Congrès du RN à Orléans
Ils le crient à la gauche: Marine le Pen est déjà présidente

Au XIXe Congrès du Rassemblement national à Orléans, tous les militants sont convaincus que l'élection présidentielle de Marine Le Pen est acquise. Portrait d'un parti persuadé que son heure est arrivée, et qu'il saura remettre de l'ordre dans le pays.
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Marine Le Pen compte sur le XIXe Congrès du Rassemblement national à Orléans pour accélérer sa campagne présidentielle.
Photo: AFP

En bref

  • Le XIXe congrès du Rassemblement national se tient les 24 et 25 octobre 2026 à Orléans pour renouveler ses instances dirigeantes et lancer la campagne présidentielle de Marine Le Pen pour 2027. Jordan Bardella, seul candidat à sa succession, a été reconduit à la tête du parti samedi.
  • Quelque 15'000 sympathisants du RN et 20 à 30'000 manifestants opposés sont attendus à Orléans, avec un dispositif de 3000 forces de l'ordre. Le maire a instauré un couvre-feu nocturne pour les mineurs de moins de 15 ans.
  • Le RN revendique 112'000 adhérents appelés à voter pour son Conseil national, un chiffre en hausse comparé aux 36'000 membres en 2022.
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Ils ne seront plus jamais les «rejetés», ostracisés par la classe politique française traditionnelle, vilipendés par la gauche «bien pensante» dont le bilan se consume dans les rues des villes en proie aux émeutes. Au contraire, les militants du Rassemblement national (RN, droite nationale populiste) s'estiment aujourd'hui incontournables. Ils répètent que leur «maison commune» porte un nom: la France.

Samedi à Orléans, dans un Zénith plein à craquer et dans un palais des congrès transformé en «village des régions et de la gastronomie», les milliers de militants du Rassemblement national n'étaient pas en mode «revanche» ou «résistance». Ils étaient, dès l'ouverture du XIXe congrès de leur parti, en mode «victoire». «On va gouverner, c'est sûr. Rendez-vous en mai 2027», lâche Aude, une militante RN de Nancy, en Meurthe-et-Moselle. «Qui peut nous battre, selon vous? Personne!»

Aude, Laurent, Jade, Martine: venus de Bretagne, de Corse ou de la région parisienne, tous s'échangent devant nous, sur leurs portables, les images des violences qui achèvent ce nouveau samedi de manifestations, dans de nombreuses villes. La preuve, disent-ils «qu'ils avaient raison» et que la gauche française «celle qui dénonce, cible et désigne le RN comme responsable des fractures nationales, est en fait une gauche incendiaire».

Il nous a fallu marcher une heure pour arriver au Zenith. Tous les trams d'Orléans ont été arrêtés ce samedi. A moins de trois kilomètres, de l'autre côté de la Loire, les milliers de protestataires anti-RN brandissent des pancartes ridiculisant leurs leaders, Marine Le Pen ou Jordan Bardella. A l'intérieur de la grande salle de concert, le spectacle est tout autre. Bardella, justement, est acclamé et applaudi à tout rompre. Le jeune président de 31 ans, dont Mediapart a révélé d'anciens écrits antisémites qu'il affirme être faux, vient d'être reconduit avec un score soviétique: 75'497 votants sur 76'276. 98,98% des voix. Un huissier vérifie pour la forme. Le vote s'est fait à main levée, avec un bulletin bleu (pour) ou rouge (contre). Pas question, pour le président du RN reconduit, de se laisser déstabiliser par les succès internes après la tourmente Mediapart. «La grande recomposition viendra. L'exercice du pouvoir confronte nécessairement à des difficultés, mais nous ne renoncerons pas», assène-t-il derrière son pupitre, dès l'ouverture.

«Jordan» est, à l'image des milliers de sympathisants du premier parti de France, assis dans l'amphithéâtre, plus déterminé que jamais. Son rapport moral vient d'être approuvé à l'unanimité. Le RN lui fait confiance. Marine Le Pen continue de lui promettre le poste de Premier ministre si elle l'emporte le 2 mai 2027. «Vous pourrez toujours compter sur moi pour ne jamais faiblir et pour tout donner jusqu'à la victoire de Marine», ajoute-t-il.

«Gouverner» avec Jordan Bardella

Aude, la militante lorraine, nous montre une photo qu'elle vient de prendre: celle de la couverture du nouveau livre de Jordan Bardella intitulé «Gouverner». Guillaume, son compagnon, mâchonne le hot-dog qu'il vient d'acheter. Tous deux ont, chacun, leur drapeau bleu-blanc-rouge. Ils logent à Olivet, la commune voisine d'Orléans que des manifestants de gauche ont tenté en vain de ceinturer, empêchés par les forces de l'ordre. Que sont-ils venus chercher à ce 19e congrès? «Nous avons besoin de la force pour diriger la France. Le résultat ne fait aucun doute: Marine Le Pen sera élue présidente. Elle accédera à l'Elysée. Pour nous, la question est maintenant: que devrons-nous faire sur le terrain pour faire reculer la gauche et sa gestion calamiteuse?»

