Marc Ferraci se confie à Blick
«Comme député, je ferai mieux comprendre la Suisse à Paris!»

Marc Ferracci ne cache pas être très proche d'Emmanuel Macron, qui entame son second mandat ce samedi. Mais s'il est élu député des Français de Suisse les 5 et 19 juin, cet économiste promet d'abord oeuvrer à une meilleure compréhension entre Paris et Berne.
Publié: 14.05.2022 à 10:35 heures
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Dernière mise à jour: 14.05.2022 à 12:33 heures
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Richard WerlyJournaliste Blick

Ne demandez pas à Marc Ferracci s’il était bien, le 20 octobre 2007 au Touquet (Pas-de-Calais), le témoin «d’Emmanuel» à son mariage avec son épouse Brigitte. La réponse est oui. Mais au premier jour du second quinquennat Macron ce samedi, l’intéressé ne veut pas s’étendre sur ses liens avec ce président français qu’il connaît par cœur.

Tous deux ont le même âge, 44 ans. Le père de Marc, Pierre Ferracci, est un consultant incontournable en France sur les questions sociales, sujet que son fils a repris à son compte comme économiste, puis comme conseiller de l’ex ministre du Travail Muriel Pénicaud (2017-2019), candidate battue en mars à la direction du Bureau International du Travail à Genève. Bref, entre l’universitaire, le Chef de l’Etat français et le puissant secrétaire général de l’Elysée Alexis Kohler (lié sur le plan familial avec la famille Aponte, propriétaire du géant maritime MSC basé à Genève), le courant passe vite et bien!

Premier et second tour les 5 et 19 juin

Cela doit-il peser les 5 et 19 juin lorsque les 148’000 électeurs français de Suisse et du Liechtenstein vont élire le député qui les représentera à l’Assemblée nationale? Réponses nettes et précises du candidat de la coalition pro-Macron «Ensemble». Il sera opposé au premier tour à Philippe Tissot du parti Reconquête d’Éric Zemmour, à Régine Mazloum-Martin pour les Républicains (droite), à Magali Mangin pour «La nouvelle Union populaire» et sans doute au député sortant, l’ex Macronien Joachim Son-Forget qui, selon nos informations, envisage toujours de se représenter comme indépendant.


Blick: Vous reconnaissez avoir peu de liens avec cette circonscription Suisse-Liechtenstein. L’on vous traite de «parachuté». C’est un handicap?
Marc Ferracci: J’ai été investi par la majorité présidentielle française dans cette circonscription. C’est un choix collectif, aux côtés de ma suppléante Marie-Ange Rousselot, représentante bien connue de la «République en Marche» en Suisse. J’ai déjà expliqué combien je me suis intéressé à la Suisse, depuis 2017, comme conseiller de la ministre du Travail. Les réformes du début du quinquennat Macron ont en partie été inspirées par le «modèle helvétique» que François Bayrou avait défendu lui aussi en comparant le Code du travail suisse, et le très épais Code du travail français de prés de 3000 pages. Un sujet comme l’apprentissage m’a permis de comprendre bien mieux comment les choses marchent ici. Il y a, dans ce domaine, un «modèle suisse» qui fonctionne, avec à sa base une pratique de la négociation collective dont nous devrions davantage nous inspirer. L’ancrage, je l’entame maintenant. Je serai ce samedi à nouveau à Genève. Je vais tenir des réunions publiques à Zurich, Lausanne et dans d’autres villes. Ma volonté d’apprendre et surtout de répercuter ensuite tout cela à Paris sera la meilleure réponse que je pourrai apporter.


Emmanuel Macron est un ami proche. Vous connaissez les rouages du gouvernement et de la haute administration française. C’est un atout?
Je ne vais pas survendre ma relation avec le président de la République. Elle est ancienne et elle est bonne. J’ai par ailleurs, c’est vrai, du fait de mon parcours, cette capacité à frapper aux bonnes portes à Paris et à identifier les bons interlocuteurs dans les cabinets ministériels. Bien sûr que ce sera un atout, à la fois pour mieux faire comprendre la Suisse, et surtout pour mieux défendre les intérêts des Français de l’étranger qui y vivent! Aborder frontalement l’exécutif lorsqu’on est parlementaire n’est pas la seule façon d’avancer. Je plaide pour une stratégie de l’efficacité. Le fait de m’avoir investi comme candidat témoigne, je crois, de la volonté d’avoir dans cette circonscription quelqu’un de confiance pour retrouver de la crédibilité. C’est un signal envoyé à nos concitoyens. Le dialogue entre la majorité présidentielle française et la Suisse peut et doit retrouver des conditions plus favorables.


Vos arguments sonnent comme un désaveu du député sortant, Joachim Son-Forget, pourtant investi en 2017 par «La République en Marche» et élu avec 74,9% des voix!
Je ne m’étendrai pas sur le bilan de celui-ci. Son parcours depuis cinq ans a été à l’opposé de ce que je porte comme projet pour cette sixième circonscription des Français de l’étranger. Il faut du sérieux, de la fiabilité, du respect pour les institutions. Un député n’incarne pas la diplomatie française en Suisse. Il doit savoir plaider, mettre de l’huile dans les rouages, obtenir des résultats. Or il faut pour cela de la régularité et du sérieux, plus une écoute respectueuse. Je constate qu’un certain nombre de dossiers bilatéraux importants pour les Français de Suisse doivent faire l’objet d’une attention particulière. Je pense aux problématiques fiscales ou aux questions posées par le projet français de réforme des retraites. J’ai travaillé de près, au Ministère du travail, sur la question de l’aéroport Bâle-Mulhouse avec celle qui dirige aujourd’hui le cabinet du ministre des Affaires européennes Clément Beaune. J’ai les moyens d’être un facilitateur, y compris sur le délicat dossier des relations institutionnelles entre la Suisse et l’Union européenne. Je pense aussi à des questions très concrètes comme les «certificats de vie» demandés aux retraités français par l’administration, ou à la délicate question de la numérisation des services publics, sujet dont je me suis occupé dans le cadre de la mise en œuvre du plan «France relance» auprès du premier ministre sortant Jean Castex. Ma responsabilité va être de renouer le lien et de redonner une crédibilité à la majorité présidentielle. J’en ai pleinement conscience.

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