Des commandants de police s'expriment
«Les délinquants savent qu'ils n'ont presque rien à craindre»

Les dernières statistiques de la criminalité le montrent: les vols augmentent en Suisse, et surtout les vols de véhicules. Pour plusieurs commandants de police, le profil des auteurs ne fait aucun doute: «des adolescents et des jeunes adultes originaires du Maghreb».
Publié: 26.03.2024 à 16:49 heures
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Dernière mise à jour: 26.03.2024 à 16:53 heures
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Dans les statistiques de la criminalité pour l'année 2023 publiées lundi, un chiffre précis attire l'attention: + 71,4% de vols de valeur dans un véhicule. Au total, cela représente 18'192 délits.
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Nicolas Lurati

Les criminels qui volent des objets dans les voitures sont sous le feu de la rampe. En effet, les statistiques criminelles publiées lundi pour l'année 2023 sont frappantes: les vols de véhicules ont augmenté de 71,4%. Le chiffre absolu: 18'192 délits. Interrogé par Blick, Mark Burkhard, président de la Conférence des commandants des polices cantonales de Suisse (CCPCS), précise: «Ce sont en premier lieu des adolescents et des jeunes adultes originaires des pays du Maghreb qui se cachent derrière les vols à l'intérieur ou à l'extérieur des véhicules.» C'est-à-dire l'Algérie, le Maroc et la Tunisie.

Dans le canton de Berne, ce chiffre a même doublé. Et ici aussi: les malfrats sont en grande partie originaires des pays du Maghreb, comme l'indique la police cantonale bernoise dans un communiqué. La part des Maghrébins est particulièrement élevée dans les délits visant le patrimoine – une évolution à l'échelle de la Suisse.

Policiers régulièrement agressés

Le problème: «Les délinquants savent qu'ils n'ont presque rien à craindre.» C'est ce qu'affirme Christian Brenzikofer, commandant de la police cantonale bernoise. En conséquence, ils n'hésiteraient pas à menacer et à attaquer les policiers. Mark Burkhard, commandant de la police de Bâle-Campagne, déclare à ce sujet: «Comme il s'agit de délits mineurs, nous arrêtons certes un grand nombre de personnes. Celles-ci sont ensuite entendues par la police, mais elles sont remises en liberté après quelques heures.» Une situation qui ne le satisfait guère: «Les délits ne suffisent pas pour que les personnes soient placées en détention. Les délinquants sont conscients de cet état de fait.»

Les délinquants originaires du Maghreb poseraient également des problèmes dans le canton de Zurich. Lors d'une conférence de presse lundi matin, le conseiller d'Etat zurichois en charge de la sécurité Mario Fehr a abordé un chapitre intitulé «Criminalité due à la population d'asile et aux touristes criminels». Selon lui, la criminalité a nettement augmenté – une hausse de 21,6% par rapport à l'année précédente. Mario Fehr parle du «top cinq des nationalités». En tête de liste, les délinquants originaires d'Algérie. L'explication: «Il s'agit presque exclusivement de demandeurs d'asile déboutés.» Le taux de criminalité chez eux est horriblement élevé: 91%.

L'Algérie est suivie par la Roumanie. Pour le conseiller d'Etat, les délinquants roumains «sont avant tout des touristes criminels». Mario Fehr parle à leur propos de «vols avec effraction en série».

Des Roms avec de faux passeports ukrainiens?

Les Marocains occupent la troisième place de ce classement statistique des délinquants par nationalité. Pour ce qui est de la quatrième, Mario Fehr semble surpris: «les Ukrainiens nous suprennent et constituent un phénomène nouveau». Ils commettraient par exemple des vols à l'étalage. «Mais aussi des blessures corporelles et de la violence dans l'environnement domestique», souligne le conseiller d'Etat. Selon lui, la migration en provenance d'Ukraine a changé. «Durant les deux premières années de la guerre, ce sont surtout des femmes et des enfants qui sont arrivés – et très peu d'hommes. Entre-temps, nous avons une part croissante de Roms dans la population ukrainienne.» Le Secrétariat d'État aux migrations s'est penché davantage sur ces données. «Notamment pour savoir s'il s'agit vraiment d'Ukrainiens – ou s'il s'agit simplement de faux passeports.» Les délinquants d'Afghanistan arrivent quant à eux en cinquième position.

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Le canton d'Argovie s'est également exprimé lundi. Dans un communiqué de presse, les autorités font aussi état d'une quantité importante de vols dans les voitures. Les chiffres ont même explosé: une augmentation de 126%. Mark Burkhard, président de la CCPCS, explique à propos de ce phénomène qui touche toute la Suisse: «Pour une grande partie des délits, il ne s'agit pas d'effractions de véhicules, mais de vols dans des véhicules.» En d'autres termes: «Les véhicules n'étaient pas fermés à clé. C'est aussi une question de responsabilité personnelle du propriétaire du véhicule.»

Selon lui, il existe des conseils simples pour minimiser les risques. «Ne laissez pas d'objets de valeur visibles dans le véhicule, ne laissez pas non plus de papiers d'identité, de cartes bancaires ou de crédit, ni les clés de la maison dans le véhicule. De plus, vous devriez toujours fermer votre véhicule à clé, même dans un garage.»

Le commandant de la police exige un échange de données

Alors que certains malfaiteurs se contentent du contenu de la voiture, d'autres veulent carrément voler des véhicules entiers – souvent des vélos. Dans cette catégorie, il y a eu une augmentation de 17,5%. Les cambriolages et les vols par effraction ont également vu leur proportion augmenter de 15,9%. Mark Burkhard explique à ce sujet: «Pour les vols par intrusion, ce sont d'autres groupes d'auteurs qui sont concernés. Il s'agit en général de groupes originaires d'Europe de l'Est.» Explication: si un voleur force une porte ou casse une vitre et qu'il vole quelque chose, il commet un cambriolage. S'il vole quelque chose sans utiliser la force – par exemple si une porte ou une fenêtre est ouverte – on parle de vol par intrusion.

En principe, Mark Burkhard demande un échange national de données entre les différents corps de police de Suisse pour lutter contre les vols, notamment dans les véhicules. «Le vol à l'intérieur ou à l'extérieur d'un véhicule est un délit mineur. Le coupable reçoit tout au plus une ordonnance pénale, si tant est qu'il en reçoive une», explique le plus haut commandant de police de Suisse. «Mais si le prévenu a commis d'autres délits dans d'autres cantons et que nous pouvons identifier et mettre en évidence les liens, nous sommes dans un tout autre segment, y compris en termes de peine. Dans ce cas, la probabilité que cette personne puisse être placée en détention provisoire est nettement plus élevée.

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