Ministre sur siège ejectable
Damien Abad, l'affaire de trop pour Macron

Le ministre français des solidarités, réélu député de l'Ain le 19 juin, est dans une position intenable après l'ouverture d'une enquête pour tentative de viol. Difficile d'imaginer qu'Emmanuel Macron le garde au gouvernement.
Publié: 02.07.2022 à 20:12 heures
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Dernière mise à jour: 04.07.2022 à 09:05 heures
Le ministre des Solidarités Damien Abad va-t-il garder son poste?
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Richard WerlyJournaliste Blick

Difficile, cette fois, d’imaginer que le président le protège jusqu’au bout. Accusé de viol, et désormais visé par une enquête ordonnée par le parquet de Paris, Damien Abad est en passe de devenir la bombe à retardement d’un gouvernement français déjà fragilisé et en sursis. Terrible destin politique.

Réélu confortablement le 19 juin député de la 5e circonscription de l’Ain avec 57,86% des voix, le tout nouveau ministre des solidarités devait être une «tête de gondole» pour la majorité présidentielle. Difficile, en effet, de trouver une meilleure recrue que l’ancien chef du groupe parlementaire conservateur du parti «Les Républicains». Difficile aussi, de trouver meilleur symbole pour le ministère des «solidarités» que ce ministre handicapé de naissance, courageux, bel exemple de méritocratie républicaine et fin connaisseur des arcanes de sociales de l’État.

Difficile de continuer à le soutenir

Puis tout s’est écroulé. Et l’on voit mal comment Emmanuel Macron pourrait continuer à le soutenir alors que le nouveau gouvernement français doit être annoncé en début de semaine, à la suite des législatives et avec l’absence d’une majorité absolue pour le camp présidentiel.

D’ordinaire, le Chef de l’État français a toujours défendu ses ministres visés par des plaintes. Son ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, l’un des premiers transfuges issus de la droite dès 2017, a lui aussi été accusé de viol avant que les poursuites ne soient abandonnées.

Le cas de Damien Abad, 42 ans, est toutefois plus compliqué. S’il a aussitôt riposté en déposant plainte pour diffamation à la suite de cette accusation de tentative de viol en 2010, il y a douze ans, la situation est bien différente de celle du quinquennat précédent. Le ministère concerné, celui des solidarités, l’amène en effet au quotidien à fréquenter des victimes d’injustices ou des personnes en difficulté.

Autre réalité: la première ministre Élisabeth Borne a besoin de donner des gages à la droite, qu’elle espère scinder pour obtenir une majorité relative à l’Assemblée nationale. Or pour ses anciens amis conservateurs, le député de l’Ain est un «traître». Sa tête est politiquement mise à prix.

La justice revient sur le devant de la scène

L’affaire Abad, surtout, est l’affaire de trop pour Emmanuel Macron, car elle contredit le message incarné par la nomination d’une femme à la tête du gouvernement (pour la seconde fois dans l’histoire) et elle remet la justice sur le devant de la scène politique française, ravivant de très mauvais souvenirs. C’est à l’affaire Benalla – cet ex-collaborateur de l’Elysée qui s’était fait passer pour un policier le 1er mai 2018, interpellé, jugé et condamné à une peine de prison pour usage de faux documents – que le président doit le premier faux pas de son quinquennat précédent.

Comment garder un ministre accusé d’être violeur sans donner l’impression d’interférer dans l’enquête en cours, d’autant que le ministre de la justice, l’ancien avocat vedette Éric Dupond-Moretti est détesté des juges? Comment camper sur la «présomption d’innocence» de Damien Abad sans apparaître comme ignorant de la parole des femmes, alors que plusieurs témoins accréditeraient la version de la plaignante selon le site Mediapart?

Un poste ministériel moins exposé?

Damien Abad, bientôt ex-ministre? L’autre solution serait de lui trouver un poste moins exposé au contact avec le monde de la santé et des droits sociaux. À moins que le député de l’Ain, enraciné dans ses terres électorales du Bugey voisines de la Suisse, choisisse de lui-même de se retirer pour assurer sa défense, en jouant au parlement un rôle clef au sein de la coalition «Ensemble» qui soutient Emmanuel Macron.

Abad-Macron: le tandem devait incarner, une nouvelle fois, la volonté de transgression du président Français, et sa capacité à convaincre ses anciens adversaires pour travailler ensemble. Il est aujourd’hui l’illustration d’un ralliement trop rapide et de règlements de compte politiques sans merci. Quoi qu’il arrive, le symbole est fissuré.


Actualisation lundi 4 juillet: Comme Blick l'avait anticipé, Damien Abad quitte le gouvernement français. Il reste député, ayant été réélu dans sa 5e circonscription de l'Ain le 19 juin.

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