Le parti de Vladimir Poutine a remporté sans surprise une large majorité aux législatives de dimanche, marquées par des piratages informatiques et des attaques de drones ukrainiens auxquelles Moscou a promis une riposte.
Aucun parti opposé au conflit n'avait été autorisé à concourir pour ces élections visant à renouveler la chambre basse du Parlement, les premières depuis le début de l'offensive à grande échelle contre l'Ukraine en 2022. Le scrutin s'est déroulé également dans les territoires d'Ukraine occupés et annexés par la Russie.
Selon les résultats officiels relayés par les agences de presse russes après dépouillement d'un peu plus de la moitié des bulletins, Russie unie remporte 57,8% des voix, contre 13,7% pour les communistes et 8,7% pour les nationalistes du LDPR. Au vu de cette tendance et du mode de scrutin, la formation au pouvoir est d'ores et déjà assurée de conserver sa majorité des deux tiers des députés siégeant à la Douma, permettant de modifier la constitution, selon les projections de l'agence d'Etat TASS.
Un sondage à la sortie des urnes réalisé par le Centre russe d'étude de l'opinion publique, un institut d'Etat, donnait Russie Unie à 49,4%, soit le même score qu'en 2021.
Pas de suspens
Le scrutin s'est déroulé sans suspense dans un pays où l'expression de la dissidence est sévèrement réprimée par les autorités et alors que le seul parti frontalement opposé à la guerre, Iabloko, a été écarté.
Face au parti du Kremlin, seules des formations soutenant à des degrés divers Vladimir Poutine et la poursuite du conflit en Ukraine -- les communistes du KPRF, les nationalistes du LDPR, les conservateurs de Russie juste et les libéraux du parti des Nouvelles personnes -- ont été autorisées à concourir.
La présidente de la Commission électorale, Ella Pamfilova, a indiqué que les résultats préliminaires seraient annoncés lundi à 11h00 (10h en Suisse).
«1600 drones abattus»
Rappelant la réalité d'un conflit marqué ces derniers mois par une intensification des frappes des deux côtés du front, la dernière journée de vote a été marquée tôt dimanche par une attaque ukrainienne qui a impliqué plus d'un millier de drones, touchant une raffinerie et des zones résidentielles, provoquant des incendies.
Au moins deux personnes ont été tuées et une vingtaine d'autres blessées, d'après les autorités russes. Un drone ukrainien a également frappé un bus dans la région de Kherson, dans le sud de l'Ukraine contrôlé par la Russie, tuant deux personnes dont une employée de la Commission électorale, a annoncé celle-ci.
A Moscou même, une importante raffinerie a été endommagée, selon le maire Sergueï Sobianine, qui a dénoncé une attaque «sans précédent» et «manifestement planifiée dans le but de perturber les élections». «L'ennemi n'y est pas parvenu», a-t-il ajouté, évoquant plus de 1600 drones abattus par la défense antiaérienne russe, dont «450 se dirigeaient vers Moscou». Dans la soirée, le ministère russe de la défense a assuré que Moscou «poursuivrait et intensifierait» ses frappes au moyen d'«armes de haute précision contre des cibles militaires à Kiev», en réponse à ces attaques.
Rencontre Zelensky-Trump
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a assuré que les frappes de l'Ukraine «ont eu un impact très important dans la région de Moscou», affirmant qu'une dizaine d'armements différents ont été utilisés.
Alors que les efforts diplomatiques visant à mettre fin au conflit n'ont pas empêché les frappes respectives de s'intensifier ces derniers mois, le dirigeant s'est entretenu au téléphone avec Donald Trump, qui a sommé Kiev ces derniers jours de cesser ses frappes contre les raffineries russes.
Il a indiqué avoir convenu d'une rencontre à New York dans les prochains jours avec le président américain, avec qui il a évoqué «des idées pour des mesures de désescalade».
Attaques informatiques
La Commission électorale a annoncé avoir observé «plus d'un millier» de vagues d'attaques destinées à saturer de requêtes le système de vote électronique, ainsi que des attaques contre «l'infrastructure de télécommunications de la Russie dans son ensemble».
Ces attaques DDoS («attaque par déni de service distribué») visent à saturer un système avec des vagues de requêtes incessantes. «Les attaques ont été menées par des groupes hautement professionnels et bien coordonnés, utilisant des outils d'intelligence artificielle», a déclaré sa présidente, Ella Pamfilova, évoquant des tentatives présentant «des signes d'une ingérence ukrainienne». Mme Pamfilova avait déjà fait état d'une «puissante cyberattaque» qui s'est déroulée samedi sans faire tomber les systèmes.
Ce scrutin s'est déroulé dans un contexte social tendu, la Russie étant confrontée à des sanctions économiques occidentales, des frappes ukrainiennes régulières, des pénuries d'essence et des limitations dans le fonctionnement de l'internet dans plusieurs régions.
«Non à la guerre»!
Vitali Ivanov, 63 ans, retraité du métro de Moscou, a dit dimanche à l'AFP avoir voté «pour les communistes». «J'ai une petite retraite, ça ne suffit pas pour vivre», explique-t-il. A Moscou, Igor Safronov, un programmateur de 30 ans, a dit à l'AFP qu'il avait voté pour le parti des Nouvelles personnes, car il «ne voulait pas voter pour Russie unie».
A Berlin, qui accueille l'une des plus grandes diasporas de Russes ayant fui leur pays, quelques dizaines de partisans de l'opposition en exil ont protesté aux cris de «La Russie sera libre!» et «Non à la guerre!», a constaté un journaliste de l'AFP.
A Londres, une centaine de personnes se sont rassemblées devant l'ambassade russe, selon un photographe de l'AFP. Certaines brandissaient des drapeaux ukrainiens, d'autres des pancartes sur lesquelles étaient inscrites «Say no to Putin».
L'Union européenne a de son côté dénoncé des élections se déroulant dans un climat de «répression systématique et institutionnalisée». Le président du parti antiguerre Iabloko, Nikolaï Rybakov, a voté dimanche à Saint-Pétersbourg en écrivant en grosses lettres «Pour la paix» sur son bulletin.