Et si Macron perdait pied?
Ces émeutiers qui installent déjà Marine Le Pen à l'Elysée

La candidate du RN à la présidentielle française est intervenue de façon très solennelle pour condamner les émeutes de ce samedi 17 octobre. En comparaison, l'intervention d'Emmanuel Macron, en partance pour le Moyen-Orient, est presque apparue hors-sol.
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Marine Le Pen mise sur un dégagisme fort dans l'électorat français pour la présidentielle 2027.
Photo: AFP

En bref

  • Emmanuel Macron a condamné les émeutes marquées par des pillages et violences contre les institutions, tout en appelant au calme et à l'unité nationale à six mois de l'élection présidentielle de 2027. Il a annoncé des mesures judiciaires fermes et des discussions avec les partis, syndicats et jeunes sur le pouvoir d'achat et l'éducation.
  • Macron a accusé l'ultragauche et des délinquants d'avoir attisé les violences, et son intervention pourrait profiter à Marine Le Pen si les Français jugent le gouvernement incapable de garantir la sécurité.
  • Une enquête Viavoice montre qu'après les émeutes de juin 2023, 54 % des Français pensaient que Marine Le Pen avait été politiquement renforcée, soulignant la centralité des débats sur la sécurité et l'autorité.
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Qui préside la France au sortir des graves émeutes du 17 octobre, qui se poursuivaient encore ce dimanche soir à Paris dans les quartiers du Chatelet, de la République ou des Halles? La réponse est une évidence.

Jusqu'au 2 mai 2027, date du second tour de la prochaine élection présidentielle française, le chef de l'Etat se nomme Emmanuel Macron. Le président de la République, élu une première fois en mai 2017, puis réélu pour un second mandat de cinq ans en 2022, est d'ailleurs intervenu en direct du palais de l'Élysée ce dimanche, pour partager avec ses concitoyens son terrible constat des journées de violences. «Comment des Français peuvent-ils faire cela à la France?»

Sauf que, juste avant, une autre responsable politique a pris la parole. Dans un décor très présidentiel, drapeau tricolore derrière elle, Marine Le Pen a dressé le bilan accablant du titulaire de la fonction suprême. Une intervention qui, à bien des égards, la conforte dans son rôle de présidente (presque) déjà élue au suffrage universel.

Emmanuel Macron allait-il annuler son déplacement prévu à partir du 19 octobre au Moyen-Orient pour rester aux côtés des Français assommés par le spectacle des violences et des pillages, ainsi que par les images de bâtiments publics détruits ou saccagés? Mairie de Limoges incendiée. Préfecture de Bordeaux brutalisée. Office du tourisme de Lyon en feu... Ce chaos, qui se retrouve à la «une» de toute la presse internationale, ne justifiait-il pas un changement d'agenda?

Colère et honte

Réponse négative. Le président, qui ne peut pas se représenter pour un troisième mandat, a exprimé sa colère et sa honte. Il a promis que les responsables seraient poursuivis et devraient répondre des destructions commises. Il a, comme son Premier ministre, accusé les groupes radicaux d'extrême gauche, rejoints par des délinquants, d'avoir provoqué une partie des violences. Il a aussi promis que le chef du gouvernement réunirait bientôt les partis politiques, les syndicats et les représentants des jeunes pour discuter des revendications sur le pouvoir d'achat et l'éducation. Mais à part ça? Rien. Aucune réponse concrète.

Marine Le Pen n'a pas non plus avancé de propositions pour mettre fin à ce climat que certains observateurs qualifient de «prérévolutionnaire». Mais le décor choisi, le ton de son intervention et le seul enchaînement des événements lui déroulent, en quelque sorte, le tapis rouge de l'Elysée par avance, à six mois du premier tour du scrutin présidentiel, le 18 avril.

«Macron m’a donné l’impression de ne pas savoir quoi faire, de se contenter de jouer un rôle à l’international et de déléguer à Lecornu. Une fois de plus, il ne voit pas la réalité en face. Il ne semble heureux que dans son avion, loin de ce pays qui s’appelle la France et qu’il ne comprend toujours pas», juge un ancien haut fonctionnaire, très informé.

Et Le Pen? «Elle incarne la fermeté, l'autorité, le recours. Plus les émeutiers cassent, plus ils font son jeu politique», juge l'universitaire Dominique Wolton, spécialiste de l'opinion. La violence erratique et incontrôlée, meilleur paravent pour l'accession du parti national-populiste au pouvoir?

Discours d'autorité

L'ancien sénateur macroniste André Gattolin est lui aussi sévère: «La posture d'Emmanuel Macron est le discours d’autorité, alors que celle-ci lui échappe et échappe aux forces de l'ordre! Ça ne colle pas. La promesse de transparence ne correspond pas au défi du moment, qui est de rassurer les Français.»

Résultat: les auteurs des violences, que le pouvoir accuse d'être proches de la gauche radicale et du parti de Jean-Luc Mélenchon, La France insoumise (LFI), font le jeu du pire adversaire de ce parti: le Rassemblement national. Pourquoi? Parce que les violences du samedi 17 octobre renforcent le sentiment d’insécurité et la demande d’autorité et de fermeté, deux thèmes centraux du RN. Mieux encore pour Marine Le Pen, les émeutes peuvent donner l'impression que le pouvoir ne contrôle plus la situation, ce qui lui profite.

Après les émeutes de juin 2023, à la suite de la mort d'un jeune à Nanterre, tué par un policier après un refus d'obtempérer, 54 % des Français estimaient que Marine Le Pen était sortie politiquement renforcée de cette crise, selon une enquête Viavoice. Depuis lors, sa cote de popularité et les intentions de vote en sa faveur n'ont cessé de progresser. Selon les sondeurs, cette semaine à venir pourrait être la meilleure jamais enregistrée par le RN et sa candidate dans les enquêtes d'opinion.

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