Risque de violences XXL
La France redoute un Halloween des colères sociales

A la veille d'un nouveau samedi de mobilisation sociale, le gouvernement français a multiplié les avertissements sur le risque de violences nocturnes. Des groupuscules pourraient profiter d'Halloween pour semer le désordre dans les grandes villes.
1/5
Voir Paris plonger dans la violence pendant la nuit d'Halloween: c'est le cauchemard du gouvernement français.
Photo: keystone-sda.ch
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

La nuit du 31 octobre 2026 restera-t-elle dans les annales comme celle du «Halloween social» français? C'est le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez qui a lui-même, en conférence de presse, posé la question. Sur la sellette depuis les émeutes et les pillages du 17 octobre, le patron des services de sécurité intérieure a mis en garde le public.

Des groupuscules violents, recrutés selon lui en particulier du côté de l'ultragauche, pourraient profiter de la fête d'Halloween pour fondre sur les villes françaises. Attention donc aux déguisements macabres: ils pourraient bien cacher des casseurs et des pillards, désireux de s'en prendre aux forces de l'ordre, aux commerces et au pouvoir.

Casse-tête des manifestations

Cet avertissement donne une idée de la peur qui plane sur la France, alors que les différents collectifs impliqués dans les mobilisations du 17 et du 24 octobre ont promis un «Acte III» ce samedi. On trouve parmi eux d'anciens «Gilets jaunes», qui promettent des sit-in de protestation à travers le pays, mais aussi des mouvements lycéens ou étudiants, et les syndicats les plus marqués à gauche, dont la CGT. Le parti de gauche radicale La France insoumise soutient ces protestations contre la vie chère. Des protestations devenues un casse-tête pour les autorités.

Ce week-end encore, à Paris, l'itinéraire des manifestations demeure flou. Le gouvernement, inquiet de possibles débordements dans les grandes artères commerçantes de la capitale, voudrait confiner les manifestants sur les boulevards extérieurs qui entourent l'est parisien. Le 24 octobre, dans ces mêmes parages, plus de cent mille personnes avaient défilé dans le calme pour réclamer un plan d'urgence pour les lycées – des mesures ont enfin été annoncées en début de semaine –, une augmentation du salaire minimum et des aides d'urgence pour les professions affectées par la hausse des prix du carburant.

Violences urbaines

L'association entre la fête d'Halloween et les violences urbaines provient de la prolifération sur les réseaux sociaux de vidéos appelant à casser ou à piller à la faveur de la célébration nocturne de cette ancienne fête celtique venue des Etats-Unis, supposée célébrer l'arrivée de l'hiver, mais aussi la frontière entre les vivants et les morts chaque 31 octobre. Crées souvent avec l'aide de l'intelligence artificielle, ces clips appellent les manifestants à venir costumés le 31 octobre, notamment sur fond de musique de «Thriller», le tube de Michael Jackson.

Résultat: les forces de l'ordre sont à nouveau en état d'alerte, et un vent de panique souffle sur les commerces des centres-villes. 70'000 policiers seront à nouveau déployés en France ce samedi, ce qui a conduit à de nombreuses annulations de congés dans une corporation gravement touchée par les émeutes, puisque plus de mille agents ont été blessés depuis le 17 octobre. Les syndicats de commerçants, pour leur part, crient au secours, vu les fermetures imposées dans les grandes artères dédiées au «shopping». Leurs responsables demandent déjà des amnisties fiscales pour éviter de déposer le bilan, vu l'aggravation de leurs finances et le coût des palissades de bois qu'ils doivent installer. Or, pour l'heure, la réponse des pouvoirs publics a consisté à leur proposer des prêts à taux zéro, de nature à aggraver leur endettement.

Révolte de Mai 68

La référence à la révolte étudiante de mai 1968 est faite de plus en plus souvent. A l'époque, cette rébellion née sur les campus avait duré sept à huit semaines, mais sans pillages majeurs. Les forces de police avaient été rudement prises à partie. Cette crise sociale majeure s'était achevée lorsque le général de Gaulle, à l'issue d'une visite éclair sur une base militaire française en Allemagne, à Baden-Baden, avait convoqué des élections législatives et emporté une très large majorité. Problème, près de soixante ans plus tard: la colère sociale française intervient en pleine campagne présidentielle. Les deux partis les plus extrêmes, le Rassemblement national pour la droite nationale-populiste et La France insoumise pour la gauche radicale, dominent les sondages. Et la perspective d'un second tour de l'élection présidentielle entre Marine Le Pen (RN) et Jean-Luc Mélenchon (LFI) est de plus en plus souvent évoquée.

La France, contrairement à l'Italie, elle aussi en proie à de violentes émeutes et à des pillages, a été assommée le 17 octobre par des attaques contre des bâtiments publics, illustrées par l'incendie de la mairie de Limoges. La nuit d'Halloween offrira-t-elle un sanctuaire à des groupes violents pour rééditer ces opérations de sabotage? Le commissaire de police Frédéric Lauze, ancien responsable du renseignement intérieur et ex-président du syndicat des commissaires de la police nationale, ne l'exclut pas: «Le cycle de violences peut se prolonger et cela ne sera pas tenable sans sortie de crise politique», explique-t-il. Et d'ajouter: «Les pillards sont dans une sorte de jeu vidéo géant. Les habitants sont terrorisés.»

L'édition 2026 d'Halloween, en France, s'annonce plus angoissante que folklorique et bon enfant.

Articles les plus lus