Alain Berset sur son avenir
«J'ai besoin de me reposer. Je n'ai pas encore réfléchi à la suite»

A la fin de l'année, Alain Berset quittera son poste de conseiller fédéral. A l'occasion de son passage à Locarno, il revient sur les nombreuses crises qu'il a traversées et ses perspectives pour la fin de son mandat. Interview.
Publié: 06.08.2023 à 09:28 heures
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Dernière mise à jour: 06.08.2023 à 12:24 heures
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Le conseiller fédéral Alain Berset revient avec Blick sur les nombreuses crises qu'il a traversées: pandémie de Covid-19, guerre en Ukraine, rachat de Credit Suisse...
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Raphael Rauch

Le conseiller fédéral socialiste Alain Berset, 51 ans, a traversé une période de turbulences ces dernières années. La pandémie de Covid-19 a mis le ministre de la Santé à rude épreuve. Sans compter sa bévue aérienne – lorsqu’il a été contraint de faire atterrir l’avion qu’il pilotait alors qu’il volait dans une zone militaire française interdite. Et bien sûr l’affaire des Corona Leaks, dans le cadre de laquelle son ex-chef de la communication, Peter Lauener, est accusé d’avoir systématiquement transmis des informations à Marc Walder, CEO de Ringier, pendant la pandémie.

Mais c’est dans un contexte bien plus détendu que Blick a rencontré le conseiller fédéral au Festival du film de Locarno pour une interview.

Alain Berset, l’année dernière, vous avez fait face à des scandales en série. Tous ces gros titres négatifs vous passent-ils au-dessus de la tête?
Non, mais rendez-vous en bien compte: la pandémie de Covid-19 a été brutale. J’ai été traité de dictateur, des menaces de mort ont été proférées contre ma famille. Ma tolérance face aux situations difficiles s’est développée.

Aujourd’hui, vous vous détendez à Locarno. Mais il n’y a pas que le cinéma qui repose sur la mise en scène, la politique le fait également. Comment vous êtes-vous préparé à des apparitions importantes, comme votre première séance au Conseil de sécurité de l’ONU ou la conférence de presse sur le rachat de Credit Suisse?
J’ai pu bien préparer la séance au Conseil de sécurité, elle était fixée depuis longtemps. J’ai visité en amont plusieurs pays africains inscrits à l’agenda du Conseil de sécurité et j’ai eu de nombreuses discussions. Le cas de Credit Suisse était totalement différent. Quatre ou cinq jours avant, il n’était pas évident qu’un tel événement allait se produire. Se préparer signifie ici réfléchir à des messages clairs. Que sait-on? Que ne sait-on pas?

Dès l’année prochaine, les fournisseurs de services de streaming comme Netflix devront investir 4% de leur chiffre d’affaires en Suisse dans des productions cinématographiques locales. Est-ce que cela va servir de booster pour le cinéma suisse?
Regardez la série espagnole «La casa de papel», qui est devenue un succès mondial grâce à Netflix. Je souhaite qu’une série Netflix suisse voie le jour.

Avec quelle matière?
C’est l’affaire des spécialistes. J’espère vraiment que l’on ne misera pas sur des clichés.

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Pourquoi la Suisse n’a-t-elle pas encore produit de succès mondial malgré le soutien public, comme par exemple le Danemark avec la série «Borgen»?
Attendons de voir ce que donne la Lex Netflix. Ses fruits ne seront récoltés que dans quelques années. Un succès mondial n’est toutefois pas un critère. Certains films coûtent 300 millions – c’est-à-dire davantage pour une seule production que ce que l’encouragement du cinéma suisse a dépensé pendant des années. En Suisse, il existe différentes catégories et une grande diversité. Nous pouvons en être fiers.

