Lauréat du prix Goncourt 2026, Philippe Jaenada a reconnu mercredi sur France Inter avoir utilisé l'intelligence artificielle à trois reprises pour son roman «L'Inconnue du quai de Javel». L'écrivain défend un usage limité de cet outil, sans lui déléguer son écriture.
L'auteur français de 62 ans a expliqué avoir notamment glissé dans son livre une phrase entièrement rédigée par ChatGPT, dans le but de «jouer avec le lecteur». Il n'en a dévoilé le contenu qu'aux membres du jury Goncourt, mardi, plaisantant sur le secret ainsi partagé: «Si ça sort, je sais de qui ça viendra».
Philippe Jaenada a également raconté avoir sollicité l'outil «pour me moquer un peu de ChatGPT», en raison de ses «réponses complètement absurdes à propos d'une donnée technique». Il a enfin reconnu s'en être servi pour effectuer des recherches techniques nécessaires à la préparation de son roman.
L'IA à petites doses
«Je pense qu'on ne peut pas refouler l'IA, on ne peut pas faire comme si ça n'existait pas», a déclaré l'écrivain sur France Inter. «Il faut s'en servir, il faut le reconnaître, il faut l'apprivoiser et ne pas se faire remplacer. Il faut qu'elle soit utile», a-t-il ajouté, plaidant pour une utilisation maîtrisée de cette technologie.
Ces déclarations interviennent alors que le monde littéraire francophone est secoué par une controverse autour de l'utilisation de l'intelligence artificielle dans la création romanesque. L'écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien, dont le roman «C'était ça ou mourir» figurait parmi les favoris de la saison, a été écarté de la sélection du Goncourt et d'autres prix littéraires après des accusations de recours à l'IA.
Couronné mardi, «L'Inconnue du quai de Javel», publié chez Flammarion, revient sur l'assassinat non élucidé d'une jeune Française à Paris à la fin des années 1940. Avec ce roman-fleuve, Philippe Jaenada poursuit son exploration des affaires criminelles et des destins singuliers, au croisement de l'enquête policière et du récit intime.
L'écrivain s'était déjà imposé dans ce registre avec «Sulak» en 2013, «La Petite Femelle» en 2015 et «La Serpe» en 2017. Il succède au palmarès du Goncourt à Laurent Mauvignier, récompensé en 2025 pour «La Maison vide», devenu depuis un important succès de librairie.