Les combattants houthis sont redoutables. Ces 350'000 rebelles lourdement armés et financés par l’Iran terrorisent depuis 12 ans la population dans l’ouest du Yémen. Et depuis ce week-end, grâce à une offensive militaire surprise, ils contrôlent le détroit de Bab al-Mandab («la Porte des larmes» en arabe) à l’entrée de la mer Rouge.
Alors qu'un peu plus à l'est, le blocus du détroit d’Ormuz menace déjà le commerce du pétrole et du gaz, une fermeture de la «Porte des larmes» aurait des répercussions bien plus lourdes – surtout pour l'Europe.
Attaques de navires facilitées
A la fin de cette semaine, les rebelles islamistes du nord-ouest du Yémen sont parvenus à progresser vers le sud. Ils ont non seulement pris le contrôle de l'importante ville portuaire de Moqqa, mais aussi de l'île de Majun, en plein cœur du détroit de Bab al-Mandab.
Une stratégie qui permet aux rebelles de faciliter leurs attaques contre les navires marchands. Leur commandant a déjà ordonné de mettre en place des pièces d'artillerie. De plus, il est avéré que ce groupe armé soutenu par l'Iran dispose de drones maritimes modernes lui permettant d'attaquer des navires.
Les livraisons de Temu seraient touchées
De son côté, l'Iran jubile, considérant le succès de ces rebelles alliés comme un «triomphe divin». Rien d’étonnant, puisque la fermeture imminente de la «Porte des Larmes» pourrait affaiblir davantage l’Occident, tout en étant susceptible de modifier la dynamique des négociations avec Israël. En effet, le détroit de Bab al-Mandab est un point stratégique clé, plus de 12% du commerce maritime mondial (et pas seulement celui du pétrole et du gaz) y transitant.
Si ce détroit de seulement 27 kilomètres de long venait à être bloqué, cela représenterait un véritable coup de massue pour l'Europe, que ce soit au niveau de l'industrie automobile, de la construction mécanique, de l’industrie textile et du secteur médical. Tout ce qui nous est acheminé depuis l’Asie dans des conteneurs resterait bloqué. A l'image de millions de commandes quotidiennes de Temu et Shein qui parviennent par bateau depuis la Chine jusqu'aux côtes méditerranéennes.
Israël en difficulté
La situation pourrait être particulièrement critique pour Israël, qui fait transiter environ un quart de ses importations par la mer Rouge, au nord du détroit, notamment via le port d'Eilat. Dans un contexte intérieur déjà tendu à l’approche des élections du 27 octobre, une perturbation de cette voie maritime pourrait accentuer les difficultés économiques et logistiques d’Israël.
A noter que, depuis leur création, les Houthis ciblent particulièrement les Etats-Unis et Israël, avec leur slogan incendiaire «Mort aux Etats-Unis! Mort à Israël! Mort aux Juifs! Vive l’islam!».
Il existe toutefois une route alternative pour les marchandises reliant l’Asie à la Méditerranée: le cap de Bonne-Espérance. Sauf que ce détour par l’Afrique du Sud allonge le trajet d’environ dix jours, entraînant ainsi une hausse des coûts de transport, tout en augmentant les risques liés à la navigation.
Le cauchemar des pirates somaliens
Cette situation s’explique notamment par le regain d’activité des pirates somaliens, qui ciblent les navires empruntant cette route. Après plusieurs années d’accalmie, la piraterie connaît un net regain en 2026. Depuis le début de l’année, 15 attaques contre des navires marchands auraient déjà été recensées. Les pirates profiteraient notamment du redéploiement des moyens militaires de plusieurs puissances, comme l’Arabie saoudite et les Etats-Unis, davantage mobilisées au Proche-Orient.
La Somalie reste par ailleurs confrontée à une forte instabilité politique et sécuritaire. Il y a trois ans, le journaliste de Blick Samuel Schumacher s’était rendu dans le pays et avait pu constater les difficultés du gouvernement central à lutter contre Al-Shabaab, la milice islamiste qui contrôle une grande partie du territoire en dehors de la capitale, Mogadiscio.
Dans ce contexte, les moyens consacrés à la lutte contre la piraterie restent limités. Parmi les personnes impliquées figurent notamment d’anciens pêcheurs. Ceux-ci sont confrontés à une forte dégradation de leurs conditions de vie, en raison de la présence de navires de pêche étrangers au large des côtes somaliennes.
Négociations avec Trump
Revenons au détroit de Bab al-Mandab. Pour l’heure, la voie maritime reste ouverte, à l’exception des navires saoudiens, auxquels les Houthis livrent une véritable guerre depuis plusieurs années.
Lors d’un entretien téléphonique avec Donald Trump en fin de semaine, les dirigeants houthis auraient indiqué qu’ils maintiendraient le détroit ouvert à deux conditions: que les Etats-Unis ne lancent pas d’opération contre eux, et qu'ils ne fournissent pas de soutien militaire à l’Arabie saoudite. Les Houthis auraient aussi rappelé au président américain l’accord conclu en 2025, qui prévoyait l’absence d’attaques américaines contre le mouvement en échange du libre passage des navires américains.
De son côté, Trump ne semble pas disposé à ouvrir un nouveau front au Moyen-Orient. Les Etats-Unis sont déjà engagés depuis près de sept mois dans la guerre en l’Iran, et leurs stocks de munitions coûteuses commenceraient à diminuer.
Selon Reuters, le républicain a confié par téléphone au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane que les Etats-Unis n’apporteraient pas de soutien militaire aux Saoudiens dans leur lutte contre les Houthis. Tout ce qu’il pouvait offrir, ce sont des renseignements.
Les Houtis gagnent des milliards chaque année
Il est également envisageable que les Houthis instaurent une forme de système douanier à la «Porte des Larmes» et imposent des redevances aux navires souhaitant emprunter le détroit.
Selon les estimations du centre de réflexion yéménite Mokha Center for Strategic Studies, ils tireraient déjà plus de 13 milliards de dollars par an de la contrebande et des droits portuaires. Ces revenus pourraient leur permettre de renforcer leurs capacités et de consolider leur contrôle sur les territoires qu’ils administrent.
Sans l’intervention d’une puissance militaire comme les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et les pays occidentaux disposeraient toutefois de moyens limités pour s’y opposer.