Vers un deuxième crime de guerre?
L'armée américaine a secrètement maquillé un avion pour frapper dans les Caraïbes

Les Etats-Unis ont fait passer l'avion militaire qui a opéré la première frappe sur un bateau dans les Caraïbes pour un avion civil. Cette stratégie de dissimulation classée comme «perfidie» est un crime de guerre.
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L'armée américaine aurait maquillé un appareil de combat en avion civil pour attaquer un navire de trafiquants de drogue présumés.
Photo: AFP
Léa Perrin
Léa PerrinJournaliste Blick

La première attaque américaine contre un navire de trafiquants de drogue présumés qui voguait dans les Caraïbes en septembre dernier fait à nouveau des remous. L'armée américaine aurait secrètement maquillé un appareil militaire en avion civil afin de lancer l'attaque qui avait fait onze morts, révèle le «New York Times», ce lundi 12 janvier. 

La frappe menée sur ce bateau accusé de trafic de drogue au large de Trinité-et-Tobago, selon l'administration Trump, avait rapidement ébranlé le Pentagone. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a été accusé de «crime de guerre» pour avoir donné l'ordre de tuer les survivants naufragés de la première frappe. Un second crime du même type pourrait désormais pendre au nez de Washington.

Avion déguisé en civil

Selon des sources officielles du quotidien new yorkais, l'avion ne portait aucune distinction militaire permettant de l'identifier en tant que menace. Celui-ci aurait été repeint et aurait transporté ses munitions à l'intérieur du fuselage, et non de manière visible sous ses ailes, ressemblant alors à un avion civil.

Or, cette stratégie de dissimulation, qui trompe l'adversaire et l'empêche de reconnaître clairement la menace, lui permettant de prendre des mesures d'évitement ou même de se rendre pour survivre, est considérée comme de la «perfidie» selon le droit international humanitaire. Feindre le statut de civil pour amener l'ennemi à baisser sa garde avant de l'attaquer et – dans ce cas– de le tuer, pourrait donc constituer un crime de guerre. 

Les manuels militaires américains stipulent clairement que les combattants légitimes en mer doivent agir «dans le respect de l'honneur militaire, et notamment sans recourir à la perfidie». Les commandants ont par ailleurs le «devoir de distinguer leurs propres forces de la population civile». 

Affaire mise sous le tapis

Ce nouvel élément de l'enquête a été abordé lors de réunions à huis clos entre le Congrès et des responsables militaires. Ces révélations incriminantes, qui viennent mettre de l'huile sur le feu d'une affaire déjà brûlante, n'ont pas été rendues publiques en raison du caractère classifié de l'appareil. 

Peu avant le début des attaques, l'administration Trump a exclu de nombreux juristes militaires et experts opérationnels, lui permettant de maintenir le secret sur la planification de ces frappes navales. De son côté, Pete Hegseth a limogé en février 2025 les plus hauts gradés des services juridiques militaires, sapant leur rôle de mécanisme de contrôle interne. 

Culpabilité jamais prouvée

Depuis l'attaque, l'armée aurait opté pour des avions clairement identifiables pour poursuivre la campagne militaire acharnée de Donald Trump contre le trafic de drogue dans les Caraïbes. Il n'est toutefois pas certain que ces appareils aient volé à une altitude suffisamment basse pour être repérés.

Ces frappes contre des trafiquants de drogue présumés ont fait plus de 100 morts dans le Pacifique et les Caraïbes. Le président américain n'a jusqu'ici jamais prouvé la culpabilité de ces trafiquants présumés, ni fourni la moindre preuve d'une réelle implication de ces navires dans un quelconque trafic. 

Plusieurs experts en droit militaire estiment que les ordres donnés par Donald Trump et Pete Hegseth visant à attaquer ces embarcations étaient illégaux. Selon eux, les personnes tuées ne constituaient pas des cibles militaires légitimes. L’armée n’a pas le droit de viser des civils ne représentant pas une menace imminente, y compris lorsqu’ils sont soupçonnés d’activités criminelles.

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