Conseil de sécurité de l'ONU inquiet
Violence en Haïti: un chef de gang menace d'une «guerre civile»

En raison des violences en Haïti et des menaces d'une «guerre civile» par un chef de gang, le conseil de sécurité de l'ONU va se pencher sur l'escalade des événements et tiendra une réunion d'urgence ce mercredi.
Publié: 06.03.2024 à 09:15 heures
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Dernière mise à jour: 06.03.2024 à 09:49 heures
Les violences s'intensifient en Haïti après des menaces de guerre civile par un chef de gang.

Le Conseil de sécurité de l'ONU tiendra mercredi une réunion en urgence sur la nouvelle escalade de violence en Haïti, où un chef de gang a assuré qu'une «guerre civile» sanglante aura lieu si le Premier ministre Ariel Henry ne démissionne pas.

Les bandes criminelles, qui contrôlent la majorité de la capitale Port-au-Prince ainsi que les routes menant au reste du territoire, s'en prennent ces derniers jours à des sites stratégiques du pays pauvre des Caraïbes: académie de police, aéroport et plusieurs prisons, d'où ont pu s'évader des milliers de détenus.

«Une guerre civile» vers «un génocide»?

«Si Ariel Henry ne démissionne pas, si la communauté internationale continue de le soutenir, nous allons nous tout droit vers une guerre civile qui conduira à un génocide», a menacé mardi l'influent chef de gang haïtien Jimmy Chérizier, surnommé «Barbecue», lors d'une interview à la presse, entouré d'hommes armés et cagoulés.

«Soit Haïti devient un paradis pour nous tous, soit un enfer pour nous tous», a poursuivi cet ancien policier de 46 ans, placé sous régime de sanctions de l'ONU et considéré comme l'un des chefs de gang les plus influents.

Les groupes armés disent vouloir renverser le Premier ministre au pouvoir depuis l'assassinat en 2021 du président Jovenel Moïse et qui aurait dû quitter ses fonctions début février. Absent depuis plusieurs jours d'Haïti après un déplacement au Kenya, Ariel Henry a atterri mardi à Porto Rico, a affirmé auprès de l'AFP la porte-parole du gouverneur de ce territoire américain des Caraïbes.

Etat d'urgence et couvre-feu

Le département d'Etat américain avait annoncé lundi que le Premier ministre était sur la route du retour pour Port-au-Prince, mais d'après le média haïtien Radio Télé Métronome. Il n'avait pas pu atterrir dans la capitale en raison de la situation sécuritaire à l'aéroport.

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En réaction aux violences, le gouvernement a décrété l'état d'urgence et un couvre-feu nocturne de trois jours renouvelables jusqu'à mercredi inclus, alors qu'Ariel Henry était à Nairobi pour tenter de mettre enfin sur les rails la future force multinationale destinée à aider la police haïtienne dépassée.

«Il est temps d'agir»

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a appelé cette semaine à «une action urgente», notamment pour financer la mission multinationale qui doit «empêcher le pays de plonger encore plus dans le chaos». Sa représentante dans le pays, Maria Isabel Salvador, fera mercredi par visioconférence un point sur la situation lors de la réunion à huis clos du Conseil de sécurité.

La patronne de l'Unicef Catherine Russell a affirmé sur X que la violence en Haïti formait «dans un engrenage hors de contrôle». «Le monde ne doit pas rester impassible. Il est temps d'agir», a-t-elle plaidé.

La moitié de la population a besoin d'aide

En raison des violences, de la crise politique et d'années de sécheresse, 5,5 millions d'Haïtiens, soit près de la moitié de la population, ont besoin d'assistance humanitaire. Mais l'appel aux dons de l'ONU, pour un montant de 674 millions de dollars pour 2024, n'est financé qu'à 2,5%. Et la nouvelle escalade des derniers jours a forcé 15'000 personnes à fuir leur domicile à Port-au-Prince, selon l'ONU qui a commencé à leur distribuer nourriture et produits de première nécessité.

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Après des mois de tergiversations, le Conseil de sécurité de l'ONU a finalement donné en octobre son accord pour l'envoi en Haïti d'une mission multinationale menée par le Kenya qui veut envoyer 1000 policiers. Mais son déploiement se fait toujours attendre, notamment en raison d'une décision de la justice kényane.

Pour accélérer la mise en œuvre, Nairobi et Port-au-Prince ont signé vendredi un accord bilatéral, mais aucune date n'est avancée pour l'arrivée de la mission. A fin février, cinq autres pays, dont le Bénin avec plus de 1500 hommes, avaient notifié officiellement leur intention de participer à la mission sur le terrain.

Enlèvements, snipers sur les toits, violences sexuelles utilisées pour installer la peur... Début janvier, Antonio Guterres s'était dit «consterné» par le «niveau stupéfiant» de la violence des gangs qui ravagent le pays, notant que le nombre d'homicides avait plus que doublé en 2023, avec près de 5.000 personnes tuées, dont 2700 civils.

(AFP)

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