Le documentaire «NAZA», qui donne la parole à des militaires israéliens accusant l'armée de tuer de nombreux civils à Gaza, sera mis à disposition gratuitement en ligne en novembre, a annoncé jeudi l'un de ses réalisateurs.
Ovationné à la Mostra de Venise où il a reçu le prix spécial du jury mi-septembre, ce film a déclenché une tempête politique en Israël, où les réalisateurs Yuval Abraham et Rachel Szor ont été accusés de «trahison» par des ministres et menacés d'être déchus de leur nationalité israélienne.
«La critique n'est pas une trahison»
Le documentaire sera disponible «gratuitement sur Internet» à partir de novembre pour permettre à la «vérité d'émerger», a déclaré Yuval Abraham dans un message publié sur X, sans donner de date précise. Il sera donc accessible après les législatives qui se tiennent le 27 octobre en Israël.
«J'ai fait ce film pour susciter un débat public sur les actes du gouvernement à Gaza», a ajouté le réalisateur. «Le journalisme n'est pas une trahison. La critique n'est pas une trahison», a insisté Yuval Abraham.
Le documentaire repose sur les témoignages anonymes de 24 soldats et membres des services de renseignement israéliens qui décrivent la façon dont, d'après eux, l'armée tue sciemment de nombreux civils lors de frappes visant des membres du mouvement islamiste Hamas. «NAZA» est l'acronyme militaire israélien désignant les «dommages collatéraux» estimés avant chaque frappe, selon le documentaire.
Déchéance de nationalité
Après la présentation acclamée du film à Venise, le ministre israélien de la Culture Miki Zohar a réclamé une procédure de déchéance de nationalité contre ses auteurs et une enquête sur les sources anonymes du film. L'armée israélienne a, elle, rejeté «catégoriquement» les accusations contenues dans le film, exprimant des doutes sur la fiabilité des intervenants anonymes.
Elle a en outre assuré faire des efforts importants pour préserver les civils lors des frappes à Gaza. Estimant que le documentaire avait «fissuré l'écran de l'indifférence» en Israël malgré un «coût personnel élevé», Yuval Abraham a indiqué que Rachel Szor et lui rentreraient au pays pour «continuer à se battre», malgré les menaces de poursuites judiciaires.
Il n'a pas dit quand ils rentreraient en Israël, ni où ils se trouvaient actuellement. Lancée en représailles aux attaques meurtrières perpétrées par le Hamas sur le sol israélien le 7 octobre 2023, la guerre menée par Israël à Gaza a fait plus de 73'000 morts, selon le ministère de la Santé de ce territoire contrôlé par le mouvement islamiste, et dont les chiffres sont jugés fiables par les Nations unies.