En bref
- Les manifestations du 17 octobre 2026 en France ont été marquées par des violences impliquant divers groupes, notamment des militants d’ultragauche, des pilleurs opportunistes et des jeunes en révolte contre les institutions. Des accusations d’infiltration policière et de manipulations politiques circulent, sans preuve concluante.
- Les enquêtes révèlent des profils variés parmi les casseurs, incluant des militants radicaux instruits, des opportunistes motivés par le pillage et des individus influencés par l’effet de groupe. Aucun profil statistique fiable n’a encore été établi.
- Une mission parlementaire et des enquêtes récentes montrent que les violences de 2026 diffèrent des émeutes de juin-juillet 2023, qui étaient surtout motivées par opportunisme et influence collective, plutôt qu’une idéologie structurée.
Et si la France était la cible d’une opération commanditée et structurée de déstabilisation, via des violences urbaines? Pour l’heure, le gouvernement n’a pas repris cette théorie du complot qui commence à circuler sur les réseaux sociaux. Emmanuel Macron, lors de son intervention télévisée très critiquée du dimanche 18 octobre, s’est bien gardé de s’aventurer sur ce terrain. Au contraire. Le président français a questionné cette montée de violence intérieure avec cette interrogation, avant de s’envoler pour un voyage officiel de deux jours au Moyen-Orient: «Comment des Français peuvent-ils faire cela à la France?»
Reste que l’ampleur inédite des violences et des pillages, leur ciblage et l’organisation presque paramilitaire des commandos de pillards cagoulés et masqués changent radicalement la donne par rapport aux précédentes émeutes. La comparaison est en général faite avec trois moments de chaos: les émeutes de banlieue d’octobre-novembre 2005, qui avaient entraîné l’instauration de l’état d’urgence; le mouvement des «Gilets jaunes» de l’hiver 2018-2019; et les émeutes de juin 2023, à la suite de la mort d’un jeune à Nanterre, tué par un policier après un refus d’obtempérer.
Explosion de violence
Première théorie: celle d’une explosion de violence alimentée par des commandos d’ultragauche français et européens. Plusieurs médias, dont la chaîne TF1, ont même évoqué la présence de casseurs «italiens, allemands et suisses» parmi les groupes de casseurs et de pillards, sur fond d’accroissement des inégalités en Europe et de révolte contre les plus riches et contre le système capitaliste. C’est la théorie reprise par le gouvernement, qui voit là une opération d’instrumentalisation de la colère sociale conduite avec l’assentiment du parti de gauche radicale La France insoumise, de Jean-Luc Mélenchon, candidat pour la quatrième fois à l’élection présidentielle.
Le fait que cette piste soit sans cesse citée et accréditée par les services de renseignement montre qu’elle est sérieuse. L’incapacité de la police à stopper en amont les émeutiers interroge toutefois. Le ministre de l'Intérieur a présenté sa démission à Emmanuel Macron qui l'a refusée.
Deuxième théorie: celle de l’arrivée massive de délinquants des quartiers de la banlieue parisienne ou de zones urbaines similaires à Lyon et à Marseille. Mais, dans ce cas, comment expliquer les flambées de violences urbaines dans d’autres villes, y compris à Limoges, où l’hôtel de ville a été incendié? Comment expliquer les attaques contre les édifices symboliques de l'Etat? Et surtout, comment expliquer les pillages à répétition dans la nuit de dimanche à lundi, alors que les forces de police disposent de très nombreuses images de vidéosurveillance qui permettront ensuite des interpellations? D’où vient un tel sentiment d’impunité?
Troisième théorie, aussitôt reprise par le leader du parti d’extrême droite Reconquête, Eric Zemmour, mais pour l’heure plutôt laissée de côté par Marine Le Pen, du Rassemblement national: le déferlement, dans les beaux quartiers des grandes villes, de jeunes «ennemis de la France», pour l’essentiel recrutés parmi la jeunesse désœuvrée issue de l’immigration. Ceux qui tiennent ces propos se réfèrent à la présence de drapeaux palestiniens, mais aussi algériens, de pancartes en arabe et à l’utilisation d’expressions argotiques issues de l’arabe par les pillards. Rien de concret, de la part des services de police, ne vient pour le moment étayer cette thèse.
Infiltration étrangère
Quatrième théorie: celle d’une infiltration étrangère d’une autre origine, la Russie. Comme elle le fait souvent avec les attaques hybrides qui lui sont attribuées par les services de renseignement européens, la Russie aurait financé des groupes d’«agents jetables», des jeunes prêts à tout pour quelques centaines ou milliers d’euros, et les aurait lancés à l’assaut des villes françaises pour déstabiliser le président Macron, en fin de mandat, qui continue de soutenir l’Ukraine en guerre. Là aussi, pour l’heure, hormis des interrogations sur l’organisation et le mode opératoire, rien ne vient étayer cette thèse.
Dernière théorie, la plus problématique pour la France: la coalition de toutes les colères, incarnée par ces groupes au sein desquels on retrouve souvent des personnes majeures de toutes origines et de quartiers très différents. Une sorte de «jacquerie», comme le pays en a souvent connu dans son histoire, mais beaucoup plus organisée grâce aux réseaux sociaux. Une révolte qui, pour le coup, rejoint, dans la pire des configurations, celle des «Gilets jaunes». La preuve d’une société qui se décompose et d’un Etat qui ne tient plus le pays. Une situation que certains experts qualifient de «pré-révolutionnaire».