L'UDC contre la Suisse à 10 millions
«Plus d'immigration signifie moins de prospérité»

L'UDC récolte des signatures contre la Suisse à dix millions d'habitants. Dans ce contexte, le président du parti, Marco Chiesa, s'insurge contre le regroupement familial et souhaite expulser les réfugiés vers le Rwanda.
Publié: 02.07.2023 à 06:02 heures
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Dernière mise à jour: 02.07.2023 à 19:47 heures
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Le président de l'UDC Marco Chiesa veut éviter une Suisse à 10 millions d'habitants grâce à une nouvelle initiative.
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Peter Aeschlimann et Camilla Alabor

Cette semaine, une photo montrant des soldats suisses en train de faire la prière musulmane pour la première fois à l’armée a fait le tour de la toile. L’UDC a réagi en demandant ce qui allait suivre: «mariages d’enfants, tribunaux de la charia, lapidations»… Monsieur Chiesa, tout est-il vraiment permis durant la campagne électorale?
En tout cas, il ne doit pas y avoir de censure de la liberté d’expression. L’UDC ne veut pas d’une islamisation rampante du pays – ni dans la société, ni dans les écoles, ni dans l’armée. La Constitution fédérale garantit la liberté de croyance. Mais comment traiter une religion qui ne permet pas elle-même la liberté de croyance? Ou qui n’accepte pas l’égalité des droits pour les femmes et autorise même la peine de mort pour les homosexuels? Comme l’a montré la votation sur la burqa, la majorité de la population suisse veut fixer des limites claires dans ce domaine.

Pour vous, les musulmans ne sont pas suisses?
Toute personne qui a un passeport suisse et qui respecte nos valeurs est suisse. Cela vaut bien sûr aussi pour les Suisses de confession musulmane.

Les services religieux ont toujours eu lieu dans l’armée. Pourquoi devraient-ils être réservés aux soldats chrétiens?
Nous avons trois Églises nationales chrétiennes reconnues en Suisse. Nous refusons d’étendre ce statut à d’autres communautés religieuses.

A l’approche des élections, votre parti met à nouveau l’immigration à l’ordre du jour. Vous sentez-vous encore à l’aise en Suisse, Monsieur Chiesa?
Oui, en insistant sur le mot «encore». Mais je crains que nos enfants ne jouissent de moins de prospérité. Mon père n’a pas eu la vie facile dans les années 1960 et 1970. Mais chaque année, les choses s’amélioraient un peu. Aujourd’hui, beaucoup de nos avantages ont disparu. L’immigration massive est un problème! Au Tessin, nous avions autrefois 35’000 frontaliers, aujourd’hui ils sont 80’000. Cela cause d’énormes problèmes de circulation, cela nuit à l’environnement et au marché du travail.

Vous voulez freiner l’immigration avec l’initiative pour le développement durable.
Au fond, il s’agit de la question suivante: combien de personnes et lesquelles voulons-nous en Suisse? Nous ne voulons pas d’une Suisse à dix millions d’habitants. Nous ne voulons pas que notre paysage soit bétonné. A cela s’ajoutent les problèmes dans les écoles, la propension croissante à la violence et la perte de notre identité.

Avec votre initiative, vous remettez en question, une fois de plus, la libre circulation des personnes.
L’initiative commencera à produire ses effets lorsque la Suisse comptera 9,5 millions d’habitants. D’ici là, l’économie a le temps de s’adapter et de miser davantage sur les nationaux plutôt que sur les immigrés. Si le seuil est dépassé, la Confédération devra proposer des mesures pour freiner l’immigration – notamment dans le domaine de l’asile et du regroupement familial (ndlr: le fait qu’un immigré puisse faire venir sa famille dans son pays d’accueil). Si cela ne fonctionne pas et que le seuil des 10 millions est dépassé, la Confédération devra renégocier l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’UE.

