L'Iran riposte plus que jamais
La France découvre qu'elle est bien une cible des mollahs

Un soldat français a été tué et plusieurs autres ont été blessés dans une frappe de drone sur sa base proche d'Erbil, dans le Kurdistan irakien. Les bases militaires françaises dans le Golfe pourraient se retrouver happées par la guerre.
1/5
Le porte-avions Charles de Gaulle est arrivé en Méediterranée à la demande d'Emmanuel Macron.
Photo: AFP
Blick_Richard_Werly.png
Richard WerlyJournaliste Blick

Ils sont des cibles. Et ils viennent de le payer cher. Les centaines de soldats français déployés dans les bases au Moyen-Orient savent désormais qu'ils peuvent, comme l'adjudant-chef Arnaud Frion, être tués par une frappe de drone iranien sur leur camp. Le sous-officier décédé jeudi 12 mars près d'Erbil, dans le Kurdistan irakien, faisait partie du contingent de chasseurs alpins déployés pour aider les troupes kurdes. Il participait à l'opération antiterroriste Chammal, initialement déployée contre l'Etat islamique. Six autres militaires français ont été blessés, preuve que leur base est dans le viseur des opérateurs de drones de la République islamique.

Les modalités de cette frappe aérienne, par deux drones lancés sur une base franco-kurde située à une quarantaine de kilomètres au sud-ouest d'Erbil, illustrent le risque d'engrenage militaire dans lequel la France pourrait se retrouver happée au Moyen-Orient. Emmanuel Macron est en effet le dirigeant européen le plus actif depuis le début du conflit, en particulier sur le dossier du Liban, où Israël entend détruire les positions du Hezbollah chiite (soutenu par l'Iran), qui continue de tirer des dizaines de roquettes par jour sur l'Etat hébreu.

La question d'Ormuz

Le président français a aussi évoqué la possibilité d'envoyer un contingent naval dans le détroit d'Ormuz pour escorter les navires marchands aujourd'hui bloqués par les missiles et les drones iraniens. Une possibilité que tous les experts estiment très improbable, vu l'état actuel de la menace et l'avertissement du nouveau guide suprême iranien. Dans son premier discours lu à la télévision jeudi 12 mars, ce dernier a répété que le détroit d'Ormuz demeurerait fermé, promettant de venger par le sang les victimes de la guerre aérienne déclenchée le 28 février par les États-Unis et Israël.

Que la France soit prise pour cible n'est malheureusement pas une surprise. Elle est le seul pays européen à disposer de bases avancées dans la région: à Abu Dhabi, où ses installations ont déjà été visées au début du conflit par un missile iranien, mais aussi au Kurdistan irakien et à Djibouti. Dans ces trois cas, il s'agit de forces combattantes. Au Kurdistan, l'opération Chammal contre l'Etat islamique a aussi permis à des militaires français d'entrer en contact avec des forces kurdes iraniennes, dont l'entrée en action contre le régime des ayatollahs et les Gardiens de la révolution est souvent évoquée.

Le risque d'attentats

La France a aussi été, dans le passé, une cible favorite des attentats fomentés par la République islamique d'Iran ou son principal «proxy», le Hezbollah libanais. En octobre 1983, un attentat contre l'immeuble Drakkar, à Beyrouth (Liban), avait entraîné la mort de 58 parachutistes français. Trois ans plus tard, en septembre 1986, un attentat avait été perpétré rue de Rennes, en plein cœur de Paris. L'arrière-plan de ces deux attaques terroristes était l'implication de la France aux côtés de l'Irak de Saddam Hussein dans la guerre Iran-Irak (1980-1988). La République islamique réclamait aussi le rapatriement des fonds engagés par Téhéran dans l'entreprise Eurodif d'enrichissement d'uranium à des fins nucléaires civiles, sous le régime déchu du Shah.

La mort d'un soldat français sur ce théâtre d'opérations du Golfe persique relance la polémique sur la vulnérabilité tricolore. Un autre sujet monte ainsi ces jours-ci, alors que l'Iran entend poursuivre la lutte par tous les moyens et incendier la région. Il s'agit du danger encouru par les collections d'œuvres d'art du Louvre Abu Dhabi, le musée conçu avec l'aide du Louvre de Paris. Cet établissement a pour l'heure été épargné par les missiles iraniens qui ont visé les Émirats arabes unis. Le Louvre Abu Dhabi, inauguré en octobre 2017, doit rapporter à terme près d’un milliard d’euros à la France, dont 400 millions pour l’utilisation de la dénomination «Le Louvre».

Articles les plus lus