Fragile, l'alliance de la droite vaudoise?
Kevin Grangier vole au secours de la candidate du Centre au Conseil d'Etat

Président de l'UDC Vaud, Kevin Grangier veut rassurer l'électorat de droite et réaffirme son soutien à Valérie Dittli, candidate du Centre au Conseil d'Etat. La campagne pour les élections de mars s'annonce des plus musclées. Interview.
Publié: 11.01.2022 à 17:21 heures
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Dernière mise à jour: 17.01.2022 à 14:43 heures
Kevin Grangier, président de l'UDC Vaud, tient à renforcer l'unité de la droite dans le canton.
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Antoine HürlimannResponsable du pôle News et Enquêtes

Président de l’Union démocratique du centre (UDC) Vaud, Kevin Grangier veut réagir. Ce lundi, Valérie Dittli, candidate du Centre vaudois au Conseil d’Etat en vue des élections de mars, a jeté un pavé dans la mare. Elle a refusé de dire à Blick si son allié agrarien Michaël Buffat serait un bon conseiller d’Etat. Peut-être pire, elle ne s’est pas mouillée davantage lorsque nous lui avons demandé avec qui elle préférerait siéger: le candidat écologiste Vassilis Venizelos ou le conseiller national conservateur?

L’alliance bourgeoise — qui rassemble le Centre, le parti libéral-radical (PLR) et l’UDC — est visiblement moins unie qu’elle veut bien le dire. Kevin Grangier, lui, tente d’éteindre le début d’incendie et veut souder les troupes. Il réaffirme son soutien à Valérie Dittli et attaque la gauche majoritaire. Cet écran de fumée sauvera-t-il les apparences? Interview.

Kevin Grangier, le timide soutien exprimé par Valérie Dittli envers votre poulain Michaël Buffat vous a heurté. Pourquoi?
Je vais vous répéter exactement ce que j’ai dit lorsque j’ai commencé les discussions avec le PLR et le Centre pour créer cette grande alliance: la droite est plurielle. Au risque d’être un peu caricatural, permettez-moi de dire qu’elle est libérale avec le PLR, écologiste avec les Vert’libéraux, familiale avec le Centre et populaire avec l’UDC. Si la droite veut gagner, et c’est son ambition, il faut qu’elle additionne sa pluralité. C’est comme cela qu’elle y parviendra et pas autrement.

Vous ne regrettez donc pas les divergences politiques exprimées par votre alliée et le fait qu’elle ne tranche pas entre le candidat vert et le vôtre?
Nous aurions pu décider de ne pas accepter nos complémentarités et d’aseptiser toutes nos propositions. Mais ce n’est pas l’absence de projet et de nuances qui permet de gagner. Je ne demanderai jamais au Centre d’épouser le programme de l’UDC. À l’inverse, je ne souhaite pas que quelqu’un me demande d’adhérer au programme du Centre. Mais nous devons être unis pour réussir ce qui est attendu et espéré de nous.

C’est-à-dire?
Je suis convaincu — et de très loin — que la majorité des gens a envie de mettre fin à la politique punitive de la gauche. C’est une politique qui est à la fois confiscatoire en matière fiscale — nous sommes l’un des pires cantons du pays pour les personnes physiques — et chicanière. On le voit bien avec la manière dont cette majorité méprise les automobilistes.

Ce n’est pas véritablement ce qu’ont montré les dernières élections communales: la gauche a triomphé dans les grandes villes vaudoises…
Mais là où la droite était unie, la droite a gagné. Et d’autres choses se sont passées depuis. Le refus par les Suisses de la loi CO2, par exemple. Vous savez, la gauche voit les glaciers fondre et dit: 'Vite, moralisons les gens et taxons-les!' Soit. Mais moi, je ne vois aucun lien de cause à effet. Et la population ne veut pas des vieilles méthodes marxistes qui consistent à se servir dans le porte-monnaie des gens pour relever les défis d’aujourd’hui.

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Les Vaudoises et Vaudois avaient accepté la loi CO2. Mais puisque vous parlez d’écologie, allons-y. Cela vous fait quoi de lire que Valérie Dittli fait de cette thématique sa priorité?
Les Vaudoises et Vaudois ont voté non à 47% alors que l’UDC était seule contre tous. J’aurais signé pour ce résultat tout de suite. Mais je suis content qu’elle vienne sur ce terrain-là! La préservation de l’environnement est d’ailleurs aussi une priorité pour l’UDC. Mais on m’excusera de ne pas considérer que le traitement à base de taxes que les Verts veulent imposer au patient est le meilleur. Personne ne conteste le diagnostic du changement climatique. Au sein de l’UDC vaudoise, nos agriculteurs sont aux premières loges et le disent depuis longtemps. Ils n’ont pas attendu Greta Thunberg pour en prendre conscience. J’invite donc nos partenaires de la droite plurielle à ne pas confondre diagnostic et traitement à base de taxes que la gauche veut imposer.

