Le commentaire de Blick sur l'élection au Conseil d'État
Pourquoi l’élection de Valérie Dittli ne fait pas rêver

C'est la surprise du chef: grâce au jeu des alliances, une Zougoise de 29 ans sans appareil de parti fait entrer Le Centre au gouvernement vaudois. Une belle histoire dominicale qui ne saurait masquer la faiblesse de la campagne dans les deux camps.
Publié: 10.04.2022 à 19:20 heures
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Dernière mise à jour: 11.04.2022 à 08:07 heures
Valérie Dittli a parfaitement su profiter d'un incroyable alignement de planètes. Elle est récompensée avec un siège au gouvernement vaudois.
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Adrien SchnarrenbergerJournaliste Blick

Oberägeri figurait déjà dans les livres d’histoire suisse pour avoir été le théâtre de la bataille de Morgarten. En «offrant» aux Vaudois une conseillère d'État, cette bourgade zougoise de 5000 âmes entre par la grande porte dans la vie politique du plus grand canton romand.

L’exploit de Valérie Dittli est immense. Pendant que sa soeur Laura brigue le gouvernement de son canton d’origine, la juriste de 29 ans a, elle, osé se présenter sous une bannière politique absente du Parlement, à l’autre bout du pays, dans un canton où l’on parle une langue qui n’est pas la sienne.

Les générations d’écoliers vaudois incapables de commander du pain à Zurich après une décennie de cours d'allemand mesurent la prouesse. Cesla Amarelle aussi. Éjectée du gouvernement par ce qui est un nouveau camouflet pour un PS toujours plus éloigné de sa base, la sortante est renvoyée en même temps que son école du futur. Un projet qui a mis suffisamment en rogne les enseignants pour se prendre une veste sur une liste donnée gagnante d’avance. Autre performance du jour.

Valérie Dittli mérite sa chance, ne serait-ce que parce qu’elle a osé y croire, ce que n’ont pas fait les Vert’libéraux. Racontée ainsi, l’histoire est belle. Mais la réalité est un peu différente. L’accession au gouvernement d’une inconnue sans appareil de parti et surtout sans expérience est aussi équivoque que la participation restée scotchée largement sous les 40% malgré une opération (ratée) à 200’000 francs.

Où est passée l'ambition?

On pourrait pointer du doigt les abstentionnistes. À celles et ceux qui ont justifié à Blick ce dimanche pourquoi ils n'avaient pas fait usage de leurs droits démocratiques, on devrait leur dire que boycotter un scrutin est irresponsable à l’heure où le monde libre est attaqué en Europe. Mais non. Chérir la démocratie n'empêche pas de déplorer la pauvreté crasse de cette campagne.

Où est passée l’ambition politique? Alors qu'un scrutin majoritaire devrait être une bataille de profils, d'idées, de visions, les électeurs n'ont pas eu le droit de rêver. Pire, ils en ont été quittes avec des listes «prêtes-à-voter», le tue-l'amour de la démocratie. Des candidats aux colorations politiques aussi diverses que «pro-Union européenne» et «anti-Schengen» dans une alliance? Peu importe, tant qu'ils partagent le même code couleur sur l'affiche à placarder partout.

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Avec sa stratégie «multipack» déjà gagnante à Fribourg et à Berne, voilà que la droite bat la gauche sur son propre terrain. Le fait que l'UDC préfère voir le basculement de majorité plutôt que les ratures de son candidat préfigure une nouvelle réalité électorale à long terme. Et tant pis pour les programmes.

Vous voulez utiliser Smartvote pour faire votre propre menu plutôt que ces «formules» toutes faites pour électeur pressé? Pas de chance: sur les six élus du jour, quatre n’ont pas rempli leur profil parce que l’outil «manque de nuance». Ce qui ne les a pas empêchés de perdre leur temps dans des vidéos TikTok ou dans des marchés où ils ne mettront plus les pieds avant la prochaine échéance électorale.


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