Le bras de fer entre Donald Trump et le pape Léon XIV met en colère certains catholiques américains, électorat clé, qui estiment que leur président est allé trop loin dans ses critiques du souverain pontife. Le milliardaire s'est opposé au pape sur de nombreux sujets, de l'Iran à l'immigration, et l'a récemment qualifié d'«homme faible» dans une attaque personnelle sans précédent de la part d'un dirigeant américain.
Léon XIV, premier pape américain, a estimé pour sa part avoir le devoir moral de s'exprimer contre la guerre. «Pour un ignare comme Trump, essayer de remettre en question la vision théologique d'un prêtre ordonné, c'est totalement ridicule», confie à l'AFP Jim Supp, 88 ans, interrogé vendredi devant l'église Saint-Ignace-de-Loyola dans l'Upper East Side de Manhattan.
L'homme est particulièrement irrité par la publication par le président d'une image générée par IA le représentant tel Jésus. «Il y a des choses dans la vie avec lesquelles on ne plaisante pas», tranche ce professeur de lettres classiques à la retraite. Pour John O'Brian, 68 ans, ancien cadre dans la publicité fréquentant la même église, partager cette image s'apparentait à un «blasphème pour les chrétiens». Traditionnellement, les présidents américains se sont toujours gardés de froisser les catholiques en critiquant trop ouvertement le pape.
Donald Trump lui a franchi allègrement le pas, bien qu'il ait remporté l'élection de 2024 avec le soutien d'une majorité d'électeurs catholiques. La joute publique qu'il a lancée contre Léon XIV pourrait donc bien constituer une fragilité pour les républicains à l'approche des élections de mi-mandat, en novembre.
«Manque de prudence»
Anthony Clark, chargé de mission dans un groupe anti-avortement interrogé par l'AFP devant une basilique catholique de Washington, considère Donald Trump comme un «très bon président», dont il loue les intentions. «Mais je pense que les intentions ne font pas tout, et je pense qu'il peut parfois manquer de prudence dans ce qu'il dit ou dans la manière dont il aborde des sujets particulièrement sensibles», ajoute ce jeune homme de 20 ans.
Face au président américain, la fermeté affichée par le souverain pontife lui vaut au contraire le respect de certains catholiques. «Je suis vraiment contente que le pape Léon ait tenu bon lorsqu'il a dit qu'il n'avait pas peur de l'administration» Trump, déclare Carolina Herrera, 22 ans, à Washington.
«Je ne le respecte plus»
«On ne s'en prend pas au pape, quoi qu'il arrive, on ne s'en prend pas à lui», dit-elle. Donald Trump n'est pas connu pour être personnellement croyant. Promoteur immobilier marié trois fois et ancien animateur de télé-réalité élevé dans la foi presbytérienne, il assistait rarement aux offices religieux. Mais depuis son entrée en politique, il a rallié à lui la droite chrétienne. Les conservateurs chrétiens ont notamment salué le fait qu'il les ait aidés à atteindre la fin du droit à l'avortement à l'échelle nationale, grâce aux juges qu'il a nommés à la Cour suprême.
Dans une église de Houston au Texas – Etat républicain, même si la ville est démocrate – certains fidèles présents à la messe de midi renvoient dos à dos le président et le pape. «Je ne pense pas que l'un ou l'autre se comporte comme il le devrait», juge Ann, une femme d'une soixantaine d'années qui ne veut pas donner son nom de famille.
«Je pense que (le pape) a été très sévère envers l'Amérique», dit-elle. «Jésus avait un message personnel. Il n'a pas dit que les présidents, les dictateurs, les premiers ministres, les rois, ne pouvaient pas protéger leur peuple et leur pays». Manuel, 67 ans, qui ne souhaite pas non plus donner son nom, dit espérer que le président et le pape mettront fin à leurs différends. «Parce qu'en ce moment, il s'agit avant tout de paix. Nous avons besoin de paix au Moyen-Orient», dit-il.
Vendredi en fin de journée, des partisans de Donald Trump se pressaient pour le voir s'exprimer lors d'un événement organisé par le groupe chrétien conservateur Turning Point USA, dans une méga-église protestante en Arizona. Ici, sans surprise, c'est au président qu'on rend hommage face à Léon XIV. «Je pense que le pape devrait rester à sa place», lance Brenda Gifford, ajoutant: «Je ne le respecte plus».