«Ils ne veulent pas être ici»
Un tireur d'élite ukrainien dénonce: «il est possible que nous perdions des territoires»

Un tireur d'élite ukrainien dévoile sur Telegram l'état de son armée, pourquoi il est déçu par le gouvernement et pour quelles raisons cet été sera particulièrement difficile.
Publié: 28.03.2024 à 15:55 heures
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Le tireur d'élite a évalué la situation sur le front dans un message sur Telegram.
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Anastasia Mamonova et Denis Molnar

Cet Ukrainien connaît parfaitement le front. Konstantin Proschinski, 53 ans, se bat chaque jour contre les Russes, et ce, depuis deux ans. Le tireur d'élite, surnommé «Ded», s'est exprimé sur la situation au front dans une vidéo publiée sur Telegram. Et il craint que les prochains mois ne soient encore pires.

«A l'été 2022, nous étions frais et dispos. Nous nous sommes habitués au fil du temps aux armes occidentales. L'été dernier, nous avons lancé notre contre-offensive, qui ne s'est pas déroulée comme prévu. Maintenant que l'aide diminue, notre position s'est détériorée», explique «Ded». Selon lui, l'été 2024 sera beaucoup plus difficile. Il pense que les Ukrainiens ne parviendront pas à faire de grandes percées. «Et il est malheureusement possible que nous perdions aussi des territoires.»

«Je ne veux pas aller au combat avec de tels hommes»

Le tireur d'élite s'était déjà exprimé en août 2023. À l'époque, il avait évoqué les conditions précaires dans l'armée ukrainienne. Comme dévoilé à l'époque, des armes avaient été données à des Ukrainiens gravement malades, avant de les envoyer à la guerre. «Les hommes sont acheminés en première ligne sans préparation», déclare-t-il.

Et aujourd'hui encore, la situation ne semble pas meilleure. «Ils attrapent quelques hommes et nous les amènent sur le front. Ces derniers nous avouent ne pas vouloir être ici. Je ne veux pas aller au combat avec de tels hommes, parce que je vais mourir moi aussi. Mais nous devons protéger nos vies, car personne ne peut nous remplacer.» Les dirigeants militaires et politiques du pays devraient le comprendre, s'insurge-t-il. 

«Poutine peut recruter sans problème 100'000 hommes»

Konstantin Proschinski considère les conséquences sociales de la guerre comme l'un des plus grands problèmes. Les personnes qui reviennent du front doivent être prises en charge, mais cela ne se fait que trop rarement. «Je connais un homme de 60 ans qui a été grièvement blessé pendant les combats, qui a ensuite dû mendier dans le métro et qui a fini par mourir de ses maladies. J'aimerais que de tels hommes ne soient pas obligés de mendier après la guerre, mais que l'État s'occupe d'eux et leur trouve un travail. Mais le gouvernement ne s'occupe pas de ces gens-là.»

Selon Konstantin Proschinski, les Russes n'auraient pas de problème de ravitaillement. «Pendant toute la guerre, les soldats que nous avons capturés ont donné comme motif principal de leur présence ici l'argent. Pour nous, il ne fait aucun doute que Poutine peut recruter sans problème 100'000 hommes supplémentaires, ou autant qu'il en a besoin. Car les finances ne sont pas un problème pour lui.» L'objectif des Russes est de conquérir autant de territoire ukrainien que possible.

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Actuellement, tout indique que les fronts vont se durcir. L'Ukraine et la Russie pourraient encore conquérir des territoires d'ici la fin de l'année. Et il n'y aura pas forcément de cessez-le-feu, mais «un gel des opérations actives sur le front» d'ici le premier semestre 2025, selon le sniper «Ded».

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