Plus de 2'000 personnes tuées
«Des exécutions sommaires» en Tanzanie durant la contestation antipouvoir en 2025

Les forces de sécurité tanzaniennes auraient mené des exécutions sommaires lors des violences de 2025. C’est ce qu’affirme une ONG, s’appuyant sur des images en ligne, de drones et de satellites.
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La présidente sortante Samia Suluhu Hassan prononce un discours lors du meeting de clôture de la campagne de son parti, le 28 octobre.
Photo: AFP
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ATS Agence télégraphique suisse

Les forces de sécurité tanzaniennes se sont livrées à des «exécutions sommaires» durant la contestation antipouvoir réprimée dans le sang en 2025, affirme une ONG dans un rapport publié lundi, basé sur l'analyse de photos et vidéos mises en ligne et d'images prises par drone et par satellite.

La Tanzanie a sombré dans plusieurs journées de violence le 29 octobre dernier, jour d'élections législatives et présidentielle jugées frauduleuses par des observateurs internationaux. Plus de 2'000 personnes, dont des manifestants hostiles au pouvoir, ont été tuées par les forces de sécurité plusieurs jours durant, selon l'opposition.

Internet a été coupé pendant cinq jours, ce qui a dans un premier temps empêché la diffusion d'images des tueries. Les autorités tanzaniennes ont ensuite menacé la population de poursuites pour empêcher l'apparition de tels contenus en ligne. Mais une poignée de militants des droits de l'Homme sont allés de l'avant, permettant de documenter les atrocités.

Le Centre for Information Resilience (CIR), une organisation indépendante basée au Royaume-Uni qui mène des enquêtes numériques, a récupéré et analysé 185 images et vidéos datées du 29 octobre au 4 novembre – cinq jours durant lesquels, outre le blocage d'internet, un couvre-feu était en vigueur – ainsi que des images satellitaires et des prises de vue par drone.

Dans son rapport, le CIR dit avoir «confirmé l'usage répété de balles réelles par les forces de sécurité et par des hommes armés en civil, ayant entraîné des victimes». Il affirme aussi avoir «identifié de possibles fosses communes à partir d'images satellites et confirmé de grands tas de corps» grâce à des contenus en ligne, ainsi que des images montrant des civils «agressés» et «humiliés».

Des vidéos authentifiées montrent «des tirs sur des manifestants en fuite, dont une femme enceinte, près de l'autoroute A104» à Arusha (nord), ainsi que des images nocturnes de Mwanza (nord) qui «montrent de probables exécutions sommaires loin des principaux sites de protestation».

«Enfants massacrés»

Visibles sur le compte X de la militante tanzanienne des droits de l'Homme Mange Kimambi, qui vit aux Etats-Unis, trois vidéos publiées début novembre montrent une douzaine de cadavres de jeunes hommes, en très grande majorité abattus alors qu'ils étaient allongés face contre terre. «Ces enfants massacrés regardaient du foot (...) à Mwanza» et «ils ont été abattus par des policiers tanzaniens», avait affirmé sur X une autre opposante connue, Maria Sarungi Tsehai, vivant elle aussi à l'étranger. Mwanza fut l'un des principaux foyers de la contestation.

Dans la capitale économique Dar es Salaam, des images de drone obtenues par le CIR montrent «un camion blanc pourchassant des civils, avant que ses occupants descendent et commencent à tirer sans discernement en direction des maisons avoisinantes».

L'AFP a interrogé un médecin d'un grand hôpital de Dar es Salaam, qui a affirmé que des centaines de patients et de dépouilles avaient été emmenés de son établissement vers des lieux secrets au plus fort des troubles. Le CIR dit avoir trouvé des preuves de terre récemment remuée entre le 2 et le 5 novembre au cimetière de Kondo, près de Dar es Salaam, un lieu qu'un haut responsable gouvernemental, ulcéré par la répression, avait indiqué à l'AFP comme possible site d'une fosse commune. Le site a également été identifié dans une enquête de la chaîne américaine CNN.

Des images satellites analysées par le CIR montrent des structures temporaires érigées, pendant les violences, sur le terrain de l'hôpital de district de Kivule, dans la capitale économique, corroborant des informations recueillies sur place par l'ONG faisant état d'une morgue de fortune «construite à la hâte» pour faire face à l'afflux de cadavres, selon le rapport. Des signes d'une autre possible fosse commune au collège agricole de Tengeru, à Arusha, ont également été identifiés par le CIR.

Le gouvernement tanzanien n'a pas répondu aux demandes répétées de commentaires de l'AFP.

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