Accusation américaines
«La Suisse est l'auxiliaire de Poutine»

Une commission indépendante du gouvernement des États-Unis affirme que la Suisse est un havre de paix pour Vladimir Poutine et les oligarques du Kremlin. Le président de la Confédération, Ignazio Cassis, est indigné par ces accusations.
Publié: 06.05.2022 à 12:34 heures
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Dernière mise à jour: 06.05.2022 à 16:27 heures
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La Suisse - et sa place financière - sont attaquées par le panel américain dit Commission d'Helsinki, qui les considère comme des «auxiliaires de Poutine».

Le président russe, Vladimir Poutine, et son cercle d’oligarques fortunés sont tombés en disgrâce – sauf sur la place financière suisse. C’est du moins l’avis de la Commission d’Helsinki, un organe indépendant du gouvernement américain.

Lors d’un briefing jeudi après-midi, la commission a reproché à la Suisse d’être un havre de paix pour les maîtres du Kremlin: «La Suisse est connue depuis longtemps comme un pays de destination pour les criminels de guerre et les kleptocrates qui y cachent leur butin.»

«Il y a quelque chose de pourri en Suisse»

Lors de ce briefing de plus d’une heure, la Suisse a été présentée comme «l’auxiliaire de Poutine» et le paradis du blanchiment d’argent. Par le passé, la place financière suisse a déjà été vivement critiquée pour des raisons diverses et variées. Mais le ton venant des États-Unis est encore plus virulent: il est reproché à la Suisse de s'être laissée corrompre par Vladimir Poutine. «Il y a quelque chose de pourri en Suisse», a déclaré Bill Browder.

Des parlementaires américains, des représentants du gouvernement ainsi que des experts indépendants siègent à la Commission d’Helsinki. Parmi eux, l’expert suisse en matière de corruption, Mark Pieth.

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Selon ce dernier, la loi suisse en matière de blanchiment d'argent présente de nombreuses failles. Les avocats ne sont par exemple pas soumis à un devoir de diligence particulier dans le domaine du blanchiment, comme l'explique Mark Pieth dans une interview à la SRF: «Le problème, c’est que les oligarques ont des fonds en Suisse. Mais nous ne les trouvons pas parce qu’ils sont cachés derrière des sociétés dites 'boîtes aux lettres' et des comptes dans des lieux offshore. Cela signifie que seuls certains avocats ou avocates spécialisés savent vraiment qui sont les ayants droit économiques. Mais ils n'ont aucune obligation de fournir ces informations à la Confédération.»

Ignazio Cassis surpris et indigné

L'expert suisse demande que des mesures soient prises. Selon lui, ne pas réviser la loi sur les avocats et le blanchiment d'argent était une erreur - une révision dans ce sens avait été discutée en 2021, mais rejetée par la suite. Il propose que les autorités américaines agissent directement contre les avocats suisses qui enfreignent les sanctions de Washington pour le compte de leurs clients russes.

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La Berne fédérale se montre surprise et indignée par les reproches de la Commission d’Helsinki: le ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, a rejeté avec la plus grande fermeté ces reproches, a déclaré le porte-parole du Conseil fédéral, André Simonazzi.

Les accusations des États-Unis à l’encontre de la Suisse suscitent également l’émoi dans le monde politique. La coprésidente du PS, Mattea Meyer, a tweeté: «Que faut-il de plus pour que les responsables politiques suisses cessent enfin d’adopter l’attitude 'tant que l’argent roule, on détourne le regard'?»

Dans le «Tages-Anzeiger», le conseiller national radical Hans-Peter Portmann, vice-président de la commission de politique extérieure du Conseil national, remet en question la légitimité de la Commission Helsinki. Selon lui, les activités et rapports de l'organe indépendant américain n’ont pas de répercussions internationales. Il soupçonne plutôt la commission de vouloir promouvoir des intérêts économiques américains en dénigrant la place financière suisse.

Les faits tendent à lui donner raison: seules 250 personnes ont suivi le briefing de jeudi. Quant aux médias américains, ils n'ont en pas parlé.

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(Adaptation par Quentin Durig, avec ATS)

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