Soutien aux espèces menacées
Cinq oiseaux qui n'existeraient plus en Suisse sans protection

La semaine dernière, BirdLife célébrait son 100e anniversaire. L'occasion de revenir sur les succès rencontrés par les efforts de protection des espèces menacées. Et aussi sur les défis à venir.
Publié: 12.02.2022 à 08:26 heures
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Dernière mise à jour: 03.06.2022 à 16:00 heures
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Le vanneau huppé.
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Jocelyn Daloz

Une biodiversité en recul, des milliers d'oiseaux tués chaque année, des espèces menacées d'extinction: c'est pour faire face à ces défis que deux ornithologues ont créé le Comité international pour la protection des oiseaux. C'était en 1922.

Cent ans plus tard, le Comité s'est renommé BirdLife International et conserve toute son importance face à la pression exercée par les activités humaines sur les populations d'oiseaux.

Y compris en Suisse: BirdLife s'y est implanté au moment de la création du Comité mondial. Depuis lors, l'association oeuvre pour la protection des oiseaux et de leurs habitats. «Les oiseaux sont le baromètre de la nature», nous dit François Turrian, son porte-parole. «Sur les 200 oiseaux nicheurs que compte la Suisse, 50 sont tributaires de mesures concrètes de conservation, sans quoi ils courent le risque de disparaître de notre pays», complète Martina Schybli, son homologue de la Station ornithologique suisse.

BirdLife collabore étroitement avec la Station ornithologique suisse, les services cantonaux et l'Office fédéral de l'environnement (OFEV). À l'occasion du centenaire de l'association, nous avons demandé aux deux organisations de protection de la nature de citer cinq espèces d'oiseaux que leurs efforts ont fondamentalement contribué à préserver. Et cinq autres oiseaux au futur incertain, et qui feront l'objet de leurs attentions particulières dans les années à venir.

1. Le vanneau huppé

Ce petit échassier niche dans les prairies humides et les zones agricoles. Le vanneau huppé est reconnaissable, comme son nom l'indique, à sa huppe. Il comptait mille couples nicheurs en 1975. En 2005, seulement 83. Les efforts concertés de la Station ornithologique suisse et de BirdLife, en collaboration avec des agriculteurs et les autorités communales et cantonales, ont permis à sa population d'augmenter à près de 180 couples. Leur survie, fortement menacée par la disparition des marais et l'intensification de l'agriculture, reste toutefois tributaire des mesures de protection et de conservation.

Le vanneau huppé et son beau plumage d'hiver.

2. La chevêche d'Athéna

C'est passé très près. «La chevêche d’Athéna a failli disparaître de Suisse», explique François Turrian. Cette chouette trapue souffre de la disparition des insectes et des paysages bocagers (champs entrecoupés de haies, aux abords des villages, avec des arbres fruitiers). Leur déclin depuis la deuxième moitié du XXe siècle a été spectaculaire. S'il n'y avait plus qu'une cinquantaine de couples au début des années 2000, les efforts de BirdLife et de ses partenaires ont permis de tripler leurs effectifs. Cela passe, entre autres, par la préservation de vergers à hautes tiges. Cela implique aussi de replanter des arbres.

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La chevêche d'Athéna est un petit rapace nocturne qui apprécie les vergers.

3. Le grand tétras

Ce grand oiseau fait l'objet, depuis 2008, d'un plan d'action national pour sa préservation, tant son existence est menacée par la disparition de ses habitats. L'OFEV et les associations comme BirdLife et la Station ornithologique luttent pour que ses populations persistent. Le grand tétras vit surtout au sol et apprécie les forêts clairsemées, avec beaucoup de bois mort. De nos jours, si les garde-forestiers sont plus attentifs à laisser du bois pourrir dans les forêts, elles sont toutefois devenus trop denses.

Le grand tétras, autrefois commun, se fait désormais rare dans nos forêts.

De nombreuses plantes nécessaires à son alimentation, comme la myrtille, n'y poussent dès lors plus. Le grand tétras est en outre très sensible aux perturbations, qui sont en augmentation (promenades en forêts, vélos, skis de randonnée en montagne, etc.). Au cours de ces dernières années, l'aire de répartition de cet oiseau n'a cessé de se réduire, et le nombre d'individus a également fortement diminué.