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Aujourd’hui déjà, des hôpitaux ferment parce qu’ils manquent de personnel soignant. Sans la libre circulation des personnes, la pénurie serait encore plus grave.
Au cours des 20 dernières années, 1,5 million de personnes sont arrivées en Suisse, et pourtant nous manquons de personnel qualifié. Il y a là quelque chose qui ne va pas. Si nous ne gérons pas l’immigration de manière qu’elle serve nos intérêts, nous ne sortirons jamais de ce cercle vicieux. L’immigration, c’est comme l’eau: si nous pouvons l’utiliser au compte-gouttes pour arroser nos fleurs, tout va bien. Mais si des trombes d’eau s’abattent, cela fait de gros dégâts.

Sans immigration, nous ne pourrons pas maintenir la prospérité.
Nous exigeons la qualité, pas la quantité! S’il manque des spécialistes, il faut en faire venir. Cela ne me pose aucun problème. Mais le fait est que nous n’avons vraiment besoin que d’un cinquième des personnes qui arrivent sur notre territoire. Et en même temps, il y a des dizaines de milliers de chômeurs en Suisse.

Les gens ne viennent que s’ils ont un contrat de travail.
Comment est-il alors possible qu’une année où 80’000 personnes supplémentaires arrivent en Suisse, il y ait encore une pénurie de main-d’œuvre qualifiée? Un tiers des arrivants vient du regroupement familial. Ces personnes ne travaillent pas, mais font appel à des infrastructures et à des services.

L’UDC veut-elle interdire le regroupement familial?
Il doit être pris en compte dans le calcul, sinon ce n’est tout simplement pas honnête. Ces personnes ont besoin de médecins, d’écoles, de routes, de trains. Je persiste à dire que plus d’immigration signifie moins de prospérité. Sinon, nous n’aurions pas de pénurie de main-d’œuvre qualifiée.

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L’UDC met en garde contre le désordre qui peut résulter de l’asile mais fait tout pour que cela se produise. Aujourd’hui déjà, il manque des places pour les réfugiés. Malgré cela, vous avez, avec le Centre et le PLR, empêché la construction de centres d’asile.
Le système d’asile européen est un échec. Des centaines de milliers de jeunes hommes arrivent en Europe grâce à des passeurs. A présent, les Suisses devraient payer 130 millions pour construire des abris pour les réfugiés? Non merci!

Les problèmes de répartition des réfugiés en Europe ne changent rien au fait que les gens sont là et ont besoin d’un logement.
Nous avons toujours dit que nous devions contrôler nous-mêmes nos frontières. Mais on a persuadé la population que ce n’était pas nécessaire, l’UE protégerait ses frontières extérieures, ce qui protégerait aussi la Suisse. Nous le constatons aujourd’hui. Ce n’est pas vrai.

Que proposez-vous?
La Grande-Bretagne a conclu un accord pour expulser au Rwanda les demandeurs d’asile entrés illégalement. La Suisse devrait faire de même.

La Suisse devrait donc s’exonérer de sa responsabilité et renvoyer ces personnes en Afrique.
Il est au contraire irresponsable de continuer comme si de rien n’était. Nous permettons ainsi les pratiques des trafiquants d’êtres humains qui sont des criminels et acceptons la mort de migrants en quête d’asile.

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Jusqu’à présent, l’UDC ne s’est pas souciée du sort des réfugiés. Vous êtes également contre une aide accrue sur place.
Nous dépensons chaque année trois milliards de francs pour l’aide au développement et quatre milliards dans le domaine de l’asile. C’est plus que ce que nous dépensons pour l’agriculture, à savoir 3,7 milliards. Ce ne sont pas les bonnes priorités. Et il y a un tourisme de l’asile: ces gens ne cherchent pas la protection, mais le pays qui offre les meilleures prestations sociales. Ils traversent de nombreux pays sûrs pour venir en Suisse.

