La Cour fédérale de justice allemande a confirmé mardi le verdict contre une ancienne secrétaire d'un camp de concentration nazi, âgée de 99 ans, qui avait fait appel de sa condamnation pour complicité de meurtre. «L'appel est rejeté (...) le verdict est définitif», a annoncé la juge de la Cour fédérale à Leipzig (est), Gabriele Cirener.
Le 20 décembre 2022, Irmgard Furchner, accusée de complicité dans les meurtres de plus de 10'000 personnes au camp de Stutthof, dans l'actuelle Pologne, avait été condamnée à deux ans de prison avec sursis au terme de l'un des ultimes procès sur l'époque nazie en Allemagne.
«L'odeur des cadavres»
Âgée au moment des faits de 18 à 19 ans, Irmgard Furchner était employée en tant que dactylographe et secrétaire du commandant du camp de Stutthof, Paul Werner Hoppe entre 1943 et 1945. A proximité immédiate des prisonniers, «l'odeur des cadavres était omniprésente», avait estimé le tribunal, considérant «inimaginable que l'accusée n'ait rien remarqué».
A Stutthof, un camp proche de Gdansk (Dantzig à l'époque) où périrent environ 65'000 personnes, des détenus juifs, des partisans polonais et des prisonniers de guerre soviétiques ont été systématiquement tués. Si l'Allemagne a continué, ces dernières années, de rechercher d'anciens criminels nazis, illustrant la sévérité accrue, quoique tardive, de sa justice, les dossiers encore aux mains des enquêteurs sont de plus en plus rares, septante-neuf ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale.
La jurisprudence de la condamnation en 2011 de John Demjanjuk, un gardien du camp de Sobibor en 1943, à cinq ans de prison ferme, permet de poursuivre pour complicité de dizaines de milliers de meurtres n'importe quel auxiliaire d'un camp de concentration, du garde au comptable. En juin 2022, un ancien gardien du camp de concentration de Sachsenhausen (nord de Berlin), âgé de 101 ans, avait été condamné à cinq ans de prison.
Elle était un soutien direct aux meurtres
«L'accusée a vu l'état physique catastrophique des prisonniers, le manque de nourriture et de vêtements, les conditions d'hygiène déplorables, et a en outre perçu l'odeur de chair humaine brûlée, présente quotidiennement, qui s'échappait de la cheminée du crématoire», a déclaré la juge de la Cour, reprenant les motivations du tribunal de première instance.
Elle «était au courant des meurtres commis par la direction du camp» et a, par son activité de secrétaire, «apporté un soutien direct au commandant du camp et aux autres SS travaillant à la direction du camp», a-t-elle ajouté. La défense d'Irmgard Furchner avait au contraire tenté de faire valoir qu'elle n'avait pas connaissance des meurtres pratiqués de façon systématique à Stutthof.
L'ancienne dactylo avait été jugée devant une Cour spéciale pour jeunes en raison de son âge au moment des faits. La peine symbolique de deux ans de prison avec sursis a tenu compte «de la fonction hiérarchiquement subordonnée et de la capacité de résistance éventuellement réduite de l'accusée en raison de l'endoctrinement» de l'époque, a poursuivi la Cour.
«Désolée pour tout»
Sans avoir pris la parole durant son procès ni reconnu de culpabilité, Irmgard Furchner avait déclaré lors des dernières audiences «être désolée pour tout ce qui s'est passé» et «regretter d'avoir été à Stutthof à ce moment-là». Son procès avait débuté, en septembre 2021, de manière rocambolesque : la nonagénaire ne s'était pas présentée au tribunal de Itzehoe (nord) à l'ouverture des débats, quittant seule son logement dans un foyer pour personnes âgées. Elle avait pris un taxi pour rejoindre une station de métro de la périphérie de Hambourg et avait été retrouvée quelques heures plus tard.
Plusieurs procès d'anciens employés de camps nazis ont eu lieu ces dernières années en Allemagne, depuis la condamnation en 2011 de l'ancien gardien du camp d'extermination de Sobibor, John Demjanjuk, qui avait fait jurisprudence. Compte-tenu du grand âge des accusés, les procès n'ont pas toujours pu se tenir pour raisons de santé ou, quand ils ont eu lieu, les condamnés sont décédés avant d'être emprisonnés, comme John Demjanjuk.
Josef Schütz, un ancien gardien de camp de concentration condamné en juin 2022 à cinq ans de prison, est décédé moins d'un an plus tard à l'âge de 102 ans alors que sa défense avait fait appel. En juin dernier, le tribunal de Hanau, près de Francfort, a refusé la comparution d'un ex-gardien du camp de Sachsenhausen, âgé de 99 ans, jugé incapable d'assister à son procès pour des raisons de santé.