Un agronome prévient
«L'agriculture suisse doit et va s'adapter au changement climatique»

Le changement climatique donne des sueurs froides aux agriculteurs suisses. Un agronome explique comment s'adapter aux étés de plus en plus chauds et à la sécheresse accrue.
Publié: 02.11.2023 à 12:35 heures
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Le changement climatique préoccupe l'agriculture suisse. Sur la photo: l'irrigation de pommes de terre avec un Rollomat et un arroseur puissant.
Levin Stamm
Levin Stamm

Des étés plus chauds, des périodes de sécheresse plus longues et davantage d'événements extrêmes: voilà ce à quoi ressemble l'avenir de l'agriculture mondiale. Mais le réchauffement climatique n'épargne personne. Les agriculteurs suisses ressentent aussi les effets de ce dernier, explique Andreas Keiser, expert en grandes cultures. L'homme est très clair: «L'agriculture doit et va s'adapter au changement climatique.»

La résistance est décisive

Une irrigation suffisante sera un des plus gros défis pour les cultures existantes. Actuellement, 10% de la consommation d'eau suisse est consacrée à l'agriculture. «Ce besoin va augmenter avec le changement climatique», prévoit Andreas Keiser. Or, de nombreuses exploitations ne sont pas encore équipées pour l'irrigation, et se reposent uniquement sur les précipitations.

Une autre question se pose: y aura-t-il assez d'eau pour répondre à tous les besoins? Il faut dire que la Suisse enregistre généralement des précipitations plus importantes que d'autres pays européens. Ce n'est pas pour rien que la Suisse est considérée comme le château d'eau de l'Europe. Mais Andreas Keiser met en garde: «Avec la fonte des glaciers, les rivières auront moins d'eau en été et les petites rivières s'assècheront temporairement.»

Vive les légumineuses

Que peuvent faire les agriculteurs contre la menace de pénurie d'eau? Selon Achim Walter, Professeur de sciences des plantes cultivées à l'EPF de Zurich, une possibilité réside dans le choix et la sélection de nouvelles variétés de culture. «A l'avenir, nous devrons faire attention aux plantes utiles (ndlr: plante à multiples usages, dont se nourrir, se chauffer, se vêtir), qui sont particulièrement résistantes à la chaleur et à la sécheresse», explique Achim Walter. 

Andreas Keiser est d'accord avec cela. Il ajoute à son tour: «Il y a un grand potentiel dans ce type de culture.» Le maïs, le tournesol ou les légumineuses comme le soja seront donc plus fréquents dans l'agriculture suisse à l'avenir. Les viticulteurs peuvent également se réjouir de la hausse des températures.

En revanche, les variétés de pois et de betteraves sucrières, qui poussent bien sous des températures fraîches, devraient avoir du mal à s'en sortir. La pomme de terre, avec ses courtes racines, doit être fortement irriguée en cas de sécheresse et devrait être supplantée à l'avenir par d'autres plantes utiles.

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De nouvelles méthodes de culture sont nécessaires

Les experts sont unanimes: la manière de cultiver les grandes cultures et les légumes doit changer. «Pour cela, il faut passer davantage à l'agriculture régénérative», explique Achim Walter. En d'autres termes, il faut travailler le sol de manière plus douce, afin que l'eau soit mieux conservée et que le sol reste plus fertile. L'utilisation de la charrue va donc diminuer.

De son côté, Andreas Keiser propose une couverture du sol aussi complète que possible. Dans ce cas-là, le sol est recouvert de plantes ou de résidus végétaux tout au long de l'année. «Les précipitations peuvent alors mieux pénétrer dans le sol», explique-t-il.

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