En bref
- Marine Le Pen a clôturé le XIXe congrès du Rassemblement national ce dimanche 25 octobre 2026 à Orléans, en appelant à une «renaissance» française. Elle a présenté un projet centré sur la souveraineté, la sécurité et la reconstruction nationale.
- Deux annonces majeures ont marqué son discours : inscrire la «communauté nationale» dans la Constitution et nommer Jordan Bardella comme Premier ministre en cas de victoire présidentielle.
- Elle a également promis d'abroger la loi Hulot de 2017, annoncé des expulsions automatiques pour les étrangers délinquants et prôné une diplomatie française indépendante.
Marine Le Pen profite de tous les vents porteurs. Impossible, alors que la France est aux prises avec des samedis de manifestations sociales à répétition (un nouvel acte III de la protestation est encore prévu le 30 octobre et un appel à la grève est lancé pour le 5 novembre), de ne pas admettre qu'elle est l'ultra-favorite pour la présidentielle française d'avril-mai 2027. Les sondages lui donnent entre 33 et 36 % d'intentions de vote au premier tour. Son discours de clôture du congrès du Rassemblement national (RN, droite nationale populiste) à Orléans, dimanche 25 octobre, a donc valeur de «feuille de route». Que retenir?
Présider, c'est refuser le déclin
La candidate du RN tente, pour la quatrième fois consécutive, d'accéder à l'Elysée. Elle sait que sa stature a souvent été mise en cause et que les deux débats télévisés perdus face à Emmanuel Macron, en 2017 et 2022, ont laissé des traces dans l'opinion. Son remède pour faire oublier ses deux prestations ratées et ses deux défaites au second tour face au chef de l'Etat sortant? Miser sur l'avenir. Lors de son discours à Orléans, le mot «Renaissance» a été scandé. Marine Le Pen sait que, dans la situation actuelle, une majorité de Français redoutent le déclin de leur pays. Elle se présente donc comme la seule capable de sauver la République. Elle ouvre les bras devant les militants. Elle fait référence à Jeanne d'Arc, qui libéra Orléans des Anglais en 1429. Il ne s'agit que de mots. Mais l'on voit bien ce qui a changé. Marine Le Pen veut incarner l'espoir, au-delà de son bassin d'électeurs traditionnels.
Présider, c'est ramener l'autorité
Facile de tenir ce discours, dans une séquence où l'autorité de l'Etat en France est tellement malmenée. Tout au long du congrès, les cadres du RN qui se sont exprimés ont tous, sans exception, répété qu'ils seraient toujours du côté des forces de l'ordre. Promesse habile: Marine Le Pen a promis, si elle est élue, de mettre la «sécurité quotidienne» au premier rang des missions de l'Etat. Sans surprise, elle a répété son intention de mettre en œuvre un programme d'expulsions «automatiques et définitives» pour les étrangers délinquants, sans expliquer comment elle parviendra à convaincre les pays d'accueil. Autre point qui a suscité de longs applaudissement : l'éloge de la «civilité et du respect» dans la prévention des violences. Une pierre jetée à la fois dans le jardin de la gauche radicale, accusée de «bordéliser» le pays, et dans celui d'Emmanuel Macron, qui n'est plus respecté selon elle.
Présider, c'est faire du Trump
Marine Le Pen s'est bien gardée de prendre en exemple le président des Etats-Unis, même si celui-ci lui a récemment apporté son soutien sur son réseau social, après l'avoir longtemps boudée, la jugeant trop étatiste. Son discours d'Orléans, en revanche, porte toutes les marques du trumpisme sur le plan économique, le libéralisme à l'américaine en moins. La vision économique de la candidate est entièrement fondée sur la souveraineté, la puissance industrielle et le travail. Elément nouveau: elle a même décliné, à la française, le mot d'ordre de Trump «Drill, baby, drill» («Fore, bébé, fore») en promettant de relancer la recherche d'hydrocarbures en France, après l'abrogation de la loi Hulot de 2017, qui prévoit de mettre un terme à leur exploitation d'ici à 2040. Elle promet une baisse de la TVA sur les énergies et une suppression de la TVA sur une centaine de produits de première nécessité. Point nouveau: Marine Le Pen commence à fluctuer sur les retraites. Elle assure qu'elle ne repousserait pas l'âge légal de départ au-delà de 64 ans, mais elle ne reprend plus explicitement sa promesse antérieure d'un retour général à 60 ans.
Présider, c'est miser sur Jordan, mais...
Jordan Bardella sort du congrès du RN à Orléans avec un résultat mitigé. Certes, Marine Le Pen l'a confirmé devant les militants comme son futur Premier ministre, si elle est élue présidente. L'intéressé, âgé de 31 ans, a aussi été réélu président du parti avec un score soviétique de 98,98% des voix! Marine Le Pen mise donc toujours sur Jordan Bardella, dont le prochain livre s'intitulera «Gouverner». Mais attention: au sein du conseil et du bureau national du RN, les alliés de «Marine» sont bien plus nombreux que ceux de «Jordan». Autre signe: c'est Sébastien Chenu, un fidèle de Marine Le Pen, qui la remplacera comme patron des députés du RN à l'Assemblée nationale. On voit bien que la candidate se ménage une possible porte de sortie, au cas où les circonstances politiques l'obligeraient à prendre un virage.
Présider, c'est modifier la Constitution
Deux réformes constitutionnelles seront immédiatement à l'agenda après son éventuelle élection, sans doute soumises à référendum. La première consistera à faire approuver par le peuple un frein à l'endettement public qui, dans les faits, limitera l'ampleur du déficit. L'annonce avait été faite lors de la présentation du programme économique du Rassemblement national à la mi-octobre. Seconde réforme: l'introduction de la notion de «communauté nationale» dans la Constitution, afin «d'affirmer l'unité du peuple français et de lutter contre le communautarisme». Comment? On sait que Marine Le Pen promet plus de référendums, mais le Conseil constitutionnel devra se prononcer sur leur validité. La bataille constitutionnelle fera rage dès son arrivée à l'Elysée, si elle est élue.