5000 dollars et loyauté éternelle
Donald Trump prend un pari risqué et entraîne son parti dans le mur

Avec un rassemblement de deux jours au Texas, Donald Trump tente de relancer son parti à l’approche des élections de mi-mandat. Mais deux annonces controversées pourraient au contraire compliquer encore la tâche des républicains et accroître le risque d’une lourde défaite.
Les congrès exceptionnels du Parti républicain au Texas ont clairement mis en évidence deux choses.
Photo: AFP
Samuel Schumacher

L’ambiance était à la fête lors de l’after-party qui a suivi le rassemblement républicain «Trumpapalooza» à Dallas, au Texas. A tel point que les responsables du bar The Rustic ont dû mettre dehors, tard dans la nuit, plusieurs proches de Donald Trump, dont son fils aîné Donald Trump Junior.

Pour eux, il y avait de quoi célébrer. Le président américain Donald Trump aurait tenu ses promesses et réussi, une nouvelle fois, à galvaniser ses partisans à l’approche des élections de mi-mandat du 3 novembre.

Mais un regard plus lucide sur ces 48 heures de convention donne nettement moins de raisons de se réjouir. Avec son grand show texan, Donald Trump a surtout fragilisé son propre parti, et ce sur deux fronts.

Inflation ignorée

D’abord, le président semble largement ignorer l’inflation, pourtant l’une des principales préoccupations des Américains. Les données économiques publiées vendredi montrent qu’en août encore, le coût de la vie aux Etats-Unis a progressé de 0,4%. Le dollar perd de sa valeur, les prix du pétrole grimpent et il coûte de plus en plus cher à l’Etat américain d’emprunter de l’argent.

La première puissance économique mondiale devrait donc rapidement resserrer les cordons de la bourse si elle veut contenir durablement la hausse des prix. Mais Donald Trump ne semble pas décidé à mettre fin à sa politique de dépenses. Lors de la convention au Texas, il a avancé l’idée que chaque Américain pourrait recevoir 5000 dollars de l'Etat si son parti remportait les élections de mi-mandat.

Une proposition qui rappelle les méthodes utilisées par certains dirigeants populistes, comme Hugo Chávez (ancien président du Venezuela), qui distribuait de l’argent à la population à l’approche des élections.

Une folie économique

Cette proposition, quelle que soit la part de sérieux derrière l’annonce, serait non seulement juridiquement très contestable, mais aussi particulièrement risquée sur le plan économique. Avec environ 245 millions d’Américains adultes, la mesure coûterait plus de 1200 milliards de dollars. Financer une telle somme risquerait d’alimenter encore davantage l’inflation et de faire repartir le coût de la vie à la hausse.

Dans le même temps, Donald Trump affirme que toute cette inflation ne serait qu’une «histoire montée de toutes pièces» par les démocrates. Pourtant, la hausse des prix à la consommation est bien réelle et atteint 4,3% depuis son entrée en fonction.

Une telle attitude risque d’alimenter la colère et la déception de millions d’Américains confrontés à des difficultés financières. Donald Trump, lui, ne semble guère s’en préoccuper. Le multimilliardaire continue de gagner beaucoup d’argent. Pour une photo avec lui en marge de la convention texane, ses fans devaient débourser 88’600 dollars.

Séduire les électeurs indécis

Le serment d’allégeance exigé à Dallas constitue un deuxième problème pour le Parti républicain. Le 3 novembre, les Américains renouvelleront l’ensemble de la Chambre des représentants, l’équivalent du Conseil national, ainsi qu’un tiers du Sénat, l’équivalent du Conseil des Etats. De nombreux scrutins s’annoncent serrés et les républicains risquent de perdre leur majorité dans les deux chambres.

Plusieurs candidats républicains tentent d’ailleurs de prendre leurs distances avec la politique de plus en plus controversée de Donald Trump, notamment sur l’Iran, le Canada ou encore le Groenland. Leur objectif est clair: séduire les électeurs indécis du centre.

Emancipation difficile

Mais Donald Trump complique la tâche des figures modérées de son parti qui cherchent à s’émanciper de son influence. Il a annoncé vouloir injecter entre 400 et 500 millions de dollars provenant de ses structures de campagne dans les élections de mi-mandat.

Tout laisse penser que cet argent profitera avant tout aux candidats qui lui affichent un soutien sans réserve. Ceux qui n’ont pas fait le déplacement au Texas pour lui rendre hommage peuvent donc difficilement espérer bénéficier d’un soutien financier de la Maison Blanche dans la dernière ligne droite de la campagne. Quant à ceux qui étaient présents, ils ont dû prêter serment de fidélité à Donald Trump, présenté comme le «plus grand président de l’histoire des Etats-Unis», jeudi soir devant les caméras.

Le président lie ainsi une nouvelle fois le destin du Parti républicain au sien, alors que son taux de popularité à l’échelle nationale n’atteint que 33%, selon The Economist. Un pari particulièrement risqué.

L'heure de gloire de Vance

Un républicain a tout de même réussi à tirer profit du spectacle organisé par Donald Trump. Il s’agit du vice-président J. D. Vance.

Récemment devenu père pour la quatrième fois après la naissance de son fils Alec à la mi-juillet, J. D. Vance s’est présenté, lors de son discours de 40 minutes, comme un responsable politique particulièrement attentif aux questions familiales et aux préoccupations des Américains en difficulté.

Il a soigneusement évité les dossiers les plus controversés de la présidence Trump, de l’Iran au Groenland en passant par le Canada, pour se concentrer presque exclusivement sur la politique intérieure. Lorsque des «2028» ont fusé dans le public, il a répondu avec calme et un large sourire. «Concentrons-nous maintenant sur novembre. Ensuite, nous verrons ce qui nous attend», a lancé J. D. Vance.

Vers une lourde défaite en novembre?

L’hypothèse de le voir devenir le prochain candidat républicain à la Maison Blanche paraît de plus en plus crédible. D’autant plus que le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio ne semble pas vouloir se présenter.

Une candidature de J. D. Vance apparaît donc de plus en plus probable. Tout comme une lourde défaite républicaine dans six semaines lors des élections de mi-mandat, dont un Donald Trump vieillissant pourrait porter une large part de responsabilité.

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