Les feux progressent toujours
Les 5 leçons que Macron doit tirer des incendies en France

Avec 220'000 personnes évacuées et plus de 100'000 hectares brulés, les incendies en Gironde sont historiques. Emmanuel Macron présidera ce lundi une réunion d'urgence. Voici les 5 leçons à tirer de la catastrophe, avant le retour annoncé de la canicule.
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Les feux continuent d'embraser le département de la Gironde en France. Ils sont déjà historiques par leur ampleur.
Photo: AFP
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Réunion interministérielle d'urgence ce lundi 27 juillet à 10 heures. Emmanuel Macron a compris l'urgence de la situation engendrée par des feux de forêt historiques en Gironde, où plus de 220'000 personnes ont dû être évacuées devant la progression fulgurante des incendies. Avant le retour annoncé de la canicule, le gouvernement français est confronté à une catastrophe d'ampleur nationale, en témoignent les centaines de maisons brûlées dans plusieurs communes de ce département du Sud-Ouest.

Quelles leçons tirer de ces incendies, dont l'une des causes semble être une opération de débroussaillage autour de câbles électriques dans une forêt de pins du bassin d'Arcachon? Alors que la population affectée se montre très résiliente, l'heure des bilans et des questions va bientôt sonner. Le président français le sait, alors qu'il lui reste moins d'un an avant la fin de son second mandat, début mai 2027.

Leçon n° 1: L'Etat n'a pas anticipé

C'est le sujet qui monte et qui pourrait mettre un terme à l'union nationale constatée depuis le début des incendies. Les images des zones ravagées par les flammes dans le bassin d'Arcachon et à proximité du sanctuaire balnéaire du Cap Ferret (entièrement évacué) montrent de nombreuses résidences enserrées dans les pinèdes, sans aucune «zone tampon» pour prévenir la propagation des feux.

Un haut fonctionnaire, résident de la région affectée, nous le confirme: «On voit bien que les coupes forestières qui s'imposaient après les incendies dramatiques de 2022 n'ont pas eu lieu. Les routes continuent de circuler entre les arbres. Il faut une distance. Les zones forestières sont mitées d'habitations.» En cause? Avant tout les administrations régionales et locales. L'inventaire des précautions anti-incendie prises par les communes touchées s'annonce redoutable.

Leçon n° 2: Les moyens aériens manquent

L'année 2026 restera tragiquement dans les annales des feux de forêt en France. D'abord en raison de la superficie dévorée par les flammes, en particulier en Gironde et dans le département du Var (alors que l'été est loin d'être terminé). Ensuite en raison d'un incendie inattendu: celui qui a ravagé une partie de la forêt de Fontainebleau, au sud de Paris.

Or, à chaque fois, les moyens aériens ont manqué. Ce week-end, le ministre de l'Intérieur français annonçait la mobilisation de 18 avions et hélicoptères. On a vu aussi le déploiement de l'avion militaire de transport A400M au-dessus de la Gironde, pour déverser des produits retardants. La réalité, si l'on soustrait les moyens mis à disposition par plusieurs pays européens, est que, sur les 12 Canadair qui composent la flotte de la Sécurité civile française, seuls sept à huit appareils sont réellement disponibles pour les interventions, pour cause de maintenance ou de réparations. Leur moyenne d'âge dépasse trente ans. Les nouveaux appareils, déjà commandés, n'arriveront qu'en 2032.

Leçon n° 3: Une administration dépassée

La préfète de la Gironde, Sophie Brocas, dirige également les services de l'Etat dans la région Nouvelle-Aquitaine ainsi que la zone de défense et de sécurité Sud-Ouest. Problème: son arrivée est très récente, ayant pris ses fonctions fin mai 2026.

Son profil atypique, qui l'a vue passer par la presse et écrire plusieurs livres, pose aussi question face à de telles circonstances. Il est bien sûr trop tôt pour tirer le bilan de son action, mais l'idée d'une task force d'urgence, déployable face à de tels sinistres, fait son chemin.

«Emmanuel Macron aurait dû, très vite, nommer un général des pompiers pour diriger cette lutte contre le feu», juge un bon connaisseur de la haute fonction publique. L'idée est d'ailleurs avancée pour la suite des opérations, lorsqu'il s'agira de gérer l'après-catastrophe. Une mission en mode «Notre-Dame», en référence à la reconstruction express de la cathédrale de Paris, est envisagée.

Leçon n° 4: Trop d'évacuations

Le point des évacuations pourrait être particulièrement sensible dans les jours qui viennent. La décision d'évacuer massivement les populations, justifiée au regard du principe de précaution, a laissé des zones entières de pinède sans présence humaine, alors que des interventions locales auraient pu permettre de stopper les feux. 

Les renforts semblent avoir été envoyés trop tard, car la priorité a été donnée aux automobiles évacuant les zones concernées. «On avait l'expérience de 2022… Il fallait, dès le départ, faire intervenir les bulldozers et tracer des zones sans végétation de plusieurs centaines de mètres pour arrêter l'avance du feu, plutôt que de déplacer 220'000 personnes», explique à Blick un connaisseur du dossier, très attentif au parcours des incendies.

Leçon n° 5: Les pinèdes de tous les dangers

Les experts notent que des efforts ont commencé à être faits pour tenter de diversifier quelque peu le massif landais et pour maintenir ou favoriser les feuillus, notamment en lisière des parcelles. Problème: très peu d'essences poussent dans cette région sableuse du bassin d'Arcachon, qui avait été dévastée par de grands feux en 1949. 

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, le massif forestier régional n'était pas entretenu. La forêt de pins avait alors perdu plus de 100'000 hectares, comme ces derniers jours. Il y avait eu 82 victimes. Au total, 131'300 hectares avaient été dévastés dans un massif des Landes qui couvre environ 1,4 million d'hectares.

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