Il l'a promis dans Time
Trump peut-il expulser 11 millions de migrants et racketter l'Europe?

L'ancien président américain l'a promis dans les colonnes du magazine Time. S'il est élu le 5 novembre, il mobilisera la garde nationale pour expulser les migrants et il forcera les Européens à payer pour leur sécurité. Crédible?
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Dans le magazine américain Time, Donald Trump se dit prêt à employer les manières les plus fortes contre les migrants
Photo: Richard Werly
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Richard WerlyJournaliste Blick

Des fusils dans le dos des onze millions de migrants qui, selon Donald Trump, «polluent» les États-Unis. Et l’obligation pour les alliés européens de Washington de signer de gros chèques pour acheter au plus vite des armes américaines afin de garantir leur sécurité. Ces deux promesses sont au cœur de l’entretien-fleuve accordé par le candidat républicain au magazine Time. Crédible? Possible? On répond en cinq points.

Expulser les migrants par la force? Intenable

Bien sûr, c’est du cinéma. Mais il suffit d’aller voir le film «Civil War» d’Alex Garland, tout juste sorti sur les écrans, pour comprendre ce que la mobilisation de la Garde Nationale pour expulser les migrants par la force pourrait entraîner. Dans le film, un combattant en uniforme met en joue des journalistes et leur demande d’où ils viennent. Deux d’entre eux sont asiatiques. Ils les tuent sur-le-champ, et leurs cadavres se retrouvent dans une fosse commune en train d’être remplis d’autres corps. On le redit: c’est une fiction. Mais la mobilisation des 440'000 hommes de la Garde nationale pour expulser les 11 millions de migrants sans papiers (selon les estimations officielles) créerait, de fait, une situation très explosive en matière d’ordre public, en particulier dans les grandes villes des États-Unis. Les chasses à l’homme qui se déroulent aux frontières deviendraient la règle. Sans garanties de résultats.

Jeter les migrants dans des camps? Attention danger

D’immenses camps de rétention pour des familles entières de migrants, avant leur rapatriement forcé dans leurs pays d’origine. C’est l’autre projet que Donald Trump expose dans son entretien à Time. Il faut reconnaître qu’au même moment, la création de centres de tri des migrants aux frontières est aussi étudiée… par l’Union européenne qui prévoit de tels mécanismes dans le pacte Asile et Migration qui vient d’être adopté. Deux différences toutefois. 1) Créer des prisons pour migrants à ciel ouvert aux États-Unis, sans accords de retour avec les pays d’origine, deviendrait un casse-tête juridique, pénal et social 2) Créer des centres frontaliers de rétention est possible, mais là aussi, cela devra être négocié, notamment avec le Mexique et les pays d’Amérique centrale.

Obliger les Européens à s’armer américain? Jouable

Rien de neuf dans le discours de Donald Trump. Pour l’ancien président, la seule sécurité qui vaille est celle qui s’achète. D’accord, dit-il, pour venir au secours des alliés qui paient rubis sur l’ongle et achètent du matériel militaire «Made in USA» en quantités bien plus grandes qu’actuellement. Pour les autres, cela dépendra des circonstances. Ce grief est habituel chez Trump qui a toujours considéré l’OTAN comme une alliance militaire payée par les États-Unis, et qui leur rapportent trop peu. Cette menace peut produire ses fruits sonnants et trébuchants. Certains pays européens comme la Pologne, les Pays Baltes ou même l’Allemagne préféreront sans doute sortir le carnet de chèques que se fâcher avec POTUS (President of The United States)

Lâcher les Européens si Poutine attaque? Impensable

Donald Trump ne répète pas cette menace. Il la laisse planer, pour mieux faire payer ses alliés. Car il sait impossible, pour les États-Unis, d’abandonner un allié européen membre de l’OTAN qui serait visé par une attaque russe, même si ce pays n’a pas acheté selon lui assez d’armes américaines. Pourquoi? D’abord parce que Washington est lié par l’article 5 de l’Alliance qui garantit la sécurité mutuelle en cas d’agression. Ensuite parce que la puissance américaine se trouverait d’un seul coup discréditée. La Chine chercherait tout de suite à tester les États-Unis sur Taïwan. Le Shérif Trump serait aussitôt défié.

Se comporter comme un dictateur le jour 1? Impossible

Donald Trump le sait. S’il est élu, il redeviendra président des États-Unis. Mais il n’aura pas tous les pouvoirs. Surtout si le Congrès est en partie contrôlé par les Démocrates. Que veut dire «être dictateur au moins le premier jour» comme il l’a dit dans le passé? Pas grand-chose de clair. Le candidat, d’ailleurs, prend ses distances avec cette formule. Oui, Trump tentera de passer en force sur certains dossiers. Oui, il limogera sans doute en masse des hauts responsables de l’administration, du FBI (qu’il déteste) ou d’autres institutions. Mais les États-Unis demeureront un État de droit, fédéral, où le pouvoir judiciaire est indépendant. Le dictateur Trump pourrait vite se retrouver piégé par ses promesses.

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