«Vous avez bientôt fini?»
Face à Trump, le juge est déterminé à dicter le tempo du procès

En plein processus de recrutement du jury, le juge Juan Merchan, qui dirige le procès de Donald Trump, est déterminé à rythmer l'affaire et faire respecter les règles du droit.
Publié: 18.04.2024 à 12:38 heures
Sept jurés ont été constitués par le juge Juan Merchan au deuxième jour du procès pénal de l'ancien président, qui doit répondre de 34 chefs d'accusation pour falsification de documents commerciaux dans la première de ses affaires pénales à faire l'objet d'un procès.

Sa mise impeccable, sa courtoisie et son ton posé ne trompent personne: le juge Juan Merchan, qui dirige les débats au procès de Donald Trump à New York, compte bien faire respecter les règles de droit à tous les protagonistes.

A plusieurs reprises, depuis le début du procès lundi, ce natif de Bogota, capitale de la Colombie, mais qui a grandi dans le quartier new-yorkais du Queens, a tenu à présenter ses excuses aux potentiels jurés pour le temps qu'ils ont passé à attendre ou les retards sur les horaires prévus. Réputé particulièrement sourcilleux sur la ponctualité, le juge a ainsi morigéné les avocats de l'ex-président pour être revenus tardivement d'une pause.

«Vous avez bientôt fini?»

«Vous avez bientôt fini?», a-t-il lancé par la suite à une procureure qui achevait d'interroger les jurés pré-sélectionnés avant de consulter discrètement sa montre pendant les questions de la défense. Au point qu'à l'issue du deuxième jour, mardi, Donald Trump a accusé le juge de «précipiter le procès».

Après un démarrage poussif, sept des douze jurés requis ont finalement été sélectionnés en deux jours, ouvrant la perspective d'une constitution du jury dans la semaine et donc de l'ouverture des débats sur le fond dès lundi.

L'avocat conservateur farouchement anti-Trump George Conway a porté au crédit de Juan Merchan, diplômé de l'université Hofstra, près de New York, ce résultat encore considéré comme improbable il y a quelques jours.

Il souhaite accélérer le processus

«Le juge a accéléré le processus en demandant d'emblée à tout le monde 'si vous ne pouvez pas être impartial, levez la main'», ce qui a permis d'éliminer deux tiers des jurés potentiels sans autre formalité, a-t-il souligné mercredi sur la chaîne MSNBC.

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Une semaine avant le début du procès, le magistrat avait annoncé que les jurés potentiels qui se déclareraient incapables de se montrer impartiaux ou d'y assister jusqu'au bout seraient exemptés sans devoir fournir de justification.

«Je ne laisserai pas intimider des jurés dans mon tribunal»Juan Merchan, juge en charge du procès de Donald Trump

John Coffee, professeur à la faculté de droit de l'université de Columbia, se dit «surpris qu'ils aient déjà sélectionné sept jurés», y voyant une confirmation de «l'impression générale que le juge Juan Merchan est un juge qui ne s'en laisse pas conter et ne tolère ni perturbation ni retard». «Il fera partir les trains à l'heure, mais cela n'aura pas beaucoup d'incidence sur les déclarations de Trump aux médias hors du tribunal», explique-t-il à l'AFP.

Coup de semonce à Trump

S'agissant de faire régner l'ordre dans la salle d'audience, le magistrat a en tout cas élevé la voix mardi pour adresser un coup de semonce à Donald Trump. Il lui a reproché d'avoir «marmonné» quelques mots à l'une des jurées potentielles pendant qu'elle s'expliquait sur certaines de ses publications sur les réseaux sociaux.

«Je ne laisserai pas intimider des jurés dans mon tribunal», a prévenu le juge, sommant les avocats de la défense de brider leur client. Lors des débats, Juan Merchan a évoqué une durée probable de six semaines pour le procès.

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A une jurée potentielle, finalement retenue, une ingénieure en informatique qui s'inquiétait d'un possible conflit d'agenda en raison du mariage de sa sœur en septembre, il a répondu par un trait d'humour. «Si nous sommes encore ici en septembre, ce sera un gros problème», a-t-il lancé, sous les rires de l'assistance.

(AFP) 

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