Preuve de l'assurance ambiante, des tables rondes ont été organisées en début de congrès, à Orléans. Une sur l'école. L'autre sur l'économie. Un chiffre s'affiche sur l'écran géant: celui de la dette du parti, destinée… à disparaître dans quelques mois, puisque ses créanciers auront été remboursés. C'est le trésorier du RN qui le promet. «Notre parti n'aura plus de dette en mai 2027. Nos comptes seront apurés», affirme sur scène son trésorier. Habile. dans un pays presque en faillite, le premier parti de France veut apparaitre comme le défenseur de l'orthodoxie budgétaire. «Tous ceux qui nous font la leçon ont ruiné le pays. La dette publique est à un niveau record, poursuit Aude, la jeune femme de Moselle. Au RN, en revanche, nos comptes sont en ordre.»

Marine Le Pen présidente? Ils n'y croient pas. Ils en sont sûrs. Le nouveau maire de Carcassonne, Christophe Barthès, circule au milieu des rangs à la manière d'une star. Ses ripostes, tout en outrance, aux mobilisations de gauche dans sa ville méridionale l'ont transformé en héros. Barthès, tout juste réélu au bureau national du parti, est chaudement applaudi. Patrick est monté à Orléans en provenance de Marseille. Il parle avec les uns et les autres, dans la queue pour la cafétéria. L'élu local de la Canebière a une même question pour tous: qu'est-ce qui peut faire échouer Marine Le Pen? Réponse: rien. Impossible de trouver un obstacle insurmontable.

Le nombre des militants

«La meilleure preuve de notre vitalité est notre nombre de militants», poursuit l'édile marseillais. 112'319 cartes du Rassemblement national en 2026. Ils n'étaient que trente mille voici dix ans. La progression est fulgurante. Le projet d'acheter un futur siège parisien est avalisé. Une journaliste familière du RN y voit, en salle de presse, le signe d'une évidente confiance: «Je n'entends plus personne douter d'une victoire de Marine. Politiquement, ils sont aux commandes. Ce qui rend encore plus difficile la tâche de la droite traditionnelle, dont les candidats sont, pour l'heure, laminés dans les sondages.» Juste: Bruno Retailleau, le président des Républicains, l'ex-parti de Nicolas Sarkozy, n'est-il pas scotché autour de 5 à 6%, tandis que l'ancien Premier ministre Edouard Philippe, en pole position pour le camp centriste, dépasse à peine les 15%?

Reste un obstacle: l'argent. Les prêts bancaires qui font défaut, alors que le RN, selon ses dirigeants et ses sympathisants, est assuré de diriger bientôt le pays. «Demandez à vos banques d'intervenir. Faites savoir à tous ceux qui gèrent votre argent qu'ils se comportent mal et qu'ils blessent la France», complète, à la tribune, le trésorier du parti. Marine Le Pen, au premier rang, se lève par intermittence pour saluer ses troupes. L'un de ses plus fidèles adjoints, Laurent Jacobelli, député de l'est de la France, a donné le ton d'emblée, devant les journalistes: «Si la démocratie est respectée, nous l'emporterons. Les Français veulent que nous prenions les commandes du pays parce qu'ils savent que nous sommes les seuls à pouvoir tirer le pays du fossé dans lequel Emmanuel Macron l'a enlisé.»

Situation désastreuse des entreprises

Juste près de lui, celui que tout le monde présente comme le futur ministre RN des Finances, Jean-Philippe Tanguy, embrasse chaudement ses supporters. Les unes lui parlent de la situation désastreuse des entreprises en France. L'autre des chiffres du chômage. Un troisième, travailleur frontalier au Luxembourg, parle du niveau des salaires en France.

Laurent Jacobelli traduit devant les médias. Le nouveau Conseil national vient d'être élu en direct par les militants. Trois tables rondes, l'une sur l'éducation, la seconde sur l'économie et la troisième sur le maintien de l'ordre, vont commencer. «On ne nous demande plus si on peut gagner, complète le député lorrain. On nous demande comment on va gérer le pays. Il n'y a plus de doute. Marine Le Pen est celle qui réussira la renaissance de la France.»

19 heures: Marine le Pen et Jordan Bardella se dirigent vers les journalistes accrédités au Congrès pour un échange «off» informel. L'équipe du site Mediapart, conspuée, a pu rester sur place. Les députés du parti se congratulent. Il y croient plus que jamais. Ils affirment que le spectacle des émeutes fait encore plus basculer dans leur sens les classes moyennes et populaires. Laurent Jacobelli, visage habituel du parti sur les plateaux de télévision, a beaucoup de peine à envisager une autre issue que la victoire pour sa candidate. «Les sondages sont en notre faveur, la situation dégénère, Macron est irresponsable. La gauche radicale fait peur et veut détruire l'Etat» égrène-t-il.

L'histoire a pourtant montré qu'à six mois de la présidentielle, rien n'est jamais joué. Marine Le Pen a perdu deux fois au second tour, en 2017 et 2022. Symbole de l'ambiance au Congrés d'Orléans, un militant s'écrie «On a gagné», vite repris par ses voisins. Avant qu'un élu leur fasse signe de se calmer. Au Zénith d'Orléans, Marine Le Pen est déjà présidente. Mais à l'extérieur, partout en France, la bataille politique continue de faire rage.

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