Outre l’immigration, l’UDC fait également de l’étoile de genre ou astérisque utilisé par l’écriture épicène (ndlr: comme dans «travailleur*euses», par exemple) un thème de campagne. Qu’est-ce qui vous dérange tant dans ce symbole?
Ce débat sur le genre est un thème importé d’ailleurs. Mais le fait est que de nombreux citoyens ont le sentiment de ne plus pouvoir dire ce qu’ils pensent.

L’UDC est le plus grand parti du pays. Ses représentants peuvent dire ce qu’ils pensent.
Il y a des hommes et des femmes, c’est un fait biologique. Une minuscule minorité prétend le contraire. Organiser une journée pour parler du genre alors que 25% des élèves ne savent pas lire correctement n’est pas la priorité.

Tenir compte des minorités est pourtant très suisse.
Aujourd’hui, la minorité veut imposer à la majorité comment elle doit parler.

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Personne n’ordonne à l’UDC d’utiliser l’écriture épicène.
Si! Dans la ville de Zurich, l’administration a introduit l’étoile de genre dans tous les documents officiels. Je suis heureux que la conseillère municipale UDC Susanne Brunner ait déposé une initiative contre cela.

Selon les sondages, l’UDC devrait progresser lors des élections de cet automne. Si cela est le cas, resterez-vous président du parti?
Tant mieux si les sondages prédisent ceci. J’ai du plaisir à exercer cette fonction, nous avons une bonne équipe. Nous verrons ce qu’il en sera après les élections.

Quant à la succession d’Alain Berset: l’UDC serait-il en faveur d’une candidate verte?
Nous sommes favorables à la concordance. Les quatre plus grands partis doivent être représentés au Conseil fédéral en fonction de leur force électorale. Ce n’est pas le cas des Verts. Je ne vois pas vraiment de raison de récompenser cela par un siège au Conseil fédéral.

Pour changer de sujet: combien de fois par an empruntez-vous le tunnel du Gothard?
(Rires) Très, très souvent. Je passe au moins 200 fois par an de la Suisse alémanique à la Suisse romande.

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Un péage vous coûterait cher.
J’utilise le train. Mais les embouteillages devant le tunnel du Gothard ne sont pas nouveaux. La proposition du Centre, des Vert’libéraux et du PLR exige que tout le monde paie. Même les Suisses et les Suissesses. Je ne suis pas d’accord avec cela.

Pourquoi?
Les Suisses paient déjà les taxes de circulation, la plaque d’immatriculation et la vignette. Les Allemands ou les Hollandais qui se rendent en Méditerranée n’ont besoin que de la vignette à 40 francs. Si vous allez seulement de Lugano à Gênes, cela vous coûtera plus cher.

Mais la plupart des personnes qui sont devant le Gothard un Vendredi saint sont suisses.
Exactement. Des Suisses qui ont déjà payé l’infrastructure. Pourquoi ne pourraient-ils pas utiliser librement le tunnel?

Il y a donc trop de personnes qui viennent, mais pas les bonnes?
(Rires) Dans ce cas-là aussi.

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Sur un autre sujet: la guerre en Ukraine se poursuit. Pourtant, vous vous opposez à ce que des pays comme l’Allemagne livrent des armes suisses à l’Ukraine. Vous aidez ainsi la Russie.
Pas du tout! En tant que pays neutre, nous pouvons offrir nos bons services et fournir une aide humanitaire. Mais si nous autorisons de telles livraisons d’armes, nous prenons position pour un belligérant. Ce n’est pas compatible avec la neutralité.

Il ne s’agit pas seulement de la réexportation d’armes. L’UDC ne veut même pas livrer les chars inutilisés à l’Allemagne.
Nous avons besoin de ces chars en Suisse. De plus, les milieux qui veulent absolument assouplir la loi sur le matériel de guerre sont les mêmes qui l’ont durcie il y a deux ans. Ces personnes ne sont pas du tout crédibles.

Il y a deux ans, le monde était différent.
Mais nos valeurs restent les mêmes.

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