Que faudrait-il faire, alors?
À l’UDC, nous n’avons pas de dogme et sommes 100% libres. Il nous paraît impossible de parler sérieusement d’écologie sans parler de démographie, ce que la gauche — notamment les socialistes qui se drapent aujourd’hui de vert et de vertus — refuse de faire par idéologie. Depuis vingt ans, on bétonne comme jamais on n’a bétonné avant dans l’histoire de notre canton. Avec la population qui augmente, les besoins font de même. C’est la réalité! Et il faut aussi parler du nucléaire qui est indispensable, car comme le dit le GIEC…

Désolé de vous interrompre mais vous n’allez quand même pas essayer de nous faire croire que l’UDC est sur la même ligne que le GIEC?
Le GIEC propose évidemment un certain nombre de mesures étatistes et très restrictives auxquelles je ne crois pas mais je ne revendique pas, comme le fait la gauche, me référer au GIEC tous azimuts. Or, en refusant même d’évoquer le nucléaire, la gauche fait la démonstration de ses dogmes fermés et de son imposture: elle invoque le GIEC quand ça l’arrange uniquement.

Revenons au Centre Vaud. Malgré la frilosité affichée, qu’est-ce qui rapproche ce parti du vôtre?
Ce qui unit la droite élargie, c’est la liberté et la responsabilité. L’un va toujours avec l’autre. Alors que la vision de gauche, justement, c’est d’infantiliser les gens avec l’Etat-nounou. On moralise les gens, on chicane les automobilistes, on confisque les revenus par une fiscalité punitive, on leur retire leur liberté de penser et d’agir, et on estime finalement qu’ils ne sont plus capables de décider ce qui est bon pour eux. Notre alliance, c’est tout l’inverse.

Mais quand une de vos alliées estime qu’elle n’a pas à se prononcer sur la qualité de votre candidat, c’est que l’alliance bourgeoise bat d’ores et déjà de l’aile, non?
Elle n’a effectivement pas à se prononcer sur la qualité de notre candidat, comme nous n’avons pas à nous prononcer sur la qualité des candidats des autres partis. Nous respectons le fait que chaque parti détermine son ou ses candidats.

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C’est de la langue de bois...
(Rires) Notre alliance ne serait pas une alliance crédible si elle niait aux membres des partis le droit de choisir leur candidat respectif. Vous savez, cette alliance est inédite dans la configuration actuelle et donc toute neuve. Elle démontre que les dialogues ont été suffisamment loin pour que les partis de droite admettent qu’ils avaient davantage de points communs que de divergences. Et qu’ensemble, nous devons tolérer l’identité partisane de l’autre. C’est clair que dans mon parti certains se disent que le Centre est très à gauche et que dans d’autres partis on dit que l’UDC est trop à droite. Mais moi, je respecte cette formation et je lui reconnais — comme aux Vert’libéraux et au PLR d’ailleurs — son importance et son droit d’exister selon son identité. Les cinq candidats de l’alliance se sont tous réunis autour d’une table et ont tous souhaité s’engager dans la démarche qui est la nôtre. J’ai vu en Valérie Dittli une jeune femme déterminée à faire tomber la majorité de gauche, pour le bien des Vaudoises et des Vaudois. Le reste ne m’intéresse pas.

Donc rien n’a changé? Vous préférez toujours Valérie Dittli à l’écologiste Vassilis Venizelos pour siéger aux côtés de Michaël Buffat?
Bien évidemment! Elle a mon plein soutien. Mais votre question est trop facile. Je préfère n’importe quel candidat de droite à Vassilis Venizelos (rires).

Et entre Valérie Dittli et une autre candidature centriste, par exemple du côté des Vert’libéraux?
Donnez-moi des noms!

Et bien ceux des trois candidats annoncés: Graziella Schaller, Jerome de Benedictis et Cloé Pointet.
Toujours Valérie Dittli. Elle est avec nous depuis le début. Il faudra cependant voir la situation au second tour. Je ne serai pas malheureux si les Vert’libéraux s’en sortent bien en piquant un siège à gauche.

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Ce sont des réponses pour la presse, ou direz-vous la même chose à vos électrices et électeurs qui vous demanderont sur les marchés pour qui il faut voter?
(Rires) Je ne dis pas une chose à la presse et l’inverse aux citoyens que je rencontre. Si tel était le cas, vous seriez tout de suite au courant. Il est impossible d’avoir un double discours sans se faire pincer. La droite doit avancer unie, c’est mon seul propos.

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