En bref
- L'accord pétrolier de Trump rapporterait dans un premier temps près de 800 millions de dollars aux caisses de guerre de Poutine.
- Mais on ignore encore si la Russie peut réellement livrer le pétrole.
- Vladimir Poutine pourrait subir des effets secondaires inattendus. L'Europe se range unanimement derrière Zelensky et impose de nouvelles sanctions massives à la Russie.
Avec sa guerre en Iran, Donald Trump a mis le feu au marché mondial du pétrole. Aujourd'hui, il demande à Vladimir Poutine de jouer les pompiers, tout en envoyant la facture à Volodymyr Zelensky. C'est sous ces termes que l'expert néerlandais de l'Ukraine, Marijn Markus, décrit la décision américaine de reprendre les achats de pétrole russe.
La décision de Trump est un vrai coup de massue pour l'Ukraine, à l'approche d'un nouvel hiver de guerre qui s'annonce rude. Mais en réalité, le coup de poignard du président américain dans le dos de Kiev pourrait aussi avoir des effets inattendus. Et, paradoxalement, profiter à l’Ukraine.
Un accord fébrile
Pour mieux saisir les enjeux, bref retour sur les événements des dernières semaines. Vendredi, Trump a annoncé à la surprise générale être parvenu à un accord avec Vladimir Poutine sur un assouplissement des sanctions pétrolières. Résultat: les Etats-Unis ont commandé une première livraison de plus de 300'000 tonnes de pétrole, soit 2,2 millions de barils. L'objectif de Trump? Faire baisser le prix de l'essence, qui a explosé depuis la guerre en Iran, avant les élections décisives de mi-mandat américaines.
Un pari gagnant? Pas vraiment, selon le géopoliticien Nico Lange. L'expert estime que seuls 0,26% des besoins mensuels mondiaux peuvent être couverts avec cette première cargaison.
Les 300'000 tonnes de pétrole devraient rapporter environ 800 millions de dollars à Vladimir Poutine. Une somme qui ne suffirait même pas à financer une seule journée de guerre contre l’Ukraine; le conflit coûterait près de 857 millions de dollars par jour à Moscou.
Les cargos de Poutine devront-ils faire demi-tour?
On ignore si les Etats-Unis importeront réellement du pétrole russe. Au Congrès, la résistance s'organise avec des soutiens dans les deux camps: démocrates comme républicains soulignent que le nouvel accord entre Trump et Poutine serait contraire aux sanctions inscrites dans la loi.
De son côté, Zelensky a vivement réagi, évoquant une «décision faible d'un partenaire fort». Après que Donald Trump l’a appelé à quitter la présidence et à mettre immédiatement fin aux frappes contre les infrastructures pétrolières russes, le président ukrainien a répondu dimanche à la télévision américaine. Selon lui, des élections ne pourraient être organisées qu’en cas de cessez-le-feu d’au moins 60 jours. Quant aux frappes ukrainiennes contre les raffineries russes, elles se poursuivront tant que Moscou continuera de s’en prendre aux infrastructures énergétiques ukrainiennes.
Trump a annoncé dimanche après-midi encore sur sa plateforme Truth Social qu'un arrêt réciproque des attaques contre les infrastructures énergétiques entrait immédiatement en vigueur. Malgré la surprise de Zelensky, il assure que les deux parties auraient donné leur accord. Reste à voir, dans les prochains jours, si cette annonce débouche sur une véritable avancée ou si ce sont de simples paroles en l'air de la Maison Blanche. Pour l'instant, Moscou semble poursuivre ses frappes...
Une influenceuse MAGA attaque Trump
Les relations entre Kiev et Washington sont aujourd’hui dans l’impasse et les deux acteurs renouent avec le climat de tension qui régnait en février 2025, lorsque Donald Trump avait défrayé la chronique en chassant Volodymyr Zelensky de la Maison-Blanche.
La décision de Trump sur le pétrole russe a toutefois déclenché des effets secondaires étonnamment positifs dès les premières heures pour l'Ukraine. Tout d'abord, l'Europe a fait bloc derrière Kiev: lundi, les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne (UE) ajouteront 1646 entreprises et ressortissants russes à leur liste de sanctions.
Autre élément frappant: les critiques se multiplient jusque dans le camp américain. Keith Kellogg, qui a récemment quitté ses fonctions d’envoyé spécial de Trump pour l’Ukraine, a rappelé sur Fox News que la Russie bombardait des écoles et des églises, tandis que Kiev se limitait à des attaques ciblées contre des objectifs militaires et des cibles finançant l'armée en Russie.
Mais ce n'est pas tout. Laura Loomer, l'une des voix les plus en vue de l'ultradroite américaine et de la mouvance MAGA, a rappelé à Trump dans une publication sur X que, selon sa Constitution, l'Ukraine ne pouvait pas organiser des présidentielles tant que la guerre faisait rage. «Celui qui veut de nouvelles élections en Ukraine doit contraindre la Russie à arrêter son offensive.»
Enfin, l'accord pétrolier pourrait même se retourner contre Poutine en Russie. L'essence est rare dans presque toutes les régions de cet immense pays en raison des nombreuses raffineries pétrolières bombardées. C’est d’ailleurs ce qui a poussé le président russe à décréter il y a quelques jours une suspension totale des exportations de diesel. Sur les réseaux sociaux russes, les scènes de bousculade dans les stations-service, où des automobilistes se disputent les derniers jerricans de carburant, sont devenues monnaie courante.
Si la Russie recommence à exporter massivement son or noir vers les Etats-Unis, la pénurie sur son marché intérieur s'aggravera. Déjà fragilisé, Poutine n’a aucun intérêt à voir les tensions monter au sein de son propre pays. A force de faire arrêter les contestataires et de les envoyer au front, il risque de finir isolé, seul face à l’immensité de son territoire.