En bref
- Les Etats-Unis, le Groenland et le Danemark ont signé mardi à New York un accord de dix pages pour contrer les ambitions américaines sur l'île arctique. Ce pacte garantit le maintien des relations même en cas d'indépendance du Groenland.
- L'accord autorise la construction de deux nouvelles bases américaines à Narsarsuaq et Mestersvig, tout en interdisant les investissements stratégiques chinois ou russes sur l'île.
- Le Groenland, avec ses 57'000 habitants, reste sous protection de l'Otan selon l'accord, apaisant les tensions causées par les menaces répétées de Donald Trump en 2025.
Deux bases américaines, des interdictions d'investissements visant Pékin et Moscou... Les Etats-Unis, le Groenland et le Danemark ont dévoilé mardi un accord pour mettre fin aux velléités du président Donald Trump envers l'immense île arctique. Ce texte de dix pages, signé devant les caméras à New York, doit rester en vigueur même en cas d'indépendance du territoire autonome danois.
Il permet:
- La construction de deux bases américaines dans le sud et l'est du Groenland, à Narsarsuaq et Mestersvig. L'article 4 du texte précise que les Etats-Unis peuvent également moderniser et élargir leurs activités dans leur seule base active, Pituffik, située dans le nord de l'île,
- D'interdire à tout acteur hors Union européenne et Otan d'exercer un contrôle dans des secteurs stratégiques. L'idée étant d'éviter à tout prix que la Chine ou la Russie ne gagnent progressivement en influence sur le territoire, notamment via des investissements,
- Que l'accord reste en vigueur si le Groenland devient un jour indépendant du Danemark. Et stipule alors que l'île devra rester membre de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (Otan).
«Cet accord respecte bien sûr la souveraineté et l'intégrité territoriale du Royaume du Danemark, ainsi que le droit du Groenland à l'autodétermination», a souligné la Première ministre danoise, Mette Frederiksen.
«C'est formidable»
Sept mois ont passé depuis que le président des Etats-Unis a menacé, pour la troisième fois, de s'emparer par la force du Groenland, provoquant une crise majeure entre alliés occidentaux. Médusés, les Européens ont soudain vu leur allié de toujours, sur qui ils comptent pour leur sécurité, commencer à les menacer.
Au plus fort de la crise, le président Trump a même évoqué la possibilité «d'utiliser la force» pour s'emparer du territoire de 57'000 habitants, semant l'inquiétude au sein de l'UE et de l'Otan. Avec l'accord signé mardi, les Européens espèrent avoir mis fin, une fois pour toutes, à ces menaces.
Les menaces de Donald Trump d'annexer le Groenland ont fait tressaillir les Européens et l'Otan. Après des mois de crise, le président américain a scellé mardi le destin de ce territoire autonome danois dans le giron des Etats-Unis. «C'est formidable pour l'Europe et pour les Etats-Unis, pour tout le monde, et pour le Groenland», s'est félicité le dirigeant républicain.
«Une avancée positive»
«Ça va être incroyable, et les Groenlandais ont été tellement gentils. Les Danois ont été formidables, et je sais donc que ce sera une relation fantastique et durable», a-t-il ajouté. Il s'exprimait lors d'une cérémonie de signature d'un accord de sécurité aux côtés de la Première ministre danoise Mette Frederiksen et du chef du gouvernement groenlandais, Jens-Frederik Nielsen. La cérémonie s'est déroulée au siège de l'ONU à New York, peu après le discours de Donald Trump devant l'Assemblée générale des Nations unies.
Interrogé par un journaliste pour savoir si la question de la «propriété» du Groenland était désormais caduque, il a esquissé un sourire, sans répondre. «Monsieur le Président, vous avez été très clair. Vous ne voulez pas que des adversaires s'approchent trop près» de ce territoire, a déclaré la Première ministre danoise, ajoutant: «Je suis tout à fait d'accord, et grâce à cet accord, ce ne sera pas le cas».
Le responsable groenlandais a lui affirmé que le Groenland jouait un rôle important pour la sécurité nord-américaine et la sécurité transatlantique. «Cet accord démontre de quel côté se situe notre loyauté», a-t-il dit. De Paris à Berlin, les responsables européens se sont aussitôt félicités de la signature de l'accord. Le président du Conseil européen, Antonio Costa, a salué «une avancée positive».
Le président Trump avait provoqué une crise majeure avec les Européens en menaçant de rattacher purement et simplement aux Etats-Unis le territoire autonome danois dont la position stratégique et les ressources font l'objet de convoitises. Le Groenland est situé à un emplacement stratégique, sur l'itinéraire le plus court entre la Russie et les Etats-Unis. En outre, il recèle des gisements inexploités de terres rares et pourrait jouer un rôle essentiel à mesure que la glace polaire fond et que de nouvelles voies maritimes apparaissent.
Deux nouvelles bases
A la tribune de l'ONU, le président américain a annoncé que les Etats-Unis allaient construire deux «très grandes bases militaires» au Groenland. «Nous allons immédiatement commencer à développer une présence militaire importante dans les endroits pertinents. Nous construirons deux très grandes bases militaires», a déclaré le président américain. Les deux bases militaires se situeront dans le sud et l'est du Groenland, à Narsarsuaq et à Mestersvig, selon l'article 4 de l'accord signé et rendu public mardi.
Les Etats-Unis, qui sont liés par un accord de défense avec le Groenland depuis 1951, disposent déjà de la base de Pituffik dans le nord de ce territoire arctique qu'ils pourront moderniser à leur guise, selon l'accord. Cette installation constitue un maillon crucial de la défense antimissile américaine. De son côté, le Danemark s'est réjoui que l'accord «reconnaisse» la souveraineté et l'intégrité territoriale du Royaume du Danemark, ainsi que le droit du peuple groenlandais à l'autodétermination.
A cet égard, l'accord stipule que sa validité ne sera pas remise en cause si l'île arctique devient indépendante et qu'elle devra rester membre de l'Otan. Le président américain avait évoqué en annonçant l'accord vendredi dernier son caractère permanent. Dans son article 10, le texte interdit par ailleurs à tout acteur hors UE et Otan d'exercer un contrôle dans des secteurs stratégiques, référence implicite à la Chine et à la Russie.
Des responsables américains ont insisté depuis plusieurs jours sur le fait que le texte garantit que la Chine et la Russie ne pourront implanter de bases militaires au Groenland, ni y réaliser des investissements sensibles sans son accord. Un accord de défense de 1951, mis à jour en 2004, donnait déjà quasiment carte blanche aux forces armées américaines pour déployer des installations au Groenland, à condition qu'elles préviennent en amont les autorités. Washington a possédé jusqu'à 17 installations militaires sur place.