Aire de répartition du grand tétras de 1900 à 2001. Au début du XXe siècle, le grand tétras était encore commun au Jura, au versant nord des Alpes, dans les Alpes centrales des Grisons et au nord du Tessin. Le Grand Tétras occupait plusieurs aires sur le Plateau. En 2001, la population des Préalpes occidentales avait pratiquement disparu. Les reliquats de populations du Jura sont probablement isolés les uns des autres.

4. Le tarier des prés

Cet insectivore vit dans des prairies fleuries où poussent de nombreuses herbes et plantes à fleurs différentes. Le tarier des prés rencontre des problèmes pour construire son nid, parce que les plantes poussent de plus en plus densément et que les prairies sont fauchées avant que les jeunes oiseaux ne prennent leur envol. Les engrais et l'irrigation nuisent également à son développement.

Sur le Plateau, cet oiseau autrefois commun a aujourd'hui pratiquement disparu. Dans les montagnes aussi, le tarier des prés est en difficulté. Ses populations restent préservés dans des régions comme l'Engadine ou la vallée de Conches, où la Station ornithologique collabore avec les agriculteurs pour retarder la fauche des prairies.

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Le tarier des prés se nourrit d'insectes qui pullulent dans les champs.

5. L'engoulevent d'Europe

Cet oiseau nocturne était anciennement appelé «hirondelle de nuit». L'engoulevent d'Europe ne se reproduit plus qu'en Valais, et ne vit pratiquement plus que sur les versants sud du canton entre Martigny et Brigue. Il se retrouve de manière sporadique également au Tessin et dans les Grisons.

Les associations militent pour changer les modèles de sylviculture. Il s'agit notamment de créer des clairières, où l'engoulevent niche au sol. Ces quinze dernières années, plus de 25 clairières ont ainsi été aménagées entre Martigny et Loèche afin de favoriser cette espèce.

L'engoulevent d'Europe, également appelé «l'hirondelle de nuit».

Mesures ciblées et valorisation de l'habitat

Outre les mesures ciblées pour protéger les espèces en particulier, les associations luttent pour la protection d'habitats qui abritent de nombreuses espèces animales et végétales. En 1980, BirdLife a beaucoup soutenu l'initiative de Rothenturm, qui a permis de protéger les marais en Suisse. Ce fut, selon François Turrian, la dernière grande avancée en matière de biodiversité en Suisse. Le porte-parole se réjouit également du rejet de la loi sur la chasse en 2018, contre laquelle BirdLife et d'autres associations avaient lancé le référendum: «Cela a permis de fermer la voie à un abattage d'espèces menacées.»

Face à l'augmentation de la population et l'essor des loisirs exercés à l'extérieur (paddle, ski de randonnée), il y a fort à parier que les associations auront encore du pain sur la planche, même si François Turrian espère sincèrement que «BirdLife n'ait plus à exister dans cent ans».

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Les oiseaux à surveiller de près ces prochaines années

1. L'alouette des champs

Désigné «oiseau de l'année 2022» par BirdLife, cet oiseau qui niche au sol est emblématique des dégâts provoqués par l'industrialisation de l'agriculture: l’alouette des champs ne trouve plus de sites de nidification adaptés car les champs sont trop souvent fauchés. Elle peine à se nourrir, les insectes étant décimés par les insecticides.

L'alouette des champs est honorée cette année par Birdlife.

2. La fauvette grisette

Malgré son nom latin (Sylvia communis), la fauvette grisette n'est plus du tout si commune. La disparition des jachères, de haies, de buissons et de tas de branches nuisent à son développement. Deux programmes de conservation sont en cours pour préserver ce petit insectivore.

La fauvette grisette, autrefois commune, se fait de plus en plus rare.

3. Le martin-pêcheur d'Europe

Avec ses plumes bleues et oranges, le martin-pêcheur est sans doute l'un des plus beaux oiseaux de nos contrées. BirdLife s'engage pour lui permettre de nicher dans des parois meubles aux abords des points d'eau et des rivières, où il chasse de petits poissons.

Le martin-pêcheur d'Europe en action.

4. Le bruant proyer

Autre victime de l'agriculture intensive, le bruant proyer est considéré comme «au bord de l'extinction» en Suisse par la Station ornithologique suisse.

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Le bruant proyer est un oiseau de plaine.

5. Pic cendré

Chassé par son cousin le pic vert, il a complètement disparu du sud de la Suisse romande. Le pic cendré souffre notamment de la densification de la forêt.

Le pic cendré est chassé par son cousin, le pic vert.
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