prononcés, selon la procédure qui s'applique en cas de licenciement pendant la période d'essai. La mesure a été prise «pour des raisons stratégiques et conceptuelles», a-t-on indiqué plus tard par écrit.

Une vraie expérience de «hire and fire»

A peine engagée, déjà virée: Regina Bühler est stupéfaite d'avoir vécu une telle expérience de «hire and fire» dans une administration du service public. «C'est incroyable de voir comment on traite les gens qui quittent leur emploi en toute bonne foi pour se faire ensuite larguer de la sorte dans leur nouveau lieu de travail.» Comme la Thurgovienne craint des inconvénients pour la suite de sa carrière professionnelle, elle choisit de rester anonyme.

Comment se fait-il qu'une commune scolaire ouvre un poste pour s'apercevoir le jour du début du contrat qu'il n'y a pas assez de fonds pour le maintenir? Et que s'est-il passé pendant les trois jours qui ont séparé l'envoi du mail de l'apéro en vue du premier jour de travail de Regina Bühler et celui de sa démission orale?

Beatrice Selz, la présidente de l'école primaire d'Oberembrach, n'a pas répondu à la demande du Beobachter. Elle invoque le secret de fonction. Dans sa lettre à l'avocate de Regina Bühler, on peut lire que la commission de contrôle des comptes a imposé à la commission scolaire des «conditions d'économie strictes pour le budget 2024». En conséquence, l'école à journée continue devrait être réorganisée et le poste de direction devrait être supprimé.

Mais ce qui est étrange, c'est que le budget en question a déjà été approuvé par l'assemblée communale le 22 novembre, à un moment où tous les feux étaient encore au vert en ce qui concerne l'emploi de l'enseignante déchue.

La commune a traité correctement le licenciement

Lors de la même assemblée, un crédit de 670'000 francs pour la rénovation du toit de l'école avait été approuvé. La représentante juridique de Regina Bühler doute que cette dépense, connue depuis longtemps, ait influencé a posteriori le tableau des effectifs: «Une planification soigneuse du personnel aurait dû le remarquer».

D'un point de vue formel et juridique, la commune a traité correctement le licenciement. De quoi mettre Regina Bühler hors d'elle: «On engage quelqu'un et on le renvoie tout de suite après, et nos bases juridiques autorisent de telles manières aux employeurs!»

Entre-temps, Regina a trouvé un nouveau travail dans le domaine social, mais à un salaire nettement inférieur. Un préjudice financier pèse donc encore sur elle. L'indemnité d'un mois de salaire que lui a offerte l'école primaire d'Oberembrach ne l'aide pas beaucoup. A l'heure actuelle, le nom de Regina Bühler a disparu du site Internet de l'école, et l'affaire est définitivement close.

*Noms connus de la rédaction

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