Le Conseil fédéral veut renforcer les échanges linguistiques. Pourquoi préfériez-vous le grec ancien à l’allemand lorsque vous étiez à l’école?
Lorsque j’étais au collège, c’est-à-dire entre 16 et 19 ans, j’avais horreur de l’allemand. Mais pour être honnête, ce qui a influencé ma décision est aussi la manière dont les notes étaient calculées: si l’on faisait du latin et du grec ancien jusqu’à la maturité, alors l’allemand ne comptait que pour un seul point dans la note finale, et non pour le double.

Cela vous dérange-t-il que les jeunes Suisses échangent parfois en anglais et non dans une langue nationale?
Pour la Suisse, l’apprentissage des langues nationales est important. C’est pourquoi nous renforçons les échanges linguistiques. Il y a dix ans, nous n’avions pas pris un bon départ: il y avait des problèmes d’organisation. Désormais, nous sommes sur la bonne voie. Chaque élève a la possibilité d’aller dans une autre région pendant sa scolarité. Pour mes enfants, cela a bien fonctionné.

En référence à la guerre en Ukraine, vous aviez dit ressentir une «frénésie guerrière dans certains cercles» dans la «NZZ am Sonntag» (ndlr: en allemand, «ich spüre heute in gewissen Kreisen einen Kriegsrausch»). Quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette déclaration?
J’avais sous-estimé l’impact de cette expression en allemand. J’ai parlé de «l’ivresse de la guerre» en français, ce qui n’a pas suscité de réactions en Suisse romande. J’ai précisé par la suite que le terme alémanique était mal choisi.

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Pourquoi la paix se fait-elle attendre en Ukraine?
Ma position a toujours été claire: avec cette attaque, la Russie a violé de manière flagrante le droit international fondamental. Nous devons trouver une solution pour que les hostilités cessent. La Russie doit accepter le droit international et se retirer immédiatement d’Ukraine. En tant que membre du Conseil de sécurité de l’ONU, la Russie a une responsabilité particulière.

En tant que président de la Confédération, pouvez-vous encore mettre l’accent sur le sujet d’ici la fin de l’année?
La Russie a un droit de veto, c’est pourquoi il ne faut pas s’attendre à une solution au Conseil de sécurité de l’ONU. Il est donc d’autant plus important de rester solidaire avec l’Ukraine. La Confédération a décidé d’apporter un soutien financier conséquent à la reconstruction de l’Ukraine. En parallèle, nous ne devons pas oublier les autres crises dans le monde. En tant que président de la Confédération, je me suis rendu cette année au Mozambique, au Botswana et en République démocratique du Congo. La solidarité ne concerne pas seulement le continent européen, nous devons aussi voir plus loin.

Parlons encore de votre selfie de vacances – avec barbe hirsute – publiée sur Instagram.
Je suis très surpris par les nombreuses réactions. Je poste régulièrement des photos de mon travail ou de mes voyages en Afrique pour préparer le Conseil de sécurité, mais un intérêt de cette ampleur est rare.

Comment se sont passées ces vacances, sachant que tout sera différent pour vous l’année prochaine?
C’est la première fois depuis 2019, donc avant la pandémie, que des vacances étaient envisageables pour moi. C’est peut-être pour cela que j’ai pu mieux déconnecter. J’ai beaucoup de crises derrière moi. La pandémie est terminée, nous avons eu le rachat de Credit Suisse par l’UBS. C’est une année électorale, on sent une certaine effervescence. Et la Suisse est désormais membre du Conseil de sécurité.

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Quels plans de carrière avez-vous élaborés pendant vos vacances?
Aucun. En tant que président de la Confédération, j’ai une responsabilité particulière et je donnerai tout jusqu’au bout. Au début de l’année prochaine, j’aurai besoin de me reposer un peu. Et ensuite, nous verrons.

Que verrons-nous?
Je n’y ai encore pas vraiment réfléchi. C’est trop tôt. S’il y a quelque chose à signaler, je le ferai. Je ne peux pas inventer quelque chose sur le moment parce que vous avez posé